Économie

La Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur inchangé une nouvelle fois

Après plusieurs semaines mouvementées tant sur la scène internationale qu’au niveau des données économiques canadiennes.

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Un piéton passe devant la Banque du Canada à Ottawa, le mercredi 10 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Un piéton passe devant la Banque du Canada à Ottawa, le mercredi 10 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld (The Canadian Press)

La Banque du Canada s’apprête à annoncer mercredi sa cinquième décision de l’année concernant les taux d’intérêt, après plusieurs semaines mouvementées tant sur la scène internationale qu’au niveau des données économiques canadiennes.

Malgré la succession d’événements survenus depuis la dernière décision de la banque centrale en juin, la plupart des économistes s’attendent à ce que les responsables de la politique monétaire maintiennent le taux directeur inchangé à 2,25 %.

La Banque du Canada évolue ces derniers temps sur un fil, alors que des facteurs tels que les droits de douane américains et le conflit en Iran menacent à la fois d’affaiblir la croissance et de faire grimper l’inflation.

L’inflation annuelle a atteint 3,2 % en mai, le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ayant provoqué un choc énergétique mondial au printemps. Il s’agit de l’inflation la plus élevée depuis fin 2023.

Les cours mondiaux du pétrole ont reculé après que l’Iran et les États-Unis se sont mis d’accord sur un cessez-le-feu à la mi-juin, mais les hostilités ont repris entre les deux pays la semaine dernière, jetant le doute sur la pérennité d’un accord de paix.

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Tony Stillo, directeur des études économiques sur le Canada chez Oxford Economics, souligne que ces pressions renouvelées accentuent le dilemme dans lequel se trouve la Banque du Canada.

«C’est exactement le risque que nous continuons de souligner: une nouvelle escalade, une remontée des prix et ces préoccupations que la Banque du Canada avait exprimées lors de sa dernière réunion, affirmant qu’il fallait être prêt à réagir dans un sens comme dans l’autre — et c’est malheureusement là où nous pourrions nous retrouver à nouveau», détaille-t-il.

Inflation ou croissance?

Selon les responsables de la banque centrale, l’orientation future du taux directeur pourrait être à la hausse ou à la baisse, selon que la banque devra lutter contre la hausse des prix ou stimuler la croissance.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a indiqué que la banque ne tiendrait pas compte de la hausse à court terme de l’inflation liée au conflit en Iran.

Ce qui préoccupe davantage le Conseil de direction de la banque, a-t-il précisé, c’est de savoir si cette poussée inflationniste montre des signes de propagation à d’autres composantes du panier de consommation.

Claire Fan, économiste principale à la Banque Royale, spécifie que, même si l’inflation a dépassé en mai la fourchette cible de la Banque du Canada (comprise entre 1 et 3 %), certains signaux encourageants se cachent derrière ces chiffres.

Un examen de chaque catégorie suggère que les pressions sur les prix liées au conflit en Iran ne se sont pas propagées bien au-delà des pompes à essence, selon Mme Fan.

«Bon nombre de ces inquiétudes concernant la persistance de l’inflation se sont, au contraire, considérablement atténuées», dit-elle.

L’enquête trimestrielle de la Banque du Canada auprès des entreprises, publiée il y a une semaine, indiquait qu’environ un tiers des entreprises confrontées à une hausse des prix due au conflit au Moyen-Orient se préparaient à répercuter ces coûts sur les consommateurs.

Mais Mme Fan souligne que l’essentiel de l’enquête de la banque centrale a été menée en mai, avant que les cours mondiaux du pétrole ne baissent dans la perspective d’un cessez-le-feu et de la réouverture du détroit d’Ormuz.

Par ailleurs, le rapport de Statistique Canada sur le PIB d’avril mentionnait que l’économie se remettait déjà d’une contraction inattendue au premier trimestre.

Le PIB réel a progressé de 0,5 % en avril et les premières estimations pour mai indiquent que l’économie a continué de croître.

Le marché du travail a également montré des signes de stabilisation après les fortes baisses enregistrées au cours des quatre premiers mois de l’année.

Des données qui oscillent

Mme Fan suggère que les données récentes confirment que la Banque du Canada ne devrait pas réagir de manière trop vive lorsque les chiffres oscillent dans un sens ou dans l’autre.

«La Banque a, en tout état de cause, pris la bonne décision en choisissant de rester flexible et de ne pas réagir immédiatement à des données indiquant une croissance économique modérée ou à la hausse des prix du pétrole», analyse-t-elle.

Les jeunes peinent à se trouver un emploi Selon Statistique Canada, le taux de chômage pour les 15 à 24 ans est à 14.3% en avril, c’est seulement 0.3% de moins que le sommet des 15 dernières années, excluant la pandémie. Derrière les chiffres, c’est une réalité que les jeunes et les organismes communautaires qui les épaulent doivent naviguer au quotidien.

Depuis la dernière décision de la Banque du Canada en juin, le Canada a vu passer une étape clé dans les négociations commerciales nord-américaines. Le 1er juillet, les États-Unis ont choisi de soumettre l’Accord Canada–États-Unis–Mexique à des révisions annuelles, laissant les entreprises en proie à l’incertitude commerciale.

Face à la persistance de cette incertitude commerciale, Oxford Economics a revu à la baisse la semaine dernière ses prévisions de PIB pour 2027, les ramenant à 1,6 %, soit 0,4 point de pourcentage de moins que ses prévisions précédentes. Le cabinet continue de tabler sur une croissance de 0,7 % cette année.

Des taux inchangés pour l’année

M. Stillo s’attend désormais à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés non seulement jusqu’à la fin de l’année 2026, mais également pendant la majeure partie de l’année prochaine.

Il estime que le taux directeur de la banque centrale remontera à terme à 2,75 %, mais seulement lorsque la croissance connaîtra une reprise significative fin 2027 ou début 2028.

Mme Fan ne s’attend pas à ce que la Banque du Canada réagisse de manière trop marquée à l’évolution de la situation commerciale du 1er juillet, car peu de gens anticipent une résolution des différends tarifaires ce mois-ci.

Les prévisions d’avril de la banque centrale tablaient également sur le maintien du statu quo sur le front commercial, ainsi que sur une baisse progressive des cours mondiaux du pétrole.

Ces hypothèses «évoluant comme prévu», Mme Fan indique que la Banque Royale s’attend à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés cette semaine et pour le reste de l’année 2026.

La banque centrale publiera mercredi ses prévisions actualisées concernant l’inflation et l’économie, parallèlement à sa décision sur les taux d’intérêt.

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste