Économie

Jaguar Land Rover supprime 4000 postes après plusieurs mois cauchemardesques

«L’industrie automobile est confrontée à des défis majeurs, avec des évolutions technologiques au milieu d’une concurrence intense et d’une incertitude géopolitique persistante.»

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Vue d'ensemble de l'usine Jaguar Land Rover de Halewood, à Halewood, près de Liverpool, en Angleterre, le 3 février 2011. (Dave Thompson/PA via AP) Vue d'ensemble de l'usine Jaguar Land Rover de Halewood, à Halewood, près de Liverpool, en Angleterre, le 3 février 2011. (Dave Thompson/PA via AP)

Le constructeur automobile britannique de luxe Jaguar Land Rover (JLR) a annoncé lundi la suppression de 4000 postes d’ici deux ans, après plusieurs mois de profondes turbulences qui ont fait basculer ses résultats dans le rouge, dans un contexte de concurrence mondiale accrue.

«L’industrie automobile est confrontée à des défis majeurs, avec des évolutions technologiques au milieu d’une concurrence intense et d’une incertitude géopolitique persistante», s’est justifié dans un communiqué PB Balaji, le directeur général de JLR, détenu par le groupe indien Tata Motors.

Le groupe a connu un exercice 2025/2026 particulièrement difficile, avec 244 millions de livres de pertes nettes contre 1,8 milliard de bénéfices un an plus tôt, pénalisé par les droits de douane de Donald Trump, l’arrêt progressif d’anciens véhicules en prévision du lancement de nouveaux modèles et la concurrence en Chine.

Ces difficultés structurelles ont été agravées, fin août 2025, par une cyberattaque de grande ampleur qui a contraint JLR à arrêter sa production pendant plus d’un mois, mettant aussi la pression sur nombre de ses fournisseurs. Le groupe chiffre le coût direct de l’attaque à 260 millions de livres.

«Nouvelle difficile»

Face à cette situation, JLR explique vouloir réduire «la complexité» de son organisation et viser 1,7 milliard de livres d’économies, avec l’objectif d’abaisser son seuil de rentabilité à environ 300 000 véhicules, contre 380 000 actuellement.

«Nous réduirons nos effectifs mondiaux d’environ 4000 postes au cours des deux prochaines années», explique PB Balaji, se disant «conscient qu’il s’agit d’une nouvelle difficile pour les collaborateurs concernés».

JLR emploie environ 40 000 personnes dans le monde, dont un peu plus de 34 000 au Royaume-Uni, d’après son site internet. Ces réductions d’effectifs interviennent quelques jours après l’annonce par Volkswagen de la suppression d’environ 50 000 postes supplémentaires dans le monde.

L’offre de véhicules augmente et les prix diminuent Contexte favorable pour l’achat d’un véhicule: un inventaire plus garni qu’il y a quelques années alors que les prix sont à la baisse.

Le gouvernement britannique était rapidement venu au secours de JLR après la cyberattaque de 2025, via une garantie de prêt lui permettant de débloquer jusqu’à 1,5 milliard de livres pour soutenir sa chaîne de production.

Mais le ministre britannique des Entreprises, Jonathan Reynolds, qui doit rencontrer la direction de JLR mardi, a déjà exclu ce week-end toute aide financière publique après la parution de premières informations sur ces suppressions d’emplois.

«Il s’agit d’une période incertaine et préoccupante pour les travailleurs concernés, leurs familles», a réagi un porte-parole de Downing Street, qui assure que le gouvernement travailliste a «pris des mesures importantes pour soutenir l’industrie automobile britannique».

Pirates russes

Comme les autres constructeurs britanniques, JLR a souffert des droits de douane américains (aujourd’hui de 10% dans la limite de 100 000 véhicules par an pour tout le secteur), qui l’ont même poussé à suspendre un mois durant ses livraisons de véhicules aux États-Unis.

L’Amérique du Nord reste cependant un marché clé pour le groupe, qui entend continuer à y porter «une attention particulière», selon son directeur général.

JLR entend investir «15 à 18 milliards de livres sterling sur les cinq prochaines années», notamment dans l’électrification et les technologies numériques, dans l’espoir d’atteindre «une croissance du chiffre d’affaires à deux chiffres».

Le constructeur a lancé la semaine passée une version électrique du Range Rover, son emblématique 4x4 de luxe, dont il espère «fabriquer entre 12 000 et 15 000 unités» dans les six mois à venir, majoritairement à destination des États-Unis, selon son directeur des opérations, Nigel Blenkinsop.

Ce lancement est un enjeu majeur pour la marque, qui prévoit de sortir encore cinq nouveaux produits au cours des 12 prochains mois.

«Nous avons rebondi très fort, et nous avons ramené la production à des niveaux normaux très rapidement», avait dit M. Blenkinsop, interrogé la semaine passée par l’AFP sur les conséquences de la cyberattaque.

Il s’était en revanche refusé à commenter un article du New York Times évoquant, sur la base de sources proches de l’enquête, l’implication de pirates informatiques russes.