Économie

Hydro-Québec veut maximiser les retombées d’un important contrat éolien

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Une vue aérienne d’un parc éolien en Montérégie, le vendredi 24 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE Une vue aérienne d’un parc éolien en Montérégie, le vendredi 24 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Christinne Muschi)

MONTRÉAL — Hydro-Québec s’apprête à acheter «plusieurs milliards» de dollars en éoliennes pour ses parcs et elle veut s’assurer de maximiser les retombées potentielles au Québec.

«La taille et le pouvoir de négociation que ça nous donne nous permettent aussi d'aller chercher de meilleures conditions et finalement de créer davantage d'occasions pour les entreprises québécoises», explique son vice-président responsable des partenariats et du développement, Mathieu Johnson, en entrevue.

La société d’État a récemment publié un appel de propositions destiné aux cinq fabricants européens et nord-américains qui sont passés au travers de son processus de qualification.

Or, ces entreprises internationales devront prendre des engagements fermes de retombées locales, souligne M. Johnson.

«On n'est pas en train de recréer une chaîne d'approvisionnement complète au Québec, précise-t-il. L'objectif, c'est plutôt qu'on veut s'assurer d'augmenter la participation des entreprises québécoises dans les différentes composantes (de la chaîne d’approvisionnement).»

Il faudra attendre les propositions des entreprises qualifiées avant de connaître les retombées concrètes pour le Québec.

Celles-ci pourraient prendre trois formes, selon le dirigeant. Elles pourraient se concrétiser pour les manufacturiers québécois de sous-composantes, pour les entreprises de services, comme la logistique ou le génie-conseil, ainsi que pour les activités de recherche et développement effectuées au Québec.

M. Johnson évoque d’ailleurs la création possible d’un centre d’expertise «mondial» au Québec, comme une possibilité.

«Au Québec, on doit avoir des turbines qui sont robustes pour le climat nordique, lance-t-il. Est-ce qu’un centre d’expertise mondial pour les technologies nordiques pourrait être envisagé? C’est le genre d’idée qu’on espère voir émerger dans le cadre de ce processus-là. »

La présence de pales importées de Chine dans un projet de 57 éoliennes au nord du mont Sainte-Anne a soulevé des critiques, l’automne dernier, notamment de la part du premier ministre, François Legault.

L’emphase sur les retombées locales n’a rien à voir avec le débat entourant le projet Des Neiges de Boralex, affirme M. Johnson. «On y réfléchit depuis deux ans», répond-il.

«Je vous dirais que ce n’est pas (le projet Des Neiges) ce qui a motivé à la base notre désir de traiter cette initiative-là de façon plus stratégique», enchaîne-t-il.

Investissement Québec International est déjà à pied d’œuvre pour faire le pont entre les entreprises québécoises et les cinq grands turbiniers qualifiés, souligne son président, Hubert Bolduc, dans une entrevue distincte.

«On avait une vingtaine d’entreprises québécoises et on a organisé une centaine (de rencontres)», raconte-t-il.

Les retombées pourraient dépasser les projets réalisés au Québec, souligne M. Bolduc. «Si l’entreprise québécoise est sélectionnée, ça pourrait lui permettre d’intégrer la chaîne d’approvisionnement de ce grand turbinier à l’international.»

Une nouvelle approche

Hydro-Québec adopte ainsi «une nouvelle façon d’approvisionner les projets éoliens». «Historiquement, les approvisionnements se faisaient, essentiellement, projet par projet (en) centaines de mégawatts (MW)», explique M. Johnson.

Elle regroupe maintenant son appel de propositions pour les grands projets qui seront réalisés en partenariat avec les municipalités régionales de comté (MRC) et les Premières Nations, ce qui représente «plusieurs milliers» de MW.

Jusqu’à maintenant cinq ententes de partenariat ont été conclues et sont à différents stades d’avancement.

De cette manière, la société d’État veut également sécuriser son approvisionnement et donner plus de prévisibilité au marché.

À la fin de cette démarche, «deux à trois» entreprises pourraient être sélectionnées afin d’offrir une certaine diversification, notamment en cas de perturbation de la chaîne d’approvisionnement.

«On ne veut pas tous mettre nos œufs dans le même panier, indique-t-il. En même temps, on ne veut pas non plus en avoir quatre parce qu'il faut s'assurer d'avoir des volumes qui sont intéressants pour les turbiniers, pour qu'ils soient en mesure d'investir dans les chaînes d'approvisionnement local au Québec.»

Stéphane Rolland, La Presse Canadienne

Stéphane Rolland

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Journaliste