Le froid hivernal et la vente d’un actif auront permis à Hydro‑Québec de garder la tête haute et de présenter un rapport annuel où le bénéfice net atteint 2,9 milliards $ en 2025, soit une hausse de 9 % par rapport au bénéfice net de 2024.
La contribution de la société d’État au trésor public de la province s’est élevée à 4,4 milliards $, y compris un dividende de 2,2 milliards $ qui sera versé au gouvernement.
«Hydro-Québec va bien. L’exercice 2025 met en lumière la robustesse des performances collectives de nos équipes, malgré le contexte de volatilité et d’imprévisibilité géopolitique», a déclaré la présidente-directrice générale de la société d’État, Claudine Bouchard, en présentant le rapport annuel, jeudi.
Il faut cependant préciser que ce résultat a été gonflé par la vente de sa participation de 20 % dans Innergex pour 256 millions $. Sans cette vente, le bénéfice net se serait situé à 2,650 milliards $, soit un montant presque identique et même légèrement inférieur à celui de 2,663 milliards $ de 2024.
Demande record à cause du froid
L’autre élément qui a permis d’atteindre un tel rendement se trouve du côté de la météo. Le temps froid au premier trimestre de 2025, l’hiver dernier, et au quatrième trimestre, soit le début de cet hiver-ci, a poussé la demande à la hausse. Les ventes ont atteint un record historique de tout près de 185 térawatts/heure (TWh), en hausse de 4 % par rapport à 2024.
En d’autres termes, n’eût été du froid et de la vente d’Innergex, Hydro-Québec aurait eu à expliquer une troisième année consécutive de baisse de son bénéfice net.
Tirer profit du manque d’eau
Un des problèmes auxquels est confrontée la société d’État se trouve du côté de la faible hydraulicité, c’est-à-dire du manque d’eau dans ses réservoirs, et ce, pour une troisième année d’affilée. Le vice-président et chef de la direction financière, Maxime Aucoin, fait toutefois valoir qu’Hydro-Québec est chanceuse de pouvoir jouer avec les importations et exportations pour maintenir un niveau d’eau capable d’assurer l’approvisionnement du Québec. «On a réussi à tirer vraiment profit du profil de batterie du Nord-Est que nous avons.»
Ainsi, pour la première fois de son histoire, la société d’État a importé plus d’électricité qu’elle n’en a importé. Mais elle a vendu 10 TWh à fort prix et en acheté 15 TWh au prix le plus faible possible. Résultat des courses? «On a réussi en quelque sorte à remettre 5 TWh dans nos réservoirs pour assurer la fiabilité et bien gérer nos stocks énergétiques et en même temps, dégager un profit d’environ 200 millions $ sur l’ensemble de ces transactions-là.»
Investissements massifs et réduction des pannes
Parallèlement, la société d’État a poursuivi ses investissements à hauteur de 7,8 milliards $ et évalue sa contribution au PIB du Québec à 26,1 milliards $. Plus de 90 % des dépenses d’Hydro sont effectuées dans des entreprises québécoises. «Chaque fois que c’est possible et viable économiquement, nous choisissons d’acheter, de concevoir et de construire ici, au Québec», a fait valoir Claudine Boucher qui s’est dite particulièrement fière de ce ratio.
Cette façon de faire s’applique également aux communautés autochtones, avec qui Hydro-Québec a signé 11 ententes en 2025, a-t-elle souligné. «De plus en plus d’entreprises autochtones souhaitent contribuer aux projets qui façonnent l’avenir énergétique du Québec. Nous avons donc l’objectif ambitieux de porter nos dépenses auprès d’elles à 1,5 milliard $ d’ici 2029. L’an dernier, c’est plus de 220 millions $ qui ont été dépensés auprès de ces entreprises.»
Par ailleurs, le nombre de pannes a diminué de 6 % l’an dernier, notamment en raison d’efforts dans des zones ciblées où l’impact sur la fiabilité du réseau est le plus important. La technologie n’est pas étrangère à cette amélioration, dit Mme Bouchard. «On s’appuie entre autres sur une intégration accrue des nouvelles technologies comme les drones, la robotique et l’intelligence artificielle.»
Aide financière à venir pour le solaire
Hydro-Québec doit accroître sensiblement sa production pour répondre à la demande dans l’avenir. Outre la modernisation de ses installations hydroélectriques existantes, qui est en cours, on entend ajouter beaucoup d’éolien et on commence à plancher plus sérieusement sur l’énergie solaire.
«D’ici 2035, nous visons 125 000 panneaux solaires installés chez nos clientes et clients, a expliqué Mme Bouchard. Pour soutenir cette initiative, nous rehaussons la capacité d’autoproduction permise qui passe de 50 kW à 1 MW, ouvrant ainsi la voie à des projets résidentiels et commerciaux de plus grande envergure. Dans cette perspective, un programme d’aide financière pour appuyer l’autoproduction solaire résidentielle et commerciale sera annoncé au cours des prochains mois.»
Efficacité et économies
Le record de consommation de 185 TWh aurait pu être encore plus grand si les mesures d’efficacité d’Hydro-Québec n’avaient pas été aussi... efficaces! On a dépassé les objectifs avec l’installation de 320 000 thermomètres intelligents et de 144 000 thermopompes. On parle d’économies de 1,9 TW. «L’efficacité énergétique est la solution la plus rapide et la moins chère pour répondre à nos besoins d’électricité. L’électron le plus vert, c’est celui qu’on ne consomme pas», a rappelé Claudine Bouchard.

