Lorsque vous achetez une obligation, il existe un risque que l’émetteur ne soit pas en mesure de vous rembourser, mais les obligations comportent également un autre type de risque.
La duration, ou le risque de taux d’intérêt, est liée à la sensibilité d’une obligation aux variations des taux d’intérêt.
Lorsque les taux d’intérêt augmentent, vous ne pourrez pas revendre une obligation au prix que vous avez payé, explique Will Gornall, professeur agrégé à l’école de gestion Sauder de l’Université de la Colombie-Britannique.
«Comme elles font l’objet d’échanges, si vous détenez une obligation à 3 % et que le taux en vigueur est désormais de 4 %, personne ne paiera le prix fort pour vos obligations à 3 %», détaille-t-il.
«Vous devrez la vendre avec une décote. Cette décote correspond au risque de duration. C’est le risque que, lorsque les taux d’intérêt augmentent, vous ne puissiez pas vendre cette obligation au prix que vous avez payé.»
Selon M. Gornall, le risque de duration est le revers de la médaille lorsque vous souscrivez un prêt immobilier à taux fixe et que les taux augmentent, mais que vous êtes protégé parce que vous avez bloqué votre taux.
«Lorsque vous prêtez de l’argent, bien sûr, vous vous situez du côté opposé de cette transaction», rappelle-t-il.
Les obligations sont souvent considérées comme la partie la plus sûre d’un portefeuille, mais les investisseurs ont eu un rappel douloureux du risque de duration en 2022, lorsque les banques centrales ont rapidement relevé leurs taux pour lutter contre l’inflation.
À mesure que les taux d’intérêt augmentaient, les cours des obligations ont chuté de manière significative, aggravant encore la situation des investisseurs qui ont également vu la partie actions de leur portefeuille en prendre un coup cette année-là — un double coup dur pour leurs placements.
En cas de vente avant échéance
Pour les investisseurs, la bonne nouvelle est que, si le cours d’une obligation que vous avez achetée à sa valeur nominale baisse en raison d’une hausse des taux d’intérêt, vous ne subissez une perte que si vous décidez de la vendre avant son échéance.
Andrew Clee, vice-président chez Fidelity Investments, précise que tant que l’émetteur ne fait pas faillite, vous récupérerez la valeur nominale de l’obligation à l’échéance.
«Mais si vous n’avez pas l’intention de la conserver jusqu’à son échéance, cela peut se traduire par une perte bien réelle», ajoute M. Clee.
Le risque de duration n’est pas lié à la solvabilité de l’émetteur de l’obligation. Même les obligations émises par l’État peuvent subir une baisse de valeur lorsque les taux d’intérêt augmentent, bien que le risque de défaut reste faible.
«En réalité, et c’est assez intéressant, les obligations d’État présentent souvent un risque de duration plus élevé que les obligations d’entreprise ou d’autres obligations moins sûres, simplement parce que ces dernières rapportent davantage d’intérêts et ont généralement une durée plus courte», explique M. Gornall.
«Personne ne va prêter à une entreprise en difficulté, à une entreprise susceptible de faire défaut; personne ne lui accordera un prêt sur 30 ans à un taux d’intérêt bas.»
Pour gérer le risque de duration, les gérants actifs de fonds obligataires modifient la duration des obligations qu’ils détiennent. S’ils anticipent une hausse des taux d’intérêt, ils raccourcissent la duration des obligations de leur portefeuille afin de réduire sa sensibilité à une hausse des taux. En revanche, s’ils anticipent une baisse des taux, ils peuvent chercher à détenir des obligations à plus long terme.
M. Clee indique que les gestionnaires obligataires actifs qui ont raccourci la duration des obligations de leur portefeuille en 2022 ont surpassé le marché passif.
«Je pense qu’il y avait une grande complaisance qui s’est en quelque sorte installée depuis l’après-crise financière et qui a perduré jusqu’en 2021, car nous avons connu des taux d’intérêt très bas et un environnement obligataire stable pendant une très longue période», conclut-il.

