Économie

Grands-parents au boulot: les oubliés de la conciliation travail-famille

Un sondage Léger démontre que 36% des grands-parents du Québec s’impliquent hebdomadairement auprès de leurs petits-enfants.

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Un grand-père et son petit fils jouent avec des blocs de bois.
Grand-parent Un grand-père et son petit fils jouent avec des blocs de bois. (Envato Elements|zoranzeremski)

Plusieurs grands-parents du Québec sont la première ligne de soutien de leurs propres enfants lorsqu’il est question des petits-enfants. Pourtant, lorsque ces grands-parents sont eux-mêmes travailleurs, leurs besoins en conciliation travail-famille demeurent trop peu reconnus, selon un sondage Léger.

Le coup de sonde de Léger, initié par le Réseau pour un Québec Famille, montre que 36% des grands-parents du Québec s’impliquent hebdomadairement auprès de leur famille ou petits-enfants.

«Les grands-parents sont souvent la première ressource qui vient en aide lorsqu’un imprévu survient, qu’un rendez-vous médical s’ajoute à l’horaire, qu’il faille venir garder quelques heures ou offrir un peu de répit, par exemple», a souligné Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille.

Si la majorité des grands-parents interrogée (64%) affirme s’impliquer auprès de leurs petits-enfants par choix, il reste que 36% d’entre eux le font parce que leur propre enfant fait face, entre autres, à des enjeux de conciliation travail-famille ou à un manque d’accès à certains services.

Ce sont également 45% des grands-parents interrogés qui ont affirmé que des contraintes liées au travail limitaient leur propre conciliation travail-famille.

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Pour remédier à la situation, des grands-parents aimeraient avoir un meilleur accès à des congés payés pour responsabilités familiales (22%), avoir des horaires flexibles (15%), obtenir un aménagement ou une réduction du temps de travail (12%) et avoir de la flexibilité dans le choix des vacances (12%).

«Les solutions permettant de soutenir la conciliation travail-famille des grands-parents ne sont pas forcément différentes de celles répondant aux besoins des parents, mais il est important que les employeurs reconnaissent pleinement leur réalité et leur donnent un accès réel aux mesures déjà en place», a soutenu Corinne Vachon Croteau.

Les aînés au travail, une réalité

Si le Québec a fait d’importants gains au cours des années lorsqu’il est question de conciliation travail-famille, Annie Boilard, présidente du Réseau Annie RH, est d’accord avec le fait qu’il faut poursuivre le dialogue au sujet de la réalité des grands-parents.

«C’est essentiel d’en parler parce que toute la notion de la retraite évolue présentement», a-t-elle expliqué à Noovo Info.

Des données de l’Institut de la statistique du Québec démontrent effectivement que le taux d’emploi des personnes de 55 ans et plus a connu une hausse importante au Québec entre 2000 et 2024. Il est question notamment d’un bond de 51% à 76% pour les 55-59 ans, de 28% à 55% pour les 60-64 ans et de 6% à 25% pour les 65 à 69 ans.

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Et si les aînés restent plus longtemps au travail - parfois pour le simple plaisir de travailler, d’autres fois pour des raisons liées au coût de la vie - les jeunes eux semblent avoir une vision différente de la retraite.

«Les jeunes voient beaucoup le travail comme une expérience ce qui fait qu’ils préfèrent prendre des pauses professionnelles et revoir leur plan de retraite, retardé leur retraite», a souligné Annie Boilard.

La spécialiste en ressources humaines précise que les indicateurs confirment que la notion de retraite est un mouvement actuellement en mutation et que l’on devrait voir de plus en plus de gens rester sur le marché du travail une fois passé l’âge de la retraite.

«De petites pierres précieuses»

Est-ce que demander aux employeurs d’être plus accommodants envers les grands-parents est exagéré?

«Pas du tout», selon Annie Boilard qui rappellent que cette catégorie d’employés fait de plus en plus partie de la population active et qu’ils sont des travailleurs «précieux».

«Quand on regarde l’Indice du bonheur au travail publié mensuellement par ADP Canada, on voit que quasi systématiquement, nos boomers, nos 61 ans et plus, sont les employés les heureux au travail», a-t-elle mis en lumière.

En effet, L’Indice mensuel de bonheur au travail d’APD Canada pour mars dernier donne un score de bonheur au travail de 7,4 sur 10 aux baby-boomers canadiens, soit le score le plus élevé. Le score est de 6,9 sur 10 pour les milléniaux (29-44 ans) et de 6,7 sur 10 pour la génération Z (18-28 ans) et la génération X (45-60 ans).

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«Les boomers ont toujours été la génération la plus loyale auprès des employeurs: ils sont contents d’être au travail, ils influent sur l’ensemble des employés et ils sont souvent généreux de leurs connaissances et de leur savoir. Ce sont des petites pierres précieuses dans les entreprises et on veut les conserver», a partagé Annie Boilard.

Comme spécialiste en ressources humaines, Mme Boilard estime que les directions d’entreprises ne devraient pas hésiter à mettre des mesures de conciliation travail-famille pour les grands-parents.

«Dans la mesure qu’on est capable de le faire, faisons-le. Ce sont des travailleurs qui en donnent beaucoup à l’entreprise et qui en ont déjà beaucoup donné», a-t-elle affirmé.