Équiterre a organisé une action symbolique pour marquer l’ouverture d’une boutique éphémère Shein au centre-ville de Montréal, jeudi matin.
L’organisme environnemental a exprimé son mécontentement en stationnant devant le magasin un camion à ordures, sur lequel était fixée une banderole affichant le message «Non à la mode jetable». En parallèle, des vélos circulaient dans les environs avec un chariot rempli de sacs de poubelle et orné d’une pancarte sur laquelle il était écrit «Shein n’est pas la bienvenue au Québec».
«On est ici pour dire non à la mode jetable. Ne laissez pas les prix vous duper. Le modèle d’affaires des géants de la mode ultra éphémère est basé sur l’achat répété d’articles conçus pour ne pas durer», a dénoncé le directeur général d’Équiterre, Daniel Rotman, lors d’un point de presse tenu tout juste devant l’entrée de la boutique Shein, temporairement installée sur la rue Sainte-Catherine Ouest jusqu’à dimanche.
Équiterre s’inquiète des conséquences environnementales de ces tonnes de vêtements vendus à bas prix. «C’est en train de devenir un enjeu majeur dans la gestion des déchets qui concerne tout le monde, même ceux et celles qui n’achètent pas sur cette plateforme. Qui va payer la facture des dépotoirs qui débordent et des impacts environnementaux et sanitaires qui en découlent? Pas Shein, pas Temu, c’est nous tous et toutes», a déploré M. Rotman pendant que des clients entraient dans le magasin.
Derrière lui, des militants scandaient: «Non à la mode jetable, Shein aux poubelles!»
Au Québec, la quantité de vêtements jetés aux poubelles et expédiés dans des sites d’enfouissement a plus que doublé en 10 ans, pour atteindre 344 000 tonnes en 2023, selon les données les plus récentes. Recyc-Québec a d’ailleurs identifié la mode éphémère comme source principale de cette augmentation.
Équiterre demande au gouvernement fédéral d’agir rapidement pour freiner l’essor de cette tendance «avant qu’il ne soit trop tard».
«Il y a plusieurs leviers qu’on peut utiliser. On veut attirer l’attention des décideurs. C’est important que cet enjeu soit traité de façon législative», a soutenu M. Rotman.
Il a souligné que la France a resserré dernièrement les règles en instaurant une loi interdisant notamment aux compagnies comme Shein et Temu de diffuser de la publicité sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Il estime qu’«il est temps que le Canada en fasse autant», et même plus.
«C’est quand même limité ce qu’ils sont capables de faire, mais c’est au moins un bon début. On peut commencer à utiliser leur tactique et aller encore plus loin ici», a indiqué M. Rotman.
Équiterre a l’intention de mener une étude approfondie avant de présenter ses recommandations précises au gouvernement.
Pour la dizaine de consommateurs qui faisaient la file avant l’ouverture, les bas prix des vêtements étaient la principale raison expliquant leur présence.
M. Rotman s’est dit «très sensible à la crise de l’abordabilité», mais il a insisté sur le fait qu’«acheter un t-shirt pour 4 $ qui dure deux ou trois fois, ce n’est vraiment pas la bonne solution, on est mieux d’acheter des biens durables».
«Shein, c’est un symbole d’un modèle d’affaires qui n’est pas durable et qui n’a pas sa place ici», a-t-il martelé.
