Les États-Unis ne dictent pas les conditions du libre-échange avec le Canada, a dit le premier ministre Mark Carney aux journalistes mercredi matin.
Répondant à des questions sur les négociations en cours avec les Américains concernant l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, M. Carney a déclaré que la délégation canadienne était consciente de ce que les États-Unis «qualifieraient de points de friction commerciaux» et que «nous en avons également de notre côté».
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Nous sommes bien préparés sur ces questions. Nous allons nous asseoir à la table des négociations et les aborder dans le cadre d’une approche plus large. Nous avons formulé des contre-propositions, dont ils ont pris connaissance. Et le moment viendra où nous devrons vraiment nous retrousser les manches.»
Au début du mois, les États-Unis ont dressé une liste des points d’achoppement dans les relations commerciales avec le Canada, soulignant les embargos généralisés sur les ventes d’alcool américain, le programme canadien de réduction des déchets plastiques et les produits laitiers.
Ils ont également relevé les règles de passation des marchés en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique qui excluent de fait les offres des entreprises américaines.
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a évoqué ces points sensibles lors d’une audition devant une commission sénatoriale à Washington mercredi.
Un échange houleux
Les problèmes de M. Lutnick concernant le commerce avec le Canada ont été soulevés lors d’un échange houleux avec la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen du New Hampshire, qui a interrogé la secrétaire sur le tourisme canadien dans son État.
Elle a déclaré que le tourisme transfrontalier avait chuté de 30 % l’année dernière, «en grande partie à cause de la perte de confiance et de bonne volonté due à la rhétorique de cette administration à l’égard du Canada». Elle a également fait référence à la récente remarque de M. Lutnick, «ils sont nuls», concernant l’accord commercial du Canada avec la Chine. «Nous avons tous ces visiteurs canadiens qui ne viennent pas à cause de vos commentaires et de ceux de l’administration. En quoi cela aide-t-il notre économie ?», a-t-elle demandé.
«Il est scandaleux que le Canada refuse de mettre les spiritueux américains en rayon», a répondu M. Lutnick, qui a qualifié cette décision d’«insultante et irrespectueuse envers l’Amérique».
De nouveaux conseillers sur la «voie à double sens»
Mardi, M. Carney a dévoilé une nouvelle équipe de conseillers en vue des négociations commerciales officielles prévues cet été.
Le conseil est composé de certains membres de l’équipe précédente, auxquels s’ajoutent l’ancienne chef conservatrice Erin O’Toole, l’ancienne ministre conservatrice Lisa Raitt, les anciens premiers ministres P.J. Akeeagok et Jean Charest, ainsi que l’ancien haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni, Ralph Goodale.
Le ministre du Commerce entre les États-Unis et le Canada, Dominic LeBlanc, présidera le conseil. Dans une interview accordée mardi à Vassy Kapelos, animatrice de CTV Power Play, il a qualifié ce conseil de «forum nous permettant de recevoir des conseils et des contributions» de la part de personnalités politiques représentant divers secteurs de l’économie canadienne.
«Ils auront également l’occasion de s’entretenir avec des chefs d’entreprise américains et leurs homologues, il s’agit donc bel et bien d’une relation à double sens.»
«Nous étions très proches»
Kapelos a demandé à LeBlanc de réagir à une remarque de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, qui a déclaré dans un podcast la semaine dernière qu’il n’y avait eu aucune négociation sérieuse entre les deux pays depuis l’année dernière.
LeBlanc a rétorqué : «Il est vrai qu’en octobre de l’année dernière, nous pensions être très proches d’un accord qui aurait apporté un soulagement significatif, en particulier aux secteurs de l’acier et de l’aluminium», et a évoqué une “offre intéressante sur l’énergie”.»
Carney et le président américain Donald Trump avaient convenu à l’époque que le commerce de l’automobile et du bois d’œuvre serait le prochain sur la liste, a-t-il déclaré.
«Le président l’a dit publiquement : il a demandé à ses négociateurs de mettre fin à ces discussions avec le Canada parce qu’il était contrarié par une publicité diffusée par le gouvernement de l’Ontario pendant la Série mondiale.»
Les discussions avec Lutnick et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, ont repris en ce début d’année, a-t-il ajouté.
