Le milieu des affaires se mobilise à Montréal pour obtenir le siège de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR): des promoteurs proposent une solution clé en main, un immeuble tout neuf, en vue d’accueillir la nouvelle institution que Montréal convoite.
Ils espèrent ainsi donner des atouts à la métropole québécoise qui doit rivaliser avec Vancouver, Ottawa et Toronto, alors que le gouvernement ontarien affirme avoir déjà trouvé un emplacement.
À Montréal, le groupe de trois entreprises, l’agence Sid Lee Architecture, Rosefellow et le Groupe Tsatas, a converti un projet de tour prévu pour un hôtel en plein centre-ville, Place du Canada, afin d’accueillir sur quelques étages la Banque DSR.
La facture s’élèverait à 200 millions $ et le chantier pourrait être complété en 36 mois.
Dans une entrevue avec La Presse Canadienne diffusée jeudi, l’architecte cofondateur de Sid Lee Architecture, Martin Leblanc, a précisé que personne n’avait demandé aux promoteurs de se pencher sur le scénario de Banque DSR, mais que c’était leur façon de contribuer à la candidature de Montréal.
Le projet précédent était déjà bouclé et le financement était déjà assuré, mais son groupe s’est lancé dans l’aventure quand même.
«On veut que Montréal reste dans la course, a-t-il lancé. On va donner (à Montréal) une carte de plus.»
Il a appelé à une collaboration public-privé, notamment avec la Ville de Montréal et Investissement Québec.
«C’est un appel au partenariat. Arrêtons de se mettre des bâtons dans les roues, tissons des liens ensemble», a-t-il déclaré, en souhaitant ainsi une meilleure coordination et une concordance dans les réglementations du Québec, du fédéral et de la Ville.
Selon lui, une organisation internationale comme la Banque DSR, pour marquer son arrivée et se faire connaître, peut être à la recherche d’un immeuble distinctif, moderne, sécuritaire, bien situé, accessible en transport en commun, une «adresse complète» qui propose donc aussi un hébergement, mais aussi des services tout autour.
La tour s’élèverait au-dessus d’une institution emblématique de Montréal, la Taverne Dominion, qui serait intégrée au projet.
Toronto en lice
Montréal devra faire valoir tous ses atouts dans cette course qui pourrait être serrée.
C’est pourtant à Montréal, en avril, lors d’une rencontre internationale, que les représentants de 18 États avaient choisi le Canada pour accueillir le siège de la Banque DSR... mais il reste donc au fédéral à choisir la ville hôtesse.
Le gouvernement de Christine Fréchette fait pression pour que la métropole soit favorisée, mais le gouvernement de Doug Ford en Ontario joue ses cartes.
On apprenait d’ailleurs en mai que des promoteurs ontariens, dans les coulisses, moussaient la stabilité de Toronto, pour faire ressortir la menace qui plane sur l’avenir du Québec, si le Parti québécois, en avance dans les sondages, forme le prochain gouvernement aux élections d’octobre et tient un référendum sur l’indépendance.
Le gouvernement de l’Ontario a déjà trouvé un emplacement temporaire pour la banque et l’aidera à en trouver un permanent, a précisé M. Ford.
Il avait soutenu que Toronto était la seule ville au pays pouvant offrir tout ce que la banque requiert, avec une main-d’oeuvre «de classe mondiale», une expertise bancaire et un aéroport avec des liaisons directes partout dans le monde.
M. Ford avait fait savoir que le fédéral ne lui avait fourni aucune précision quant aux critères qui seront utilisés pour sélectionner la ville hôte.
La région d’Ottawa-Gatineau est également sur les rangs. L’ancien premier ministre Jean Chrétien a publié une lettre en février en appui à la Région de la capitale nationale et les maires d’Ottawa et de Gatineau ont ajouté leur voix.
Le gouvernement britanno-colombien de David Eby a quant à lui misé sur les «avantages stratégiques» de Vancouver, qui serait un trait d’union entre les États membres de la Banque et les «alliés clés de la région Indo-Pacifique».
Plaidoyer de Fréchette
Pour sa part, la première ministre Fréchette a fait valoir que Montréal a «besoin de cette organisation» et qu’elle a «l’expertise en finance, l’expertise en défense, ainsi que l’industrie aérospatiale», en plus d’avoir une population «polyglotte».
Elle a livré son plaidoyer au premier ministre Mark Carney lui-même, en plus de «présenter les atouts de la candidature de Montréal» au président français Emmanuel Macron, en mai à Paris, un «acteur d’influence» selon elle, mais qui ne s’est pas avancé sur le terrain délicat d’un débat de politique intérieure canadienne.
Un groupe coordonné par Finance Montréal fait aussi activement promotion pour que la métropole soit choisie.
Mme Fréchette a déjà évoqué 3000 emplois potentiels avec la venue éventuelle de cette banque.
Mais dans une entrevue à Radio-Canada, la négociatrice en chef du Canada dans le dossier de la Banque DSR, Isabelle Hudon, a été plus prudente et a refusé de confirmer un nombre d’emplois aussi élevé.
M. Leblanc a pour sa part indiqué que de 1500 à 2000 personnes pourraient travailler dans les espaces que son groupe a conçus pour accueillir la banque.
La Banque de la défense serait en quelque sorte un mécanisme international de financement de la défense, qui viserait à réduire les coûts d’emprunt pour les dépenses militaires pour les membres et alliés de l’OTAN.
Elle répondrait ainsi à un certain besoin, car un grand nombre d’États occidentaux dont le Canada révisent actuellement à la hausse leurs budgets militaires et procèdent à des investissements massifs.
«Ce financement procurera ainsi des avantages pour les gouvernements membres et les entreprises du secteur de la défense, plus précisément les petites et moyennes entreprises», a indiqué le gouvernement fédéral.
Également, «la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience contribuera aussi à renforcer la collaboration avec les alliés et les partenaires aux vues similaires en matière de défense et de sécurité, et appuiera les pays membres dans leurs efforts d’accroître les investissements en défense», a-t-on précisé.
Rappelons qu’en 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard souhaitait obtenir pour Montréal le siège de la Banque fédérale des infrastructures, mais avait été coiffé par... Toronto. La Coalition avenir Québec (CAQ) avait à l’époque dénoncé cette «défaite amère».

