Des centaines d’entreprises québécoises en démarrage fermeraient leurs portes chaque année en raison de la pénurie de main-d’œuvre, selon le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.
De 400 à 1500 entreprises cesseraient leurs activités chaque année en raison du manque de travailleurs, selon une estimation économique réalisée par l’organisme qui représente les jeunes professionnels et entrepreneurs.
«Ça fait vraiment un bon bout de temps que la pénurie de main-d’œuvre nous inquiète, car on a beaucoup d’échos sur le terrain», raconte le PDG du RJCCQ, Pierre Graff, en entrevue.« On voulait réaliser une étude économique qui, pour la première fois, chiffre combien de jeunes entreprises québécoises meurent chaque année à cause de la pénurie de main-d’œuvre.»
Il n’existe pas de données précises pour quantifier cet enjeu. Avec l’aide d’économistes indépendants, le RJCCQ a produit un modèle pour fournir une estimation.
Bien que la fourchette des scénarios possibles soit relativement large, les résultats démontrent les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre sur les entreprises ayant moins de cinq ans d’existence, explique M. Graff.
Dans le scénario le plus prudent, cet obstacle entraînerait la fermeture de 400 jeunes pousses, soit 2,7 % d’entre elles, ce qui représenterait 367 millions $ en activités économiques non générées.
Le pire scénario, pour sa part, évoque la destruction de 1500 entreprises, soit 9,6 %, ce qui empêcherait l’équivalent de 1,3 milliard $ en activités économiques.
Les poches moins profondes
À leur début, les entreprises, qui ont des fonds de roulement plus modestes, ont moins de marge de manœuvre pour concurrencer les autres employeurs, souligne M. Graff. «Plus on est une jeune entreprise et moins on a d’argent, moins on est capable de faire face au coût des employés à embaucher.»
Le manque de bras pèse également sur le quotidien des jeunes entrepreneurs. «Souvent, les fondateurs, au lieu de se concentrer sur ce qui crée vraiment de la valeur pour l’entreprise, sont amenés quasiment à faire les tâches que des embauches devraient faire.»
Le RJCCQ fait cinq propositions pour soutenir les jeunes entreprises afin de les aider à passer à travers la période de démarrage.
L’organisme suggère notamment la création d’un régime enregistré d’épargne-entrepreneuriat. Le concept ressemble au régime d’accession à la propriété (RAP), pour l’achat d’une résidence principale.
Il permettrait de retirer un montant de ses REER, qui devra être remboursé ultérieurement, pour financer le démarrage d’une entreprise.
Même si la pénurie de main-d’œuvre n’est pas aussi aiguë que durant la pandémie, la situation demeure difficile pour de nombreuses entreprises, constate M. Graff.
Il n’y a toujours pas suffisamment de nouveaux travailleurs pour remplacer les départs à la retraite. «Il faut savoir que la pénurie de main-d’œuvre au minimum va durer jusqu’en 2031 et peut-être même jusqu’en 2035», souligne-t-il.

