Une société de renseignement spécialisée dans la blockchain, basée aux États-Unis, affirme qu’une entité nord-coréenne serait probablement à l’origine du piratage qui a entraîné une perte de plus de 6 milliards de dollars sur Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde.
Binance a affirmé avoir collaboré avec des partenaires spécialisés dans la blockchain afin de geler environ 3 milliards de dollars d’actifs concernés. La plateforme a annoncé vendredi qu’elle commençait à récupérer les actifs pour ses utilisateurs.
La plateforme de cryptomonnaies a précisé que les dépôts n’avaient pas été affectés, tandis que les retraits ont été suspendus et devraient reprendre d’ici un ou deux jours. Elle a ajouté qu’elle couvrirait l’intégralité des pertes.
La société a déclaré le X qu’une enquête préliminaire suggérait que l’incident aurait pu impliquer un ordinateur portable compromis, mais qu’une enquête ultérieure avait mis au jour d’autres «points de compromission».
TRM, dans un message publié jeudi sur son site Web, a attribué l’attaque à TraderTraitor, qu’elle a décrit comme l’unité d’hackers d’élite de la Corée du Nord. «Nous émettons ce jugement avec un haut degré de certitude», a indiqué la firme.
«Un attaquant a transféré environ 6,36 milliards de dollars hors des porte-monnaie de Binance sur dix chaînes de blocs, dont la majeure partie en l’espace d’environ 20 minutes», a avancé TRM. Cela ferait de ce piratage le plus important vol de cryptomonnaies jamais enregistré, a-t-elle ajouté.
En février de l’année dernière, une autre plateforme d’échange de cryptomonnaies, Bybit, a subi une perte de 1,5 milliard de dollars lorsqu’elle a été piratée. Le FBI a dit que la Corée du Nord et TraderTraitor étaient responsables de ce piratage.
«Plusieurs caractéristiques de cette attaque correspondent à des braquages antérieurs liés à la Corée du Nord, y compris le piratage de Bybit», a déclaré TRM.
La société d’analyse de chaînes de blocs Chainalysis estime également que le piratage de Binance a «probablement été perpétré par le groupe nord-coréen TraderTraitor», a écrit son cofondateur et chef de la direction, Jonathan Levin, sur X. DPRK signifie République populaire démocratique de Corée, le nom officiel de la Corée du Nord.
Interrogé sur les liens potentiels avec la Corée du Nord, un porte-parole de Binance s’est contenté de dire que l’entreprise «travaille en étroite collaboration avec ses partenaires des forces de l’ordre afin de confirmer l’identité des criminels et de les traduire en justice».
Selon les experts, la Corée du Nord s’est tournée vers le piratage de cryptomonnaies et d’autres activités cyberillicites afin de se procurer les devises étrangères dont elle a cruellement besoin pour soutenir son économie en difficulté et financer son programme nucléaire, à la suite des sanctions sévères de l’ONU et d’autres difficultés.
En décembre 2022, l’agence de renseignement sud-coréenne a déclaré que des pirates nord-coréens avaient volé environ 1,5 billion de wons (1,1 milliard de dollars US) en cryptomonnaies et autres actifs virtuels au cours des cinq dernières années, dont plus de la moitié rien qu’en 2022. Elle a précisé que la capacité de la Corée du Nord à voler des actifs numériques était considérée comme l’une des meilleures au monde.
Changpeng Zhao, également connu sous le nom de CZ, a fondé Binance en 2017. En 2023, il a plaidé coupable d’un crime lié à son incapacité à empêcher le blanchiment d’argent sur la plateforme, et a démissionné de son poste de chef de la direction de l’entreprise. Le président américain Donald Trump a gracié M. Zhao en 2025.
M. Zhao a publié jeudi sur X un message indiquant que «les fonds des utilisateurs sont en sécurité! », mais a ajouté que ce vol «ressemble bel et bien à un piratage de Binance». Il a précisé que, bien qu’il ne dirige plus Binance, «en tant qu’actionnaire, je m’attends à ce que tous les fonds des utilisateurs soient entièrement remboursés».
Cet incident soulève par ailleurs des questions quant à l’absence de contrôles d’autorisation plus rigoureux, a mentionné Kok Tin Gan, cofondateur et chef de la direction de la firme de cybersécurité NyxLab.
«Il semblerait qu’une seule signature ait donné à l’attaquant un jeton d’accès complet et sans date d’expiration à un portefeuille chaud de Binance», a-t-il dit, faisant référence aux portefeuilles de cryptomonnaies qui contiennent numériquement les «clés privées» des utilisateurs, c’est-à-dire des autorisations uniques, et qui sont connectés à Internet.
Binance a souligné sur X n’avoir «trouvé aucune preuve de fuite de clés privées de portefeuille» et que l’entreprise divulguerait davantage de détails techniques une fois son enquête terminée.
