Après plus de 25 ans passés à occuper un poste de gérant d’affaires, Simon Hardcastle avait le sentiment qu’il n’y avait plus rien à apprendre.
Il ne détestait pas son travail, mais celui-ci n’était pas non plus passionnant, se souvient-il.
Puis, un jour au travail, il s’est porté volontaire pour conduire une chargeuse à direction à glissement afin de déneiger, et il a compris qu’il était temps de changer de cap.
«J’ai déblayé la neige, et environ deux heures plus tard, je me suis dit: “Waouh, c’est vraiment très amusant! Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre?”», raconte ce résident d’Ancaster, en Ontario, âgé de 49 ans. «J’en ai donc parlé à ma femme et je lui ai dit: “Je pense changer de carrière.”»
Il savait que passer d’un emploi de bureau à un métier spécialisé n’allait pas être facile. Cela impliquait de renoncer à un salaire stable pendant un certain temps et de vivre temporairement avec un seul revenu tout en élevant deux enfants.
Mais il était certain que c’était ce qu’il voulait faire.
Pour de nombreux Canadiens, les métiers spécialisés commencent à devenir une option de carrière de plus en plus attrayante, en partie parce que les différents niveaux de gouvernement investissent massivement dans ces professions, tandis que l’essor de l’intelligence artificielle fait craindre pour l’avenir de nombreux emplois de bureau.
Certains conseillers d’orientation affirment constater un intérêt croissant chez les professionnels en milieu de carrière pour ce type de reconversion. Cependant, le fait de ne pas savoir par où commencer retarde souvent le processus.
«Commencez par vous renseigner sur les différentes occasions dans les métiers», conseille Rachel Buesink, directrice générale chez Express Employment Professionals à Hamilton, en Ontario.
Les outils d’évaluation en ligne peuvent vous aider à identifier vos points forts — qu’il s’agisse de la construction, des mathématiques et de la résolution de problèmes, ou même de petits travaux de bricolage, précise-t-elle.
Mais il ne suffit pas d’avoir simplement un intérêt.
Mme Buesink explique que, bien souvent, les gens viennent la voir avec des idées fausses.
«Beaucoup de gens viennent me voir en disant: “J’ai déjà accroché des tableaux, je sais monter n’importe quel meuble Ikea, je veux devenir menuisier”», rapporte-t-elle.
Mais beaucoup ne se rendent pas compte à quel point le parcours est long et exigeant, ajoute-t-elle. Cela peut nécessiter quatre ans d’études et plusieurs examens. Il faut également un employeur capable de suivre vos progrès et disposé à vous embaucher en tant qu’apprenti.
Shelley Gray, directrice générale de SkilledTradesBC, affirme que le fait de se familiariser avec le métier ou le secteur d’activité souhaité peut aider à consolider cette décision.
Mme Gray indique que plusieurs établissements proposent des programmes d’initiation ou de préapprentissage permettant de tester différents métiers. Cela pourrait également faciliter l’accès à un programme à temps plein ou la recherche d’un employeur.
Mme Buesink explique que changer de carrière consiste en «chercher à comprendre en quoi consiste chaque occasion professionnelle dans le secteur des métiers spécialisés, à essayer de la faire correspondre au mieux à ses points forts et à ses centres d’intérêt, puis à s’adapter aux exigences économiques en constante évolution pour ce métier».
«C’est un peu un exercice d’équilibre.»
Réussir à payer ses factures et subvenir aux besoins de sa famille pendant cette période de transition peut également constituer un défi.
«Le principal obstacle est la baisse de salaire jusqu’à ce que l’on soit formé et capable d’apporter une valeur ajoutée à l’entreprise», pointe Mme Buesink.
Elle précise que les travailleurs en transition peuvent bénéficier de l’assurance chômage ou percevoir une rémunération dans le cadre d’un apprentissage. Mais dans l’ensemble, il faut du temps pour décrocher un emploi bien rémunéré.
Pour M. Hardcastle, se reconvertir dans la conduite d’engins de chantier représentait un risque financier mûrement réfléchi.
Sa femme et lui ont économisé pendant quelques mois avant qu’il puisse enfin quitter son emploi, et il a contracté un prêt pour financer sa certification.
Obtenir une certification est essentiel pour décrocher un emploi bien rémunéré. Mais cela peut prendre du temps, selon le programme choisi.
Mme Gray explique que de nombreux métiers spécialisés offrent aux apprentis une certaine flexibilité leur permettant d’apprendre à leur propre rythme.
Mais elle souligne qu’il est essentiel de trouver un employeur prêt à vous parrainer. Quelque «80 % de l’apprentissage se déroule en milieu professionnel».
Les programmes universitaires proposant des stages en alternance peuvent, dans la plupart des cas, faciliter le placement, selon Mme Buesink. Mais s’il n’y a pas suffisamment de places, c’est là que votre expérience antérieure dans un emploi de bureau pourrait vous aider à renforcer votre CV et à montrer votre envie de travailler.
«Si vous avez un CV solide, une bonne expérience et une motivation (qui transparaît): “Bonjour, je suis étudiant, c’est ce que je souhaite faire”, cela vous rend plus attractif aux yeux d’un employeur potentiel», affirme-t-elle.
Même si la formation peut prendre un certain temps, Mme Gray entend souvent des personnes évoquer un haut niveau de satisfaction professionnelle associé à un bon salaire.
C’est le cas de M. Hardcastle. Il n’a pas eu à accepter de baisse de salaire et peut désormais exercer un métier qui le passionne.
«En ce moment, c’est comme un enfant dans un bac à sable, témoigne-t-il. Je joue avec ces grosses machines et je déplace des matériaux.
«Chaque jour est différent. C’est tellement amusant que je ne sais même pas comment l’expliquer.»

