Cineplex nomme un nouveau dirigeant alors que l’exploitant de salles de cinéma entame un examen stratégique qui pourrait déboucher sur la cession de l’entreprise.
L’entreprise torontoise annonce mercredi que Bill Walker, qui occupait le poste de chef de la direction de Landmark Cinemas, la deuxième plus grande chaîne de cinémas du Canada, lors de sa cession en 2017 au groupe belge Kinepolis, prend immédiatement les rênes de Cineplex.
M. Walker succède à Ellis Jacob, chef de la direction de longue date de Cineplex, qui prend sa retraite, mais restera en poste en tant que conseiller jusqu’à la fin de l’année. M. Jacob est depuis longtemps une figure emblématique de l’industrie cinématographique canadienne, ayant collaboré avec des acteurs majeurs, tels que Galaxy Cinemas, Alliance Atlantic et Cineplex Odeon.
M. Walker reconnaît qu’il a «un rôle difficile à assumer», mais il se dit enthousiaste à l’idée de prendre la tête de l’entreprise, car il a toujours admiré Cineplex et se montre optimiste quant à ses perspectives.
«Je rejoins l’entreprise à ce qui est probablement le meilleur moment de ces dix dernières années, compte tenu de la dynamique favorable du secteur de l’exploitation cinématographique», souligne-t-il, faisant allusion au fait que certains studios ont cessé d’envoyer directement certains projets aux plateformes de diffusion en continu et se sont récemment montrés plus disposés à projeter leurs films en salle pendant plus longtemps.
«Je pense que c’est une période vraiment positive dans ce sens. Globalement, dans le secteur du divertissement, nous évoluons tous dans un contexte économique qui présente des défis, comme les dépenses de consommation, et il y a donc certaines contraintes à ce niveau-là, mais je pense, encore une fois, qu’au fond, tout le monde a envie de se divertir.»
Il ne souhaite pas préciser les changements concrets qu’il envisage pour l’entreprise, ne voulant pas «tirer de conclusions hâtives». Il indique toutefois qu’il s’attachera à investir dans l’expérience du public, à s’assurer que les clients ressentent une valeur ajoutée lors de leur visite et à rechercher des gains d’efficacité opérationnelle.
Ce changement à la tête de l’entreprise intervient alors que Cineplex annonce également avoir lancé un examen stratégique.
Parmi les options qui seront examinées dans le cadre de cette revue figure une éventuelle vente de l’entreprise, bien que Cineplex ait précisé qu’elle ne pouvait pas garantir que ce processus aboutirait à une transaction, à un accord ou à tout autre résultat spécifique.
La présidente du conseil d’administration de Cineplex, Phyllis Yaffe, indique dans un communiqué que la nomination de M. Walker et cet examen apporteraient à l’entreprise une continuité dans la direction et une flexibilité stratégique afin de garantir que les actionnaires bénéficient pleinement du potentiel de l’entreprise.
Mme Yaffe explique que cet examen est nécessaire, car «l’évaluation actuelle de la société sur le marché ne reflète peut-être pas pleinement la force de ses activités et de ses perspectives à long terme».
Lorsqu’on lui demande s’il a été recruté pour mener à bien une vente, M. Walker répond: «Ce n’est pas nécessairement ma spécialité.»
«Quelle que soit l’issue des processus stratégiques que nous menons actuellement, l’essentiel est de savoir si nous construisons une entreprise plus performante, capable d’attirer davantage de clients en quête de divertissement. Si nous y parvenons, nous serons alors en mesure d’accroître la valeur de cette organisation», ajoute-t-il.
Les annonces faites mercredi pourraient marquer le début d’un nouveau chapitre pour Cineplex, qui a été confrontée à de nombreux défis ces dernières années.
Alors que les plateformes de diffusion en continu grignotaient les recettes des salles de cinéma et que Cineplex s’appuyait davantage sur des lieux de divertissement tels que le RecRoom et Junxion, la société a annoncé en décembre 2019 qu’elle se vendrait à la société britannique Cineworld PLC pour 2,8 milliards $.
L’accord a échoué lorsque la pandémie de COVID-19 a entraîné la fermeture temporaire des salles de cinéma, et Cineworld s’est retirée, accusant Cineplex d’avoir rompu leur accord lorsque la crise a frappé et qu’elle a dû prendre des mesures sans précédent pour stabiliser son activité.
Cineplex a qualifié les plaintes de son acquéreur de «simple cas de remords de l’acheteur» et a intenté une action en justice pour réclamer plus de 2,18 milliards $ de dommages-intérêts. Cineworld a déposé une demande reconventionnelle, mais a perdu tant le procès initial que l’appel.
Cineplex a précisé qu’il est peu probable de pouvoir récupérer les 1,24 milliard $ de dommages-intérêts que le tribunal lui a accordés.
Depuis l’échec de l’accord avec Cineworld, des rumeurs circulent selon lesquelles Cineplex serait à vendre.
Bloomberg a rapporté plus tôt cette année que Cineplex prenait le pouls de ses concurrents, Regal Cineworld Group et Cinemark Holdings, afin d’évaluer s’ils seraient intéressés par le rachat de l’entreprise.
M. Jacob n’a pas souhaité s’exprimer à ce moment-là auprès de La Presse Canadienne au sujet de ce qu’il qualifiait de «spéculations», mais a indiqué que si une offre valable et avantageuse pour les actionnaires était formulée, l’entreprise l’examinerait.
