Économie

Ce que la menace tarifaire de Trump signifie réellement pour les consommateurs canadiens

CTV News répond à des questions clés pour vous aider à comprendre l’impact de la phase actuelle de la guerre commerciale menée par Washington sur l’un de ses plus proches amis et alliés.

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Les drapeaux canadien et américain flottent au vent au poste frontalier des Mille-Îles, à Lansdowne, en Ontario, le lundi 8 novembre 2021. LA PRESSE CANADIENNE/Lars Hagberg Les drapeaux canadien et américain flottent au vent au poste frontalier des Mille-Îles, à Lansdowne, en Ontario, le lundi 8 novembre 2021. (Lars Hagberg)

Le président américain Donald Trump menace une nouvelle fois d’imposer des droits de douane supplémentaires à son voisin du nord. Si aucun accord n’est conclu d’ici le 19 août, Washington appliquera des droits de douane sur près de 20 milliards de dollars de produits, notamment les produits laitiers, le ciment, les vêtements, le vin, les meubles et les bâtons de hockey.

Ce texte est la traduction d’un contenu de CTV News.

CTV News répond à des questions clés pour vous aider à comprendre l’impact de la phase actuelle de la guerre commerciale menée par Washington sur l’un de ses plus proches amis et alliés.

Pourquoi ces droits de douane supplémentaires et, surtout, pourquoi maintenant?

Il peut être très difficile de cerner Trump sur de nombreux sujets, mais ce qui est on ne peut plus clair et facile à constater, c’est sa grande affinité pour les droits de douane. Malgré les études successives réfutant ses affirmations selon lesquelles ils seraient bénéfiques pour l’économie, le président trouve toujours le moyen d’imposer davantage de droits de douane, et non l’inverse.

Depuis que la Cour suprême des États-Unis a jugé inconstitutionnels bon nombre des droits de douane imposés par la Maison-Blanche, l’administration Trump s’est activement employée à trouver des moyens de mettre en place des droits d’importation sur les marchandises entrant aux États-Unis. La raison de ces droits de douane, en particulier ceux visant le Canada, n’a pas changé : Washington considère le commerce comme une arme de pression. La Maison-Blanche tente de forcer Ottawa à lever l’interdiction de vente d’alcool américain dans les provinces canadiennes et à rééquilibrer les politiques laitières persistantes.

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a récemment déclaré que le Canada bénéficiait d’un «traitement inégal» sur le marché américain en matière de produits laitiers. Les transformateurs laitiers canadiens ont exporté pour 585 millions de dollars de produits laitiers vers les États-Unis l’année dernière, tandis que les États-Unis ont exporté pour 1,3 milliard de dollars de produits laitiers vers le Canada.

Y a-t-il un enjeu central ou un point de friction particulier à l’origine de ces tensions?

Comme mentionné précédemment, les tensions autour des produits laitiers n’ont fait que s’envenimer et s’aggraver sous l’administration Trump. Les ventes transfrontalières de produits laitiers représentent environ un dixième de 1 % du commerce global entre les deux pays, mais les efforts du Canada pour limiter les importations de produits laitiers restent un point de friction majeur.

Dans le même temps, le président a continué à faire pression pour obtenir un meilleur accès au marché canadien. Lors des premières négociations de l’ACEUM, l’industrie laitière américaine avait demandé l’accès à 10 % du marché laitier canadien, mais n’avait obtenu que 3,25 %. Depuis lors, les États-Unis et le Canada se sont affrontés devant des instances de règlement des différends commerciaux pour déterminer si le Canada avait effectivement accordé cet accès. Chaque partie a remporté une manche, mais ce sont les Canadiens qui ont gagné la dernière ronde en 2023.

Pourtant, malgré des marchés restrictifs et un accès strictement contrôlé, les États-Unis conservent un avantage de 432 millions de dollars dans le commerce des produits laitiers. «Nous n’allons pas nous excuser de vouloir un secteur laitier canadien fort qui garantisse un approvisionnement fiable en lait provenant des exploitations agricoles canadiennes, produit selon les normes canadiennes tout en contribuant à l’économie du Canada et à la vitalité de ses communautés rurales», a déclaré David Wiens, président des Producteurs laitiers du Canada. Si la Maison-Blanche parvient à obtenir l’accès au marché laitier canadien, Washington y verra sans aucun doute une victoire majeure dans ce bras de fer qui perdure.

Peut-on faire quelque chose du côté américain, à moins d’un revirement de la Maison-Blanche, pour mettre fin à ces droits de douane?

Les droits de douane de Trump ont déjà suscité des réactions négatives au sein même de son propre parti. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, se montre sceptique quant aux droits d’accise annoncés par le président. Le dirigeant du Parti républicain a déclaré : «Je ne suis généralement pas un grand partisan des droits de douane, à moins qu’ils ne répondent à un objectif précis, qui consiste le plus souvent à instaurer des conditions de concurrence plus équitables pour les entreprises américaines et notre économie.» Il a ajouté : «… Je n’ai pas encore entendu les arguments justifiant cette mesure.»

Par ailleurs, la sénatrice républicaine Susan Collins, qui mène une campagne de réélection difficile dans le Maine, a déclaré avoir «voté à plusieurs reprises contre les droits de douane visant le Canada». «Les économies du Maine et du Canada sont étroitement liées… Je ne souhaite pas que ces droits de douane soient adoptés», a affirmé la sénatrice, actuellement sous le feu des critiques. Cependant, le Congrès ne semble pas disposé à s’opposer à Trump en adoptant une loi à l’épreuve du veto afin de bloquer ces droits de douane en cours d’adoption.

Cela n’a toutefois pas empêché certains États de s’opposer à la Maison-Blanche. Vingt-cinq procureurs généraux démocrates poursuivent l’administration Trump en justice au sujet de sa dernière série de droits de douane, les qualifiant de prétexte pour remplacer les taxes à l’importation que la Cour suprême a invalidées en février. La procureure générale de New York, Letitia James, qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de bras de fer juridique avec le président, a déclaré : «Après avoir essuyé un revers devant la Cour suprême, l’administration tente une nouvelle fois d’augmenter illégalement les impôts pesant sur les familles et les entreprises par le biais d’une nouvelle série de droits de douane.»

La plainte, déposée devant le Tribunal américain du commerce international, demande à la justice de suspendre ces droits de douane, de les déclarer illégaux et d’ordonner le remboursement des droits déjà acquittés. Si ces droits de douane sont autorisés à entrer en vigueur, à moins d’un revirement soudain de la Maison-Blanche, tout soulagement devra venir des tribunaux.

Basé à Washington, D.C., Eric Ham est analyste politique pour CTV News. Auteur à succès et ancien membre du personnel du Congrès, il écrit pour CTVNews.ca.