Une dinde rôtie à feu doux, une farce au beurre, des légumes-racines sautés au romarin et à l’huile d’olive, une purée de pommes de terre onctueuse et une sauce aux canneberges oubliée dans le réfrigérateur.
On dirait bien une table dressée pour le souper de l’Action de grâce.
Un regain de patriotisme chez les Canadiens incite certains à examiner de plus près les ingrédients et l’origine des produits afin de s’assurer que leurs festivités célèbrent véritablement les richesses de la récolte du pays — et de déterminer s’il est possible de servir ce festin composé de produits d’origine canadienne tout en respectant un budget.
Selon les experts, il n’est pas difficile de préparer un repas entièrement canadien à petit prix, à condition de s’appuyer sur l’abondance de la saison des récoltes et sur des recettes simples.
«L’Action de grâce est en réalité une fête des récoltes qui coïncide avec le pic de la production agricole au Canada», a indiqué Paul van der Werf, professeur adjoint à l’Ivey Business School de l’Université Western, à London, en Ontario.
«Le Canada produit beaucoup de dindes et beaucoup de patates. C’est le deuxième plus grand producteur mondial de canneberges», a-t-il ajouté.
L’Ontario à lui seul a produit 45 % des dindes du pays en 2025, selon Statistique Canada. Parallèlement, le pays a atteint un record historique de production de patates en 2024, comme l’indique un autre rapport de l’organisme.
Selon M. Van der Werf, un repas de l’Action de grâce classique est typiquement canadien de bout en bout.
«Nous avons toujours disposé d’une véritable abondance de produits agricoles canadiens d’une qualité de classe mondiale», a-t-il expliqué. «Les événements géopolitiques nous ont rappelé que: “Vous savez quoi, peut-être devrions-nous y réfléchir un peu plus.”»
La recrudescence des tensions commerciales avec les États-Unis incite de nombreux consommateurs à examiner à nouveau les étiquettes pour y trouver des renseignements sur l’origine et la production des produits. Mais définir ce qui est canadien n’est pas toujours facile, compte tenu de l’imbrication des chaînes d’approvisionnement alimentaires en Amérique du Nord.
Par exemple, la coopérative américaine Ocean Spray transforme certaines canneberges canadiennes en sauce à la gelée.
Il est important de comprendre la signification des étiquettes lorsqu’on cherche à repérer des produits fabriqués au Canada, que ce soit en fonction de l’origine des ingrédients, des usines de fabrication ou du propriétaire de la marque, selon Jeff Stewart, directeur général de l’organisme sans but lucratif Food Day Canada, qui fait la promotion de la culture alimentaire canadienne.
Il a expliqué que la commodité est souvent la raison pour laquelle les gens optent pour des aliments en boîte ou préparés, comme une farce ou une boîte de purée de pommes de terre du magasin. Mais il peut être difficile de savoir dans quelle mesure ces aliments sont véritablement locaux.
M. Stewart a suggéré de procéder à rebours pour élaborer un menu des Fêtes qui reste local et respecte votre budget: promenez-vous dans l’épicerie ou au marché fermier pour voir ce qui est de saison. Ensuite, composez votre menu au fur et à mesure.
«C’est sur les produits qui abondent que vous trouverez les meilleurs prix», a mentionné M. Stewart, qui est également chef à Elora, en Ontario.
Les agriculteurs récoltent généralement une grande variété de produits frais à l’automne: citrouilles, courges, patates, pommes et poires. Mais si les consommateurs recherchent des bleuets, dont la saison de récolte s’est terminée le mois dernier, ils devront probablement payer plus cher pour ces fruits importés.
Le menu varierait également selon l’endroit où vous vivez — reflétant ce que la région a à offrir.
Pour M. Stewart, un repas de fête en Ontario signifierait une dinde élevée localement. «(Mais) si j’étais en Colombie-Britannique avec mes frères, il y aurait probablement du poisson», a-t-il dit.
Cependant, les produits de garde peuvent contrecarrer les tentatives de servir un repas 100% canadien.
Une tarte à la citrouille ou aux pommes sans une pointe de cannelle ou de muscade pourrait ne pas sembler tout à fait authentique, par exemple. Or, le Canada ne cultive pas d’épices telles que la cannelle et le poivre noir, ni ne produit d’huile d’olive.
«Vous pouvez vous procurer les citrouilles ici, vous pouvez vous procurer la farine ici, vous trouvez tous les ingrédients de votre tarte à la citrouille ici, sauf la cannelle», a rapporté M. van der Werf. «La cannelle représente probablement 0,1% de la tarte, alors ce n’est peut-être pas grave.»
Le sucre est produit à partir de canne à sucre importée, et certaines marques, comme Redpath, appartiennent à des multinationales américaines. Mais il existe des substituts pour rendre le tout véritablement local, comme les betteraves à sucre cultivées dans le sud de l’Alberta et transformées à l’usine Rogers de Taber, en Alberta, a-t-il ajouté.
D’après Jeff Stewart, le fait de fonder le menu sur des recettes plus simples peut également faciliter cette démarche.
«Je me souviens des repas chez mes grands-parents et des efforts qui étaient déployés autrefois, à une époque où ce genre de commodités n’existait pas», a-t-il confié. «Il est peut-être temps que les gens repensent à des choses plus simples d’une époque plus simple et qu’ils reviennent à certaines méthodes qui ont peut-être été oubliées ou qu’ils n’ont peut-être jamais apprises.»
Servir un repas véritablement canadien peut demander des efforts, selon lui.
«Si vous choisissez d’opter pour un repas 100% canadien, vous constaterez que vous y parviendrez, même si c’est un peu difficile au début», a précisé Jeff Stewart. «Si vous vous engagez à le faire, avec le temps, cela deviendra de plus en plus facile.»

