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Après Rogers, d'autres coupes à venir dans les télécommunications, selon un analyste

Selon son rapport annuel, Rogers comptait environ 25 000 employés en 2025.

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Edward Rogers, président du conseil d'administration de Rogers (à gauche), s'entretient avec le PDG Tony Staffieri lors de l'assemblée générale annuelle de l'entreprise de télécommunications, à Toronto, le mercredi 26 avril 2023. Edward Rogers, président du conseil d'administration de Rogers (à gauche), s'entretient avec le PDG Tony Staffieri lors de l'assemblée générale annuelle de l'entreprise de télécommunications, à Toronto, le mercredi 26 avril 2023. (Chris Young)

Même s’il reste à déterminer combien d’employés accepteront la dernière offre de départ volontaire de Rogers Communications, un analyste estime que cela pourrait marquer le début d’une vague de réductions de coûts dans l’ensemble du secteur des télécommunications.

Rogers a annoncé lundi qu’elle proposait des offres de départ volontaire et de retraite à un nombre non divulgué de ses employés. Selon Bloomberg, environ 10 000 d’entre eux seraient admissibles.

«Nous prenons des mesures pour ajuster notre structure de coûts afin de refléter les réalités commerciales de l’environnement actuel», a déclaré un porte-parole de l’entreprise, Zac Carreiro, par courriel.

«Dans ce cadre, certaines équipes ont choisi de proposer des programmes de départ volontaire et de retraite afin de donner à certains employés la possibilité de décider s’ils souhaitent rester au sein de l’entreprise ou entamer un nouveau chapitre», a-t-il expliqué. 

M. Carreiro précise que certains employés des divisions commerciales et de l’administration de Rogers sont admissibles à un rachat de contrat. Toutefois, des exclusions s’appliquent aux animateurs, aux employés de Sportsnet, aux membres du syndicat ainsi qu’aux employés de Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE) et des Blue Jays de Toronto.

Selon son rapport annuel, Rogers comptait environ 25 000 employés en 2025.

Jérôme Dubreuil, analyste chez Desjardins, estime que cela pourrait figurer parmi les plus importantes réductions d’effectifs dans le secteur des télécommunications de ces dernières années, soulignant qu’il existe «une marge pour davantage de réductions de coûts» chez d’autres grandes entreprises de télécommunications.

«Les détails concernant l’attrait des offres de départ ne sont pas connus et auront un impact significatif sur l’issue du processus», mentionne M. Dubreuil dans une note.

«L’entreprise n’a pas communiqué de taux d’adhésion prévu. Il est regrettable de voir le secteur dans une situation où de telles mesures sont nécessaires, mais nous considérons comme positif l’engagement de la direction à ajuster sa base de coûts à l’environnement difficile actuel», ajoute l’analyste. 

M. Dubreuil avance que cette réduction des effectifs est probablement liée à l’annonce faite la semaine dernière par Rogers de réduire ses dépenses d’investissement de 30 % par rapport à l’année dernière, une décision que la société a imputée aux pressions réglementaires et concurrentielles. 

Le président et chef de la direction, Tony Staffieri, avait indiqué que cette décision entraînerait l’annulation de certains projets et le report d’autres en raison «des contraintes qui nous sont imposées, ainsi qu’au secteur, par la politique réglementaire».

L’impact de l’IA

Les entreprises de télécommunications canadiennes, tout comme leurs homologues internationales, font actuellement face à des défis «sous plusieurs angles», expose Erik Bohlin, titulaire de la Chaire d’économie, de politique et de réglementation des télécommunications à l’Ivey Business School.

La majorité des emplois touchés par l’IA, selon une étude Une étude de l’Institut de la statistique du Québec suggère que 60% de la population québécoise est exposée à l’intelligence artificielle (IA) au travail. Cela veut dire qu’une personne pourrait éventuellement voir son emploi être amélioré, transformé ou remplacé par la technologie.

Outre la nouvelle concurrence des entreprises technologiques pour des services traditionnellement fournis par les opérateurs de télécommunications, il note que l’essor de l’intelligence artificielle (IA) a entraîné une restructuration.

Le rôle croissant de l’IA dans la gestion des réseaux a contribué à «une baisse de l’intensité de main-d’œuvre depuis plusieurs années» dans le secteur, parallèlement à d’autres facteurs, tels que l’externalisation de services vers des fournisseurs d’équipements, évoque M. Bohlin. 

«On assiste à une sorte de transformation industrielle en cours», analyse-t-il.

«Bien sûr, nous savons que lors de ces transitions, les emplois ne disparaissent pas complètement, ils sont au moins transformés, mais à certains stades, ils disparaissent également», précise le spécialiste. 

M. Bohlin souligne également les défis concurrentiels auxquels le secteur est confronté. Une situation qui a récemment été évoquée par Rogers et ses concurrents dans un contexte de baisse des prix de la téléphonie mobile et de l’internet, d’augmentation du taux de rotation de la clientèle et de ralentissement de la croissance démographique.

«Pour Rogers, en particulier, cela pourrait être une sorte de prise de conscience, après la fusion Rogers-Shaw, qu’il faut désormais rivaliser par de nouveaux moyens», observe M. Bohlin. 

Dans le cadre des conditions imposées par le gouvernement fédéral pour cette acquisition de 26 milliards $, finalisée en 2023, Rogers a été contrainte de créer 3000 nouveaux emplois dans l’Ouest canadien sur cinq ans et de les maintenir pendant au moins une décennie.

Rogers a pris d’autres mesures ces dernières années pour améliorer sa flexibilité financière. En juin dernier, l’entreprise a conclu un accord de 7 milliards $ pour vendre une participation minoritaire dans une partie de son infrastructure de réseau mobile à Blackstone, précisant que ces fonds seraient utilisés pour rembourser sa dette.

La société espère également tirer profit de son portefeuille croissant d’actifs dans les domaines du sport et des médias. En juillet de l’année dernière, Rogers a finalisé l’acquisition, pour 4,7 milliards $, de la participation de 37,5 % détenue par son concurrent BCE dans Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE), devenant ainsi l’actionnaire majoritaire de ce conglomérat sportif qui comprend les équipes torontoises des Maple Leafs et des Raptors.

La semaine dernière, M. Staffieri a réitéré l’intention de Rogers d’acquérir les 25 % restants de MLSE plus tard cette année, une opération qui, selon ses estimations, porterait la valeur totale de ses actifs dans les domaines du sport et des médias à plus de 25 milliards $.

Le PDG a indiqué que Rogers prévoyait de vendre des participations minoritaires dans son portefeuille combiné de sports et de divertissement à des investisseurs externes afin de réduire sa dette.

— Avec la collaboration de Daniel Johnson pour La Presse canadienne

Sammy Hudes

Sammy Hudes

Journaliste