Depuis la fin de semaine, les automobilistes montréalais paient nettement plus cher à la pompe. Selon les experts, le conflit en Iran a ébranlé les marchés pétroliers, provoquant des ondes de choc sur les marchés énergétiques mondiaux et faisant grimper les prix.
L’analyste des prix de l’essence Dan McTeague a affirmé que cette hausse était ressentie dans tout le pays, avec des augmentations d’environ 15 à 20 cents par litre ces derniers jours.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le diesel connaît également des hausses progressives, a-t-il ajouté.
«Nous avons constaté une augmentation nette de 15 à 20 cents le litre dans tout le pays», a soutenu M. McTeague.
Il a expliqué que la seule raison pour laquelle les prix n’ont pas augmenté davantage est que de nombreuses stations-service ont pratiquement éliminé leur marge de détail, c’est-à-dire les bénéfices qu’elles réalisent habituellement grâce aux ventes dans les dépanneurs.
«Elles ne peuvent pas faire grand-chose pour empêcher leurs prix de monter en flèche», a-t-il indiqué.
Si Vancouver affichait toujours les prix les plus élevés, oscillant entre 1,87$ et 1,89$ le litre, M. McTeague a indiqué que Montréal suivait de près et devançait légèrement les provinces de l’Atlantique.
Pour l’instant, il a précisé que les réserves de carburant du Canada contribuaient à empêcher les prix d’augmenter davantage.
«Mais cette situation est temporaire et ne devrait durer que quelques semaines», a prévenu M. McTeague, ajoutant que les automobilistes devaient s’attendre à de nouvelles hausses tous les quelques jours si les pressions du marché persistaient.
Si le conflit se prolonge, il a averti que les prix pourraient finalement dépasser les 2$ le litre à Montréal pour la première fois depuis plus d’un an et demi.
Des coûts plus élevés au-delà de la pompe
Les économistes affirment que l’impact financier ne devrait pas s’arrêter aux automobilistes. Pascal Thériault est économiste agricole et directeur du programme de gestion et de technologie agricoles à l’Université McGill.
Selon lui, la hausse des coûts du carburant a tendance à se répercuter sur l’ensemble du système alimentaire, affectant le transport, la transformation, l’emballage et même le chauffage. Cela se manifeste souvent d’abord dans les produits frais avant de s’étendre à d’autres produits alimentaires.
«Le prix des fruits et légumes augmentera à l’approche de la saison de production», a rapporté M. Thériault. «Les prix des engrais augmenteront probablement aussi, ce qui fera grimper les coûts de production pour les agriculteurs et pourrait faire augmenter les prix globaux des denrées alimentaires si la crise ne se résout pas rapidement.»
Il a ajouté que les prévisions suggèrent déjà que l’inflation mondiale pourrait augmenter d’environ un point de pourcentage si le conflit persiste.
«Nous savons que l’inflation alimentaire au Canada est déjà plus élevée que l’inflation générale», a-t-il dit. «Ce point de pourcentage supplémentaire dans les prix des denrées alimentaires aurait un effet important sur les consommateurs.»
Le recours aux sources alimentaires locales est souvent suggéré comme solution, mais il a déclaré que cette approche avait ses limites. M. Thériault a souligné que le Canada importait déjà la plupart de ses légumes des États-Unis et que la production locale pouvait être imprévisible.
«Nous pourrions avoir trop de pluie, nous pourrions avoir des sécheresses, ce qui signifierait que nous devrions importer davantage de denrées alimentaires», a-t-il énuméré. «Si nous importons davantage de denrées alimentaires, cela finit par faire grimper les prix.»
Moshe Lander, professeur d’économie à l’Université Concordia, a également expliqué que l’idée de résoudre la hausse des prix des denrées alimentaires simplement en achetant local est souvent irréaliste.
«Si tout le monde se tourne soudainement vers les producteurs locaux, vous supposez qu’ils ont une capacité illimitée pour répondre à cette demande, ce qui n’est souvent pas le cas», a-t-il prévenu. «C’est comme si tout le monde se précipitait pour acheter des billets pour Taylor Swift. Les prix augmentent très rapidement.»
D’autres secteurs affectés
Selon le professeur Moshe Lander, la hausse des coûts du carburant pourrait rapidement se répercuter sur les secteurs du transport routier, de l’aviation et d’autres modes de transport.
«Tout à coup, les gens qui cherchent où aller cet été verront les prix augmenter», a-t-il mentionné. «Aujourd’hui, cela ne touche que les pompes à essence, mais les répercussions toucheront le transport routier et les compagnies aériennes, ce qui aura un impact énorme sur l’ensemble des transports.»
Cela pourrait avoir des répercussions sur tout, des frais d’expédition aux projets de vacances d’été.
Malgré les tensions économiques, M. Lander a souligné qu’il fallait également tenir compte d’une dimension humaine plus large lorsqu’on évaluait les conséquences du conflit.
«Si vous me demandez si je serais prêt à payer 10 cents de plus à la pompe en échange de la certitude qu’il pourrait y avoir un régime plus responsable qui traite correctement ses voisins et ses propres citoyens, je suis d’accord», a-t-il lâché.
Il a ajouté que les consommateurs devraient reconnaître les compromis impliqués lorsqu’ils espèrent une baisse rapide des prix.
«Nous avons des désirs illimités, des ressources illimitées, et nous devons faire face à des compromis qui ont des conséquences», a conclu M. Lander. «Il y a un coût associé au résultat que les gens veulent voir.»

