Économie

Air Transat enregistre son premier bénéfice annuel depuis 2018

«La période a été assez courte et nous avons pu rapidement retrouver notre niveau de réservations habituel.»

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Le chiffre d'affaires de l'entreprise s'est élevé à 771,6 millions $ au quatrième trimestre. Des avions d'Air Transat à Montréal le mercredi 8 avril 2020. Le chiffre d'affaires de l'entreprise s'est élevé à 771,6 millions $ au quatrième trimestre. Des avions d'Air Transat à Montréal le mercredi 8 avril 2020. (Paul Chiasson)

La directrice générale de Transat juge que les répercussions de la menace de grève de ses pilotes ont été «limitées» et que l’entreprise continue de profiter du désintérêt des Canadiens pour les voyages aux États-Unis.

Cette situation ouvre la voie à une croissance en début d’année, après que le voyagiste a enregistré son premier bénéfice annuel depuis 2018.

«La demande de voyages d’agrément demeure soutenue, particulièrement pour les destinations du Sud, alimentée par le désintérêt continu des Canadiens pour les marchés de loisirs américains au profit des Caraïbes et du Mexique», a indiqué la directrice générale, Annick Guérard, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes, jeudi.

Le nombre de Canadiens de retour de l’étranger a augmenté de près de 12 % sur un an pour atteindre 1,1 million en novembre, selon les données préliminaires de Statistique Canada. Parallèlement, les voyages de retour par avion en provenance des États-Unis ont chuté de plus de 19 %.

Air Transat dessert principalement des destinations au Mexique, dans les Caraïbes et en Europe, avec seulement deux destinations aux États-Unis, soit Orlando et Fort Lauderdale, en Floride.

La compagnie a subi une perte de 12,5 millions $ lors de son dernier trimestre et ses avions sont légèrement moins remplis cet hiver qu’il y a un an.

Mme Guérard a toutefois souligné que le rendement, un indicateur mesurant le revenu moyen qu’une compagnie aérienne tire par passager payant et par mille parcouru, est en hausse, les réservations demeurant «satisfaisantes».

La directrice générale a également rappelé que Transat a renégocié toutes les principales conventions collectives jusqu’en 2027 et au-delà.

La semaine dernière, Transat a évité de justesse un arrêt de travail coûteux en concluant une entente de principe avec le syndicat représentant ses 750 pilotes. Cette entente prévoyait une augmentation de salaire de plus de 50 % sur cinq ans.

La compagnie a précisé n’avoir annulé que 18 vols et avoir ainsi limité l’impact potentiel sur ses activités.

«La période a été assez courte et nous avons pu rapidement retrouver notre niveau de réservations habituel», a souligné Mme Guérard.

La menace de grève est survenue après les promotions du Vendredi fou et du Cyber lundi, «un moment clé pour nos ventes» qui a entraîné une hausse de 11 % des réservations par rapport à l’année précédente, a-t-elle ajouté.

Face à la chute continue de la demande de vols vers la Floride, Las Vegas et d’autres destinations américaines, la compagnie aérienne s’est tournée vers des destinations plus lointaines.

Transat a annoncé plusieurs nouvelles liaisons ces derniers mois, notamment vers Accra au Ghana, Agadir au Maroc et Dakar au Sénégal, ainsi qu’une liaison jeudi entre Toronto et Tirana en Albanie, alors que la demande pour des destinations plus abordables est en hausse.

La compagnie vise une augmentation de sa capacité de 6 à 8 % l’an prochain.

Une concurrence rude

Elle doit cependant faire face à une concurrence accrue d’Air Canada et d’autres transporteurs qui ont également réagi à la baisse de la demande de voyages aux États-Unis en renforçant leur présence sur les liaisons transatlantiques et caribéennes.

«Nous sommes préoccupés par un environnement concurrentiel plus intense au cours des prochains trimestres», a avancé Cameron Doerksen, analyste à la Banque Nationale, dans une note aux investisseurs.

«Ils ciblent des marchés de plus en plus restreints. Ils proposent des vols entre Halifax et Glasgow, Montréal et Édimbourg, Montréal et Nantes, en France», a expliqué John Gradek, professeur de gestion aéronautique à l’Université McGill, en faisant référence à Air Canada.

«À mon avis, ils tentent d’asphyxier Transat en dupliquant son réseau et en la forçant à baisser ses rendements sur l’Atlantique Nord», a-t-il précisé.

Cette concurrence accrue survient à un moment critique pour Transat, qui peine à gérer une dette nette importante de 1,6 milliard $, malgré une restructuration majeure de la dette contractée pendant la pandémie plus tôt cette année, qui a permis d’annuler des centaines de millions de dollars, et à se défendre contre une tentative de prise de contrôle par un investisseur activiste.

Plus tôt ce mois-ci, le magnat des médias Pierre Karl Péladeau, deuxième actionnaire de Transat avec 9,5 % des actions, a exigé une refonte stratégique et une restructuration du conseil d’administration afin de lui attribuer, ainsi qu’à deux alliés, des sièges.

En réponse, Transat a annoncé lundi la tenue d’une assemblée des actionnaires le 10 mars pour voter sur la restructuration du conseil et les autres changements souhaités par le PDG de Québecor.

Transat a annoncé jeudi une perte de plusieurs millions de dollars pour le trimestre clos le 31 octobre, comparativement à un bénéfice net de 41,2 millions $ pour la même période l’an dernier.

Plus de la moitié des gains exceptionnels de l’an dernier provenaient des indemnités versées par le géant des moteurs d’avions Pratt & Whitney à la suite du rappel de turboréacteurs pour inspection et réparation, ce qui a touché de nombreuses compagnies aériennes.

Entre trois et cinq appareils demeureront immobilisés au sol jusqu’en 2026 en raison de ce rappel de moteurs, et une «résolution complète» est prévue d’ici début 2028, a précisé Mme Guérard.

Pour l’exercice complet, Transat a réalisé un bénéfice de 241,9 millions $ grâce à un troisième trimestre exceptionnel, comparativement à une perte de 114 millions $ pour l’exercice 2024.

Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’est élevé à 771,6 millions $ au quatrième trimestre, en baisse de 2 % par rapport à 788,8 millions $ un an plus tôt.

Cette diminution s’explique par une baisse de 28 millions $ des rémunérations versées par Pratt & Whitney.

Sur une base ajustée, Transat a perdu 0,42 $ par action au cours de son dernier trimestre, contre un bénéfice ajusté de 0,81 $ par action un an plus tôt.

Ce résultat est nettement inférieur aux prévisions des analystes, qui tablaient sur 0,12 $ par action.

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste