La coopérative laitière Agropur s’apprête à investir près de 1 milliard $ dans deux usines canadiennes, dans un contexte de forte demande pour les aliments protéinés.
La coopérative veut investir des «centaines de millions» à Beauceville au Québec ainsi qu’à Bedford en Nouvelle-Écosse, explique son chef de la direction, Émile Cordeau, en entrevue.
«Notre projet de Beauceville, par exemple, on va se trouver à doubler la capacité de traitement de lait, explique le dirigeant. C’est majeur. On investit dans des technologies à la fine pointe.»
La coopérative veut rénover de fond en comble l’usine québécoise qui produit déjà des ingrédients laitiers.
À Bedford, on agrandira l’usine spécialisée dans le lait de consommation pour ajouter les protéines laitières.
Les deux investissements permettront de créer plus de 60 emplois à Beauceville et près de 30 à Bedford.
Les gouvernements de la Nouvelle-Écosse et du Québec ont aussi contribué financièrement au projet, sur leur territoire respectif.
Le fromage cottage connaît un regain de popularité dans les dernières années, tandis que les influenceurs vantent ses valeurs nutritives sur les réseaux sociaux.
La demande est forte pour les fromages, dans l’ensemble, précise toutefois M. Cordeau. «C’est une belle avenue de croissance.»
Des projets longtemps étudiés
Les deux projets sont sur la table depuis quelques années, mais Agropur est maintenant prête à faire une annonce officielle. «On est à une étape aujourd’hui où on a suffisamment de données pour être capable d’annoncer la viabilité de ces projets-là», répond-il.
Ces importants investissements sont toutefois sujets à une «approbation finale», qui devrait survenir d’ici la fin de l’année.
«On doit aller au niveau de l’analyse détaillée, puis on a encore des aspects de financement à confirmer», précise le patron de la coopérative.
«Il reste des éléments à ficeler, mais, à ce stade-ci, on a quand même des projets qui font du sens», enchaîne-t-il.
Agropur espère que la mise en service se fera en 2028 pour Bedford et en 2029 pour Beauceville.
Le risque de la gestion de l’offre
L’analyse détaillée survient alors que le système canadien de gestion de l’offre reste un irritant pour le président américain, Donald Trump, alors que le Canada se prépare à la révision l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
M. Cordeau est d’ailleurs membre du nouveau comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis formé par le gouvernement Carney.
Le maintien de la gestion de l’offre est un «élément important» du plan d’investissement d’Agropur, répond son PDG, mais ce n’est pas le seul qui est considéré.
«La prémisse de base de notre projet, c’était que l’environnement d’affaires actuel est constant, donc la gestion de l’ordre demeure.»
Agropur se trouve dans une meilleure posture financière pour envisager de grands chantiers.
Le poids de sa dette a atteint 1,4 fois son excédent d’exploitation consolidé (BAIIA) lors de son plus récent exercice. Agropur est ainsi moins endettée que sa cible de 2 à 3 fois.
Sous la gouverne de M. Cordeau, Agropur a fortement réduit son endettement, qui avait atteint un sommet de 8,3 fois en 2020 durant la pandémie.
La dette d’Agropur risque de remonter avec ces nouveaux projets, mais M. Cordeau assure que la coopérative restera prudente. «On va continuer d’être excessivement discipliné.»

