Économie

Affaires: les obstacles face à la fin du changement d’heure dans certaines régions

La majeure partie de la Colombie-Britannique, l’Alberta, les Territoires du Nord-Ouest, le Manitoba et certaines régions du nord-ouest de l’Ontario ont choisi cette année de conserver l’heure d’été toute l’année.

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Des gens passent devant l’horloge à vapeur de Gas Town, au centre-ville de Vancouver, en Colombie-Britannique, le mardi 31 décembre 2019. LA PRESSE CANADIENNE/Jonathan Hayward Des gens passent devant l’horloge à vapeur de Gas Town, au centre-ville de Vancouver, en Colombie-Britannique, le mardi 31 décembre 2019. LA PRESSE CANADIENNE (JONATHAN HAYWARD)

Un point de friction agaçant, mais passager, pour de nombreuses entreprises est sur le point d’être écarté cet automne, alors que certaines régions du Canada mettent fin, à compter de dimanche, au changement d’heure semestriel.

Cependant, s’adapter à l’heure d’été permanente demandera un certain effort, afin de s’assurer que les réunions aient lieu, que les livraisons arrivent à destination et que les passagers prennent leurs vols à l’heure prévue. C’est particulièrement vrai lorsqu’une entreprise située dans une région où l’heure ne change pas traite avec une autre où les horloges reculent: un vendeur de Calgary pourrait oublier qu’un client de Toronto a désormais une heure d’avance, et non deux. Et qu’en est-il de Kenora, en Ontario, déjà?

«Pour la plupart des petites entreprises, l’impact est tout à fait gérable», explique Keyli Loeppky, directrice pour l’Alberta et les affaires interprovinciales à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

«Le plus grand défi auquel elles seront confrontées sera de s’assurer de rester en phase avec leurs clients, leurs fournisseurs et leurs employés, en particulier pour les entreprises qui opèrent ou font des affaires au-delà des frontières provinciales.»

Mme Loeppky précise que les entreprises du secteur manufacturier ou de la logistique du commerce de gros y prêtent une attention toute particulière.

«Même de légères différences peuvent avoir des répercussions sur leurs communications, leurs calendriers d’expédition et le fonctionnement global de leur entreprise.»

La majeure partie de la Colombie-Britannique, l’Alberta, les Territoires du Nord-Ouest, le Manitoba et certaines régions du nord-ouest de l’Ontario ont choisi cette année de conserver l’heure d’été toute l’année, ce qui signifie que les matins seront plus sombres, mais qu’il y aura davantage de lumière l’après-midi.

Québec compte mettre fin au changement d’heure Le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon confirme que son gouvernement a l’intention d’abolir le changement d’heure au Québec.

La Saskatchewan ne participe plus au changement d’heure depuis les années 1960, restant à l’heure d’été du fuseau du centre toute l’année. Le Yukon a supprimé le changement d’heure en 2020.

Par ailleurs, les horloges reculent comme d’habitude dans la majeure partie de l’Ontario et au Québec, bien que le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon ait laissé entendre que la fin du changement d’heure saisonnier était proche dans sa province. Le changement d’heure est maintenu comme d’habitude dans les provinces de l’Atlantique. Le Nunavut, qui s’étend sur trois fuseaux horaires, réfléchit à la marche à suivre alors que ses voisins abandonnent le changement d’heure.

Des sondages en faveur de l’heure d’été

Les Chambres de commerce du Manitoba ont sondé leurs membres sur le changement d’heure et ont constaté que 54 % d’entre eux étaient favorables au passage à l’heure d’été permanente, rapporte la présidente et cheffe de la direction par intérim, Elisabeth Saftiuk.

«Les entreprises ont fait part de leurs préoccupations concernant la fatigue des employés, la productivité, la gestion des horaires et les perturbations opérationnelles», explique-t-elle à propos du statu quo.

La chambre s’est réjouie que le Manitoba reste aligné sur les régions de l’Ontario situées à l’ouest du 90e méridien, notamment la ville de Kenora.

«Cela renforce l’importance de maintenir l’alignement du Manitoba avec les collectivités et les entreprises avec lesquelles nous travaillons le plus étroitement», écrit Mme Saftiuk dans un courriel.

Jen Riley, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce de la Colombie-Britannique, indique que ses membres militaient depuis une décennie pour la suppression du changement d’heure. L’organisation ne voyait aucune raison valable de maintenir ce rituel semestriel, initialement instauré en temps de guerre comme mesure d’économie d’énergie.

«Des parents fatigués, deux fois par an, cela affecte la productivité au travail le lendemain», précise-t-elle.

Mme Riley mentionne qu’il pourrait y avoir «un léger désagrément pendant quelques jours», mais que, dans l’ensemble, ce changement de politique est bénéfique. Tant que les provinces de l’Est maintiendront le statu quo, ajoute-t-elle, il sera plus facile d’organiser des réunions avec des interlocuteurs de Toronto, par exemple, grâce à un décalage horaire réduit.

Des mises à jour logicielles

Une personne porte-parole de Microsoft indique que l’éditeur de logiciels a publié des mises à jour Windows et des consignes pour Outlook avant dimanche. Il conseille aux clients de s’assurer que leurs appareils sont à jour et utilisent le nouveau fuseau horaire spécifique à la Colombie-Britannique, à l’Alberta ou au Manitoba.

«Les utilisateurs d’Outlook devraient également passer en revue les réunions importantes à venir et récurrentes qui s’étendent au-delà du 1er novembre et mettre à jour ces réunions en fonction du nouveau fuseau horaire approprié.»

Pour les vidéoconférences Teams, les modifications de fuseau horaire effectuées dans les paramètres d’un appareil sont automatiquement prises en compte, sauf si l’utilisateur a désactivé l’option «Suivre les paramètres du système d’exploitation».

Des changements pour le transport aérien

Ce changement d’heure a des implications pour le secteur du voyage, où la précision des horaires est essentielle. Dans un premier temps, les passagers devront peut-être redoubler d’attention.

«Nous ne le saurons pas automatiquement et nous devrons désormais vérifier en permanence», prévient Barry Prentice, qui dirige l’institut des transports de l’université du Manitoba.

La réduction du décalage horaire entre l’ouest et le reste du Canada pendant une partie de l’année pourrait permettre aux avions à destination de l’est de décoller un peu plus tard dans la journée. À partir de dimanche, un avion décollant de Vancouver à 19 h 30 arriverait à Toronto à 2 h du matin, heure locale, au lieu de 3 h, ce qui rendrait le voyage légèrement plus supportable.

«À l’heure actuelle, il n’est pas vraiment possible de programmer des vols au départ de Vancouver vers l’est après environ 19 h, car, au moment où ils arrivent à destination, le décalage horaire est tel que les passagers arrivent trop tard ou que l’aéroport est soumis à un couvre-feu», explique M. Prentice.

Les horaires devront également être ajustés pour que les voyageurs puissent prendre leurs vols en correspondance. «Il se peut qu’une liaison prévoie une correspondance de 60 minutes à une certaine saison et de 120 minutes à une autre. À moins que les horaires ne soient adaptés, cela risque d’avoir des répercussions», indique Christopher Read, ancien directeur du développement d’entreprise chez Air Canada.

Cela dit, les compagnies aériennes internationales, telles qu’Air Canada et WestJet, opèrent quotidiennement à travers des dizaines de fuseaux horaires, y compris ceux soumis à l’heure d’été.

«Les systèmes en place sont capables de gérer tout cela», ajoute-t-il.

Les experts recommandent l’heure d’hiver à l’année

Si beaucoup aiment voir le soleil briller plus longtemps après l’école ou le travail, les experts ont mis en garde contre l’impact des matins sombres sur le sommeil et la santé, et ont plaidé en faveur d’un passage à l’heure d’hiver permanente.

Patrick Baylis, économiste à l’université de la Colombie-Britannique, est coauteur d’une étude récente publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne qui souligne comment des levers de soleil tardifs peuvent perturber les rythmes circadiens, nuire au sommeil et entraîner toute une série de problèmes liés à la sécurité et à la productivité.

Des études ont montré que les régions où le soleil se lève plus tard dans la journée ont tendance à afficher des résultats scolaires plus faibles, explique-t-il.

«On peut donc imaginer, en ce qui concerne les entreprises, que bon nombre de ces mêmes effets se manifestent probablement sous la forme d’un manque de sommeil. Cela signifie que les employés ne seront pas aussi performants et que les entreprises, en général, ne seront pas aussi productives», détaille-t-il.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas certains avantages à bénéficier de plus de lumière en fin de journée, précise-t-il. Certaines données indiquent une activité commerciale plus intense lorsque le soleil se couche plus tard.

«Je comprends tout à fait cet argument. Comme tout le monde, j’apprécie les activités après le travail. J’aime pouvoir faire du sport ou simplement être dehors quand il fait encore jour», témoigne M. Baylis.

«Ces avantages sont assez faciles à comprendre, c’est pourquoi cette mesure a tendance à être populaire. Je ne pense pas qu’ils l’emportent sur les préoccupations liées à la sécurité, au sommeil et à la productivité.»

Lauren Krugel

Lauren Krugel

Journaliste

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste