Sous la pression de Donald Trump, l’Union européenne est parvenue mercredi à un compromis provisoire pour mettre en œuvre l’accord commercial conclu l’an dernier avec les États-Unis, espérant clore un chapitre tumultueux des relations transatlantiques.
Ce compromis a été annoncé au terme d’une nuit d’intenses négociations à Strasbourg entre les représentants du Parlement européen et des États membres.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué cette annonce sur X, appelant à «finaliser le processus» dès que possible. «Ensemble, nous pouvons garantir un commerce transatlantique stable, prévisible, équilibré et mutuellement bénéfique», a-t-elle ajouté.
«L’Europe tient ses engagements», s’est également réjouit le chancelier allemand Friedrich Merz, sur le même réseau social.
L’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder, a quant à lui applaudi ces progrès, «même si nous en examinerons attentivement les détails».
Le président américain Donald Trump avait donné à l’UE jusqu’au 4 juillet, jour des 250 ans de l’indépendance américaine, pour ratifier l’accord sur les droits de douane négocié l’été dernier à Turnberry, en Écosse.
Faisant valoir que les engagements américains ont été, pour leur part, rapidement mis en œuvre, il a menacé l’UE de porter de 15% à 25% les droits de douane sur les voitures et camions européens si elle ne tenait pas sa part du contrat.
Dans son pacte avec Washington, l’UE s’est engagée à supprimer les droits de douane appliqués sur la plupart des importations en provenance des États-Unis, en échange d’un plafonnement à 15% des droits de douane imposés par M. Trump sur les produits européens.
Cela nécessite le double assentiment du Parlement et des 27 pays de l’UE.
Mais les eurodéputés avaient réclamé le mois dernier un ensemble de garde-fous difficilement endossables par les États membres, soucieux d’éviter un nouvel accès de fureur de la Maison-Blanche.
«On n’obtient pas toujours ce qu’on veut»
Les eurodéputés ont finalement accepté de revoir leurs exigences à la baisse. Selon un communiqué du Parlement européen, le texte final donne notamment aux États-Unis jusqu’à la fin de l’année pour supprimer leurs surtaxes sur les composants en acier et aluminium, au lieu d’en faire une condition préalable.
Un autre point de discorde concernait les clauses dites sunrise (lever de soleil) et sunset (coucher de soleil), en vertu desquelles la partie européenne de l’accord entrerait en vigueur dès que les États-Unis auraient pleinement respecté leurs engagements, et expirerait à moins d’être renouvelée en 2028.
La clause sunrise a été purement et simplement supprimée, tandis que la clause sunset a été repoussée à la fin de 2029, quand Donald Trump aura achevé son mandat.
Le président de la commission du commerce international du Parlement européen, le social-démocrate allemand Bernd Lange, a minimisé les concessions accordées aux États membres.
Citant son tube préféré des Rolling Stones, «You can’t always get what you want», il a expliqué lors d’une conférence de presse qu’«on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut, mais si on essaye, on finit par obtenir ce dont on a besoin».
Loin d’avoir cédé à l’ultimatum de Trump, estime-t-il, le Parlement a créé «un filet de sécurité», face à une politique douanière américaine devenue «totalement instable et imprévisible».
Un processus longtemps entravé
Le compromis négocié mercredi devra encore recevoir l’approbation du Parlement et des États membres dans les semaines qui viennent, une simple formalité désormais.
Si le Parlement européen a dès le départ traîné les pieds pour ratifier l’accord avec les États-Unis, qu’il jugeait trop défavorable, le processus a aussi été entravé ces derniers mois par les visées de Donald Trump sur le Groenland, puis par le revers judiciaire sur les droits de douane infligé au milliardaire républicain par la Cour suprême américaine.
Plusieurs pays européens ont en outre attisé la colère de la Maison-Blanche ces dernières semaines en raison de leur opposition ou de leurs critiques concernant le conflit en Iran.
Mais la Commission européenne a défendu tout du long l’accord de Turnberry, au nom de la préservation des relations entre l’UE et son premier partenaire commercial.
«Un accord est un accord et l’UE honore ses engagements», a martelé mercredi Ursula von der Leyen.
