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Tireur neutralisé: des millions de dollars promis à un Australien devenu un héros

«Face à l’horreur qui nous frappe, il brille comme un exemple de la force de l’humanité», a déclaré le premier ministre Anthony Albanese.

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Des nageurs se rassemblent pour une veillée matinale à Sydney, le mercredi 17 décembre 2025, à la suite de la fusillade de dimanche à Bondi Beach. (Mick Tsikas/AAP Image via AP) Des nageurs se rassemblent pour une veillée matinale à Sydney, le mercredi 17 décembre 2025, à la suite de la fusillade de dimanche à Bondi Beach. (Mick Tsikas)

Comme beaucoup d’Australiens flânant sur la plage de Bondi lors des longues et douces soirées d’été, Ahmed al Ahmed souhaitait simplement prendre un café avec un ami. Autour de lui, un massacre sanglant a éclaté: deux hommes armés ont pris pour cible des Juifs célébrant Hanoucca dans un parc près du rivage.

Soudain, Ahmed al Ahmed s’est faufilé, le corps courbé, entre deux voitures garées, avant de se ruer sur l’un des tireurs, le prenant par surprise. Sur une vidéo visionnée des millions de fois à travers le monde, on peut voir ce père de famille de 44 ans maîtriser l’un des agresseurs, lui arracher son fusil et le retourner contre lui.

L’histoire de ce commerçant syro-australien musulman qui a mis fin au carnage perpétré dimanche a touché un pays en quête désespérée de réconfort après l’une de ses heures les plus sombres: le massacre de 15 personnes qui célébraient leur foi juive.

«Face à l’horreur qui nous frappe, il brille comme un exemple de la force de l’humanité, a déclaré le premier ministre Anthony Albanese mardi, à sa sortie de l’hôpital de Sydney où Ahmed al Ahmed est soigné pour des blessures par balle. Nous sommes un pays courageux. Ahmed al Ahmed représente ce que notre pays a de meilleur.»

Une cagnotte en ligne, créée par des Australiens qui n’avaient jamais rencontré Ahmed al Ahmed, avait déjà recueilli mardi soir les dons de quelque 40 000 personnes, pour un total de 2,3 millions de dollars australiens (2,1 millions $).

M. al Ahmed, marié et père de deux jeunes filles, devra mener un long combat, selon ceux qui ont pu lui parler depuis le massacre de dimanche. Il a été touché à plusieurs reprises au bras gauche, apparemment par le second tireur, qui a ouvert le feu sans discernement depuis une passerelle.

Il a déjà subi une intervention chirurgicale et d’autres opérations sont prévues, a expliqué Lubaba alhmidi Alkahil, porte-parole de l’Association des Australiens pour la Syrie, qui lui a rendu visite à l’hôpital lundi soir. Cet homme «discret et humble» était conscient, mais fragile et devra observer au moins six mois de convalescence, a précisé Mme Alkahil.

Depuis l’attaque, un amas de fleurs et de messages de remerciement s’est formé devant le petit bureau de tabac qu’il possède, en face d’une gare de la banlieue de Sydney. Il a reçu la visite de dirigeants australiens à l’hôpital et aurait même déclaré à Chris Minns, premier ministre de l’État de Nouvelle-Galles du Sud, qu’il referait le même geste.

Il a été salué comme un héros par des dirigeants du monde entier, dont le président américain Donald Trump et le gouverneur général d’Australie, représentant du roi Charles III dans le pays. M. Minns a indiqué que M. al Ahmed avait sauvé d’innombrables vies lors de ce qu’il a qualifié de «scène la plus incroyable que j’aie jamais vue».

Avant de s’installer en Australie, M. al Ahmed vivait à Nayrab, dans la région d’Idlib en Syrie, a raconté son cousin, Mohammad al Ahmed, à l’Associated Press. Il a quitté la Syrie en 2006 après avoir terminé ses études, avant les manifestations de masse de 2011 contre le gouvernement du président Bachar al-Assad, qui ont été réprimées brutalement et ont dégénéré en une guerre civile de près de 14 ans.

Nayrab a été lourdement bombardée par les forces de Bachar al-Assad; la plupart des maisons de la ville ont été rasées et réduites en ruines. Mardi, M. al Ahmed était sur toutes les lèvres.

«Ahmed a vraiment fait preuve d’héroïsme, a témoigné son cousin. Sans hésiter, il a maîtrisé le terroriste et l’a désarmé pour sauver des innocents.»

Les parents d’Ahmed al Ahmed, venus à Sydney cette année pour retrouver leur fils, ont indiqué à l’Australian Broadcasting que leur fils avait servi dans la police et les forces de sécurité centrales en Syrie.

«Je ressens une grande fierté et un profond honneur, car mon fils est un héros pour l’Australie», a affirmé son père, Mohamed Fateh al Ahmed.

Un acte d’héroïsme qui redonne espoir

Après le massacre, un pays encore sous le choc de l’une des pires attaques haineuses jamais perpétrées sur son sol, attribuée à un Australien arrivé d’Inde en 1998 et à son fils, né en Australie, cherche l’espoir au milieu de son deuil. Des histoires d’héroïsme ont commencé à émerger.

Parmi elles, celle de Boris et Sofia Gurman, un couple marié, tués tous deux en tentant d’arrêter l’un des tireurs qui sortait de sa voiture et commençait le massacre, comme leur famille l’a confié aux médias australiens.

Reuven Morrison, 62 ans, a lui aussi été tué en essayant d’arrêter l’horreur, selon sa fille, Sheina Gutnick. Après que M. al Ahmed a désarmé un tireur, un homme identifié par Mme Gutnick comme étant M. Morrison a été vu en train de lancer des objets sur le tireur, avant d’être abattu par le second homme.

Des actes de courage comme celui-ci ont été cités par de nombreuses personnes sur les médias sociaux et dans les médias comme des exemples de ce que signifie être Australien.

«Quand il a fait ça, il ne pensait absolument pas à l’origine des personnes qu’il sauvait ni à celles qui mouraient dans la rue, a souligné Mohamed Fateh al Ahmed à propos de son fils. Il ne fait aucune distinction de nationalité, surtout ici en Australie, où il n’y a pas de différence entre les citoyens.»