MONTRÉAL — La première ministre Christine Fréchette et le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, ont annoncé un investissement de 609,6 millions $ sur cinq ans pour mettre en œuvre la Stratégie québécoise de l’audiovisuel 2026-2031, afin d’assurer la pérennité et la vitalité de l’industrie.
À travers «nos écrans» et au fil des générations, on a su «affirmer qui nous sommes, transmis notre histoire, notre mémoire» et «notre imaginaire», a lancé la première ministre devant des dizaines d'artistes, de producteurs et de membres de l'industrie de l'audiovisuel lundi matin à Montréal.
«Mais aujourd'hui, cette capacité de raconter le Québec est mise à rude épreuve» et «il y a urgence d'agir!», a lancé Christine Fréchette.
Face à la montée de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques qui bouleversent les habitudes de consommation, mais aussi les modèles de production et de diffusion, Québec lance sa Stratégie québécoise de l’audiovisuel.
La «Stratégie québécoise de l’audiovisuel 2026-2031: faire battre le cœur du Québec sur nos écrans», sera déployée par le ministère de la Culture et des Communications en collaboration avec plusieurs ministères partenaires.
Transformation de Télé-Québec
Dans cette stratégie, une priorité est accordée à la jeunesse, notamment par la transformation de Télé-Québec, qui deviendra un média pour les jeunes.
La télévision linéaire ne sera qu’une partie de l’offre de Télé-Québec, qui se concentra sur les jeunes de 9 à 17 ans.
«La jeunesse doit être au cœur de la vitalité et de la transmission de notre culture», a indiqué Christine Fréchette en conférence de presse.
L'objectif de ce «nouveau» Télé-Québec sera de bâtir un «continuum générationnel», qui «consolidera dès l’enfance un lien significatif avec la culture québécoise et qui l’approfondira à l’adolescence».
Deux phases et quatre axes
La Stratégie québécoise de l’audiovisuel se divise en deux phases, une première phase de 240,6 millions $ (2026-2028) et une seconde phase de 369,0 millions $ (2028-2031).
Le plan s'articule autour de quatre axes.
«Premièrement, on vise à solidifier le lien entre la population et les œuvres d'ici. Pour solidifier ce lien-là, on va augmenter dès cette année le budget de Télé-Québec pour accroître sa capacité à réaliser des productions originales», a indiqué la première ministre.
En parallèle, on va réorganiser le financement de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et du Conseil des arts et des lettres du Québec «pour soutenir davantage la création, les scénaristes indépendants et l'expérimentation», a-t-elle ajouté.
Le deuxième axe vise à «rendre les contenus québécois présents et accessibles partout, sur les plateformes numériques, sur les écrans traditionnels, puis également dans nos écoles», a expliqué la première ministre en faisant référence à la transformation de Télé-Québec.
Le troisième axe «vise à accroître la visibilité des contenus francophones québécois ici, comme à l'international».
Finalement, le quatrième axe a pour objectif de «stabiliser financièrement le secteur audiovisuel» et, pour y arriver, «on prévoit une mesure structurante de 100 millions de dollars à la SODEC pour réduire les coûts de financement des productions», a expliqué Mme Fréchette.
Ce montant, destiné à la SODEC, permettrait de mettre en place un nouveau programme de financement intérimaire du crédit d’impôt remboursable pour la production cinématographique et télévisuelle québécoise.
Au delà de l'aspect culturel, le secteur de l'audiovisuel est un important levier de développement économique, a rappelé la première ministre.
«On parle de 50 000 emplois au total, des emplois directs, des emplois indirects et d’une contribution de plus de 3 milliards de dollars au PIB. C'est colossal. Ces retombées économiques, en fait, surpassent celles des mines, de la foresterie, puis également des technologies de l’information», a indiqué Christine Fréchette.
«Aujourd'hui, notre gouvernement passe à l'action en mettant sur pied la toute première Stratégie québécoise de l'audiovisuel en 30 ans, un geste fort pour accompagner notre industrie dans sa transformation et assurer sa pérennité. Cette Stratégie s'ajoute à notre loi sur la découvrabilité des œuvres francophones pour nous permettre de faire battre le cœur du Québec sur nos écrans», a pour sa part indiqué le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe.
La stratégie fait suite aux recommandations formulées par le Groupe de travail sur l'avenir de l'audiovisuel au Québec en septembre 2025.
Ce groupe avait été mandaté par le ministre Lacombe en juin 2024 afin d'analyser et de réviser le système de financement et le fonctionnement de l'industrie audiovisuelle.
Présente à la conférence de presse lundi matin, la présidente de l'Union des artistes (UDA), Tania Kontoyanni, a réagi en soulignant que son organisation demandera «une grande transparence» concernant la distribution du financement pour s'assurer «que l'argent des contribuables se rend dans le contenu» des œuvres.
«On va demander au gouvernement, si le gouvernement change, que cette stratégie et ces recommandations» soient respectées, a ajouté la présidente de l'UDA.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne
