Tout au long d’un cours consacré aux films d’horreur, la classe de Julia Chan à l’Université de Calgary examine comment ces films ne se contentent pas de nous faire peur: ils nous en disent long sur nous-mêmes, sur nos défauts, sur notre culture et sur la manière d’affronter nos plus grandes peurs.
«Peut-être que les films d’horreur reflètent le fait que nous avons besoin d’un exutoire pour parler de ce qui nous fait peur», explique Julia Chan, professeure adjointe en arts et cinéma.
Mme Chan a cité un chercheur, Jeffrey Jerome Cohen, selon lequel les monstres peuvent révéler aux gens leur culture, ce dont ils ont peur et quelles sont leurs limites.
Les zombies sont des métaphores des craintes liées aux pandémies et aux virus ou de tout ce que nous ne comprenons pas; Frankenstein symbolise une science hors de contrôle; et les menaces numériques et en ligne reflètent les craintes liées à la technologie.
«Le monstre lui-même nous en dit plus sur nous-mêmes que sur lui-même», croit Mme Chan.
Son film d’horreur préféré est «The Haunting» («La Maison du diable») de 1963, une histoire de fantômes en noir et blanc mettant en scène des chercheurs qui étudient l’activité surnaturelle d’un manoir hanté.
Grâce au travail de caméra et au décor, le film crée un espace effrayant, souligne-t-elle.
Plus tôt dans la semaine, la classe a regardé «Halloween», le film d’horreur classique de 1978 mettant en scène Michael Myers, un tueur en série armé d’un couteau, afin d’anticiper la fête éponyme du 31 octobre.
Les films d’horreur et leurs éléments surnaturels ou terrifiants sont devenus une tradition incontournable d’Hollywood pour Halloween, dont l’histoire riche puise ses racines dans le folklore, l’ancienne fête celtique de Samhain et la fête chrétienne de la Toussaint.
On considère également que la soirée d’Halloween est la nuit où le voile entre les vivants et les morts est le plus ténu. Les citrouilles et les déguisements ont également trouvé leur place dans cette célébration afin de tenir les mauvais esprits à distance.
Chaque Halloween, Noah Kennedy regarde «Scream» («Frissons»), le film d’horreur de 1996 mettant en scène le personnage emblématique masqué de Ghostface. Ce film donne le ton de la fête. Il l’a vu pour la première fois alors qu’il était au début de son adolescence.
Mais, alors que les films d’horreur sanglants, les monstres et l’occulte régnaient en maîtres à la fin des années 1990, ce sont désormais les horreurs psychologiques et surnaturelles qui jouent avec l’esprit qui intriguent M. Kennedy, aujourd’hui âgé de 20 ans.
«On met un film d’horreur parce qu’on veut avoir peur, n’est-ce pas? mentionne-t-il. C’est la même chose avec beaucoup de films. Il s’agit simplement de ressentir ces émotions, et on a l’impression d’être vraiment en vie.»
Shannon Mascarin, étudiante, raconte qu’elle a grandi en regardant des films d’horreur.
Lorsqu’on lui a demandé quel était son film d’horreur préféré, elle a répondu: «Dans quel sous-genre ?»
Elle se décrit comme une «enfant livrée à elle-même», seule à la maison après l’école et tombée amoureuse des créatures effrayantes.
«D’une manière ou d’une autre, on se laisse happer par ces films. Ce sont eux qui viennent à vous», avance-t-elle.
Et c’est pour cette raison qu’elle attend avec impatience chaque 31 octobre.
«Je peux me déguiser, je reçois des bonbons gratuits et tous les films d’horreur passent à la télé, indique-t-elle. C’est mieux que Noël.»
