MONTRÉAL — TV5 Québec Canada a obtenu le feu vert du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour augmenter ses tarifs, lui permettant ainsi de stabiliser à court terme sa situation financière.
Le CRTC a accepté mercredi la demande «urgente» du télédiffuseur. Ce dernier pourra augmenter dès maintenant de 0,02 $ le tarif de gros mensuel par abonné que les câblodistributeurs doivent lui payer pour offrir les chaînes TV5 et TV5 Unis.
Sur les marchés francophones, le tarif n'avait pas bougé depuis 1989. Il passera de 0,28 $ à 0,30 $ par abonné. Du côté anglophone, la hausse sera aussi de 0,02 $, pour un taux s'établissant à 0,26 $.
Grâce à ces augmentations, TV5 Québec Canada sera en mesure de dégager des revenus supplémentaires d'environ 2 millions $ sur une année.
Le PDG de TV5 Québec Canada, Yann Paquet, s'est réjoui de la décision du CRTC.
«C'est un pas qui est important et qui va évidemment nous aider à stabiliser la situation financière de l'organisation à court terme», a déclaré en entrevue M. Paquet.
«Avec la décroissance des abonnements à la télédistribution qui continue, évidemment, ça va nous prendre des solutions plus pérennes pour l'avenir. Mais c'est quand même un pas dans la bonne direction qui était très attendu», a-t-il poursuivi.
Décision du CRTC
L'automne dernier, le CRTC avait décidé de reporter l'étude de la demande de la hausse tarifaire, au grand désarroi du télédiffuseur, qui s'inquiétait de voir sa capacité d'investir dans la production de contenus francophones fragilisée.
L'organisme fédéral estimait «qu’il serait plus approprié d’examiner les demandes en tenant compte» de «décisions de politiques clés» à venir, comme des éléments de la mise en oeuvre de la modernisation de la Loi sur la radiodiffusion.
Dans la décision rendue mercredi, le CRTC a reconnu que depuis, «la situation financière de TV5 a continué de se détériorer et est maintenant critique, faisant en sorte que TV5 pourrait avoir de la difficulté à respecter ses obligations».
Ainsi, «l’approbation de la demande est dans l’intérêt public, car cela permettrait d’assurer la continuité du service ainsi que le maintien des engagements en matière de programmation», conclut le CRTC.
Deux membres du Conseil ont cependant exprimé une opinion divergente. Selon eux, il s'agit d'une «décision prématurée», qui «a pour effet d’accentuer un décalage qui rend la télédistribution de moins en moins concurrentielle par rapport à la diffusion en ligne».
Ces membres croient que la solution pour TV5 «réside bien davantage» dans la modernisation du cadre réglementaire de radiodiffusion au pays.
Réinvestir dans le contenu
L'automne dernier, TV5 Québec Canada a procédé à une restructuration qui s'est soldée par une réduction de 20 % de ses effectifs.
L'argent supplémentaire dans les coffres de l'organisme à but non lucratif servira notamment à financer ses opérations régulières. Mais un peu plus de la moitié sera réinvestie pour développer et produire davantage de contenus, en vertu de ses obligations de licence du CRTC, détaille M. Paquet.
«C'est vraiment davantage pour nous aider au niveau du virage numérique qu'on doit faire, qu'on doit accélérer, puis pour un réinvestissement en contenu, qui va être bienvenu pour nos plateformes et pour le public qui nous suit», explique-t-il.
Pour la suite, TV5 Québec Canada continue de plancher sur ses revenus publicitaires. Les discussions se poursuivent aussi avec le gouvernement québécois sur les montants du dernier budget que pourrait recevoir l'organisme, évoque M. Paquet.
Le télédiffuseur entend également faire des représentations auprès du fédéral afin qu'il augmente son soutien financier.
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

