Incapables «d’infirmer ou de confirmer les allégations» d’utilisation d’intelligence artificielle par Thyléson Orélien pour l’écriture de son livre C’était ça ou mourir, les Éditions du Boréal suspendent la promotion.
L’ouvrage «demeure toutefois disponible», a écrit l’éditeur dans un communiqué diffusé jeudi.
Dans cette communication qui n’a pas été signée par un membre de la direction, les Éditions du Boréal affirment avoir «collaboré» avec l’auteur québécois d’origine haïtienne pour «l’aider à constituer un dossier détaillant le travail qui a précédé l’intervention du Boréal», ce qui n’a pas suffit à déterminer clairement si, oui ou non, M. Orélien a utilisé l’IA dans son processus.
Ainsi, «il est primordial de ne pas tirer de conclusions hâtives», croit l’éditeur, qui souligne que le roman a «touché des dizaines de milliers de lecteurs dans le monde francophone, de même que de nombreux éditeurs à l’international».
«En l’absence de preuves sérieuses et tangibles, il ne nous appartient pas de décider si [“C’était ça ou mourir”] a le droit d’exister.»
— Extrait d’un communiqué des Éditions du Boréal.
Par ailleurs, les Éditions du Boréal «sans réserve les messages haineux et les attaques personnelles des derniers jours», car «au-delà du livre et du débat qu’il suscite, il y a un être humain».
Le processus créatif de Thélyson Orélien soulève effectivement un tollé à l’échelle mondiale et, justement, les Éditions du Boréal sont d’avis que «cette situation dépasse le cas d’un seul livre: le débat sur l’utilisation de l’IA en création littéraire est vaste, complexe et nuancé, et il ne se réglera pas en quelques jours ni en quelques semaines. Les balises qui encadreront ces pratiques se construiront au fil du temps, avec l’ensemble des acteurs du milieu».
Ainsi, l’éditeur ne s’avance pas sur une échéance quant à la levée de la suspension de la promotion de C’était ça ou mourir.
D’autres cas de plagiat allégué
Il n’y a toutefois pas que la question de l’utilisation de l’IA qui plombe Orélien et son œuvre.
À ces accusations se sont ajoutées mercredi des allégations de plagiat au Canada pour des textes publiés il y a plus de dix ans. Le quotidien québécois La Presse a notamment indiqué avoir constaté qu’une de ses chroniques publiées en 2013 était dans sa «quasi-totalité» une «traduction légèrement remaniée» d’un article diffusé quelques jours plus tôt par le journal philippin The Philippine Star, toujours accessible en ligne.
À la lumière de ces allégations, un salon du livre organisé au Québec a annoncé jeudi exclure l’écrivain de sa programmation.
«Après avoir pris connaissance des allégations de plagiat» et «après mûres réflexions», le Salon du livre de l’Estrie a indiqué, dans un communiqué, «qu’il retire à M. Thélyson Orélien le titre d’invité d’honneur et l’invitation à participer aux deux activités qui figuraient à la programmation».
«Les éléments de communication concernant sa participation au Salon du livre de l’Estrie seront retirés du site internet et des réseaux sociaux», ont ajouté les organisateurs de ce salon, qui se tient du 15 au 18 octobre à Sherbrooke.
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la librairie Les Bouquinistes a plutôt fait le choix de mettre en boutique le roman.
La volonté de «faire taire»
Auteur de l’un des best-sellers de la rentrée, le romancier de 38 ans, qui a remporté lundi le prix du roman Fnac et figure dans les sélections de plusieurs autres récompenses comme le Goncourt, a été mis en cause lundi sur le réseau social X par le compte anonyme Balance ton Claude, jusqu’alors confidentiel.
Celui-ci a affirmé que le livre avait été «presque intégralement» écrit par une intelligence artificielle, après en avoir fait analyser des extraits par le logiciel américain Pangram.
L’écrivain a dénoncé jeudi auprès de l’AFP une «volonté» de le «faire taire».
«Par rapport à tout ce qui se passe dans l’actualité, je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme», a-t-il expliqué. «Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement d’attaquer le livre, mais surtout ma voix (…), de me faire taire», a-t-il ajouté.
«Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme», a-t-il conclu, sans indiquer s’il entendait prochainement retourner au Québec, où il habite.
Il a pris la parole jeudi après-midi devant environ 500 personnes, qui l’ont applaudi à plusieurs reprises. Il n’a pas évoqué la polémique et n’a pas été interrogé par l’animatrice, qui a déclaré en préambule : «On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle».
Jusqu’à présent, Thélyson Orélien n’a pas répondu en détail sur les accusations. Auprès de Libération, il les avait rejetées mardi et indiqué être «en train de constituer un dossier» avec ses éditeurs «pour prouver» qu’il a écrit l’ouvrage de sa main.
Avec de l’information de l’Agence France-Presse.
