Le jour de la fusillade contre John Lennon, le 8 décembre 1980, lui et Yoko Ono ont accordé une entrevue à une équipe de radio de San Francisco depuis leur domicile aux Dakota Apartments, à New York.
Ils faisaient la promotion de leur nouvel album Double Fantasy, mais cette conversation de deux heures a abordé des sujets très variés.
Bien que les intervieweurs aient été prévenus de «ne pas poser de questions sur les Beatles», Lennon et Ono se sont montrés d’une franchise saisissante.
Dans l’entrevue, les deux, en particulier Lennon, parlent avec franchise de l’amour, de leur relation, de la créativité, de la vie après les Beatles, de l’éducation de leur jeune fils, de l’écriture de chansons au lit et de bien d’autres choses encore. À 40 ans, Lennon semble avoir trouvé une véritable clarté.
«J’ai l’impression que rien ne s’est passé avant aujourd’hui», a mentionné Lennon.
Dans John Lennon : The Last Interview, Steven Soderbergh transforme ces enregistrements qui ont survécu en un documentaire qui contribue autant à démystifier Lennon et Ono que Get Back l’a fait pour les Beatles. Le film a été présenté samedi au Festival de Cannes.
«J’ai été tellement touché par leur générosité d’esprit tout au long de la conversation, a expliqué M. Soderbergh lors d’une entrevue samedi à Cannes. C’est comme si le monde s’était déroulé en une seule journée, dans cet appartement.»
La réalisation du film a posé un problème épineux. M. Soderbergh était déterminé à laisser l’audio parler de lui-même. Il a trouvé des moyens de mettre en images une grande partie du film, mais il restait tout de même un grand vide là où la conversation devenait plus philosophique.
«J’ai travaillé sur tout ce qui pouvait être résolu, sauf ça, aussi longtemps que j’ai pu, a souligné M. Soderbergh. Puis est venu le moment inévitable où je me suis dit: OK, mais qu’est-ce qu’on va vraiment faire ? On a commencé à tourner, mais on a manqué de temps et d’argent. C’est là que Meta est entré en jeu.»
Steven Soderbergh a accepté l’offre d’utiliser le logiciel d’intelligence artificielle de Meta pour créer des images surréalistes pour ces séquences, qui représentent environ 10 % du film.
Lorsque le réalisateur a annoncé la nouvelle plus tôt cette année, cela a provoqué un tollé.
Les séquences générées par l’IA, massivement critiquées par la presse à Cannes, sont assez banales et ne diffèrent pas beaucoup des effets spéciaux. Il n’y a pas d’images hypertruquées de Lennon.
Elles ont toutefois placé M. Soderbergh au cœur d’un débat à l’échelle de l’industrie sur l’utilisation de l’IA dans la réalisation cinématographique.
Le réalisateur a expliqué qu’il comprenait pourquoi les gens ont réagi avec autant d’émotions.
«On ne dit pas oui à Meta quand ils vous proposent ces outils et s’engagent à terminer le film sans savoir qu’on va s’attirer des critiques. Ça faisait partie du marché», a-t-il mentionné.
Selon lui, il est clair que l’IA générative ne pourra pas remplacer certaines tâches essentielles à la réalisation d’un film.
«On n’a pas encore vu quelqu’un avec une certaine crédibilité créative se lancer à fond dans l’IA pour un projet, et voir comment les gens réagissent», a-t-il toutefois nuancé.
«Je pense que c’est nécessaire. Comment savoir où se trouve la limite tant que personne ne l’a franchie ? Je ne pense pas que ce que je fais la franchisse. Certains ne seront peut-être pas d’accord. Je ne sais pas encore où se trouve ma limite. J’attends de voir», a-t-il ajouté.
Il a soutenu qu’il avait établi des règles avant d’utiliser cette technologie.
«Est-ce la seule façon d’accomplir ce que je veux voir ? Est-ce vraiment la meilleure façon de le faire ? C’est là la vraie question. Vous verrez beaucoup de gens faire des choses avec l’IA qui ne répondent pas à ces deux critères», a-t-il expliqué.
«Il est difficile de dire combien de temps il nous faudra pour trouver un équilibre avec cette technologie. Je pense que nous y parviendrons», croit le réalisateur.
Il estime que, dans le domaine du cinéma, chaque département a ou aura une relation très différente avec elle.
«Chaque créatif aura son propre prisme et sera affecté par cette technologie de différentes manières. (...) Je ne pense pas qu’il existe une solution unique qui convienne à tous», a-t-il affirmé.
