«Mauvais», «brouillon» mais «humain», le film à petit budget Niu Lai fait sensation dans les cinémas chinois, après avoir été abondamment moqué en ligne pour ses graphismes.
Le film est l’œuvre d’une mère et son fils, qui l’ont animé image par image pendant cinq ans et ont composé la bande originale, selon les médias locaux. Il raconte la relation d’un veau, nommé Niu Lai, avec sa mère.
Niu Lai, soit Voici la vache, a rapporté environ 7000 yuan la première semaine suivant sa sortie le 5 août. Puis, favorisé par un bouche-à-oreille contre-intuitif, il a atteint 33,06 millions de yuan au box-office chinois, selon la plateforme de billetterie Maoyuan.
Il est «si mauvais qu’il en devient génial», commente auprès de l’AFP Caelan Moriarty, musicien américain de 25 ans travaillant en Chine.
«Je me rends bien compte que c’est mauvais, mais il y a du cœur là-dedans, alors on ne peut pas détester ça», explique Caelan Moriarty, impressionné par le fait que les auteurs «n’aient pas utilisé d’intelligence artificielle, qu’ils aient pris le temps».
Le film est rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux en raison de ses graphismes 3D anguleux, dignes d’un vieux jeu vidéo, et de ses dialogues étranges. Pour ses amateurs, ces imperfections font tout son charme.
«Ce n’est pas parfait. Mais c’est justement parce que ce n’est pas parfait que c’est bien, ça montre que c’est profondément humain (…) et je pense que c’est pour ça que ça marche», estime M. Moriarty.
Stella Xing, étudiante, a regardé le film à Pékin après avoir vu des «memes», images humoristiques en ligne.
«Même si c’est assez brouillon, il y a tellement de détails marrants, comme la façon dont (Niu Lai) marche par exemple», décrit-elle.
«C’est hilarant et ça donne envie aux gens d’aller le voir».
Dans certaines salles obscures pékinoises, les affiches dessinées à la main représentant une vache bipède à gros sourcils voisinent avec celles de L’Odyssée, l’un des superproductions du moment.
Produits dérivés
Niu Lai n’a pas eu droit à une campagne marketing conventionnelle, mais certains ont flairé le bon filon en voyant enfler le phénomène sur les réseaux sociaux.
La plateforme de cybercommerce Taobao propose désormais des produits dérivés à l’effigie du bovin jaune, des T-shirts, des figurines ou encore des caleçons.
Un fabricant a dit à l’AFP avoir commencé à vendre des porte-clés Niu Lai.
L’œuvre donne à voir «quelque chose qui diffère des productions soignées et sophistiquées auxquelles nous sommes habitués», analyse Pan Wang, professeure associée à l’université australienne de Nouvelle-Galles du Sud.
«C’est un peu comme manger des céréales raffinées tous les jours et, d’un seul coup, des plus grossières, pour changer: le contraste en lui-même est rafraîchissant», poursuit-elle. «Son côté brut, son absurdité et son imperfection font partie de son charme.»
De manière générale, les films d’animation gagnent en popularité dans la deuxième économie mondiale.
Plus soigné que Niu Lai, la superproduction chinois Ne Zha 2 a dépassé l’an dernier le film Disney Vice-Versa 2 pour devenir le film d’animation le plus lucratif de l’histoire du cinéma, selon les médias chinois.
