Art et culture

«La jeune fille qui pleurait des perles», court métrage québécois, remporte un Oscar

«Un milliard de personnes viennent d’entendre parler de notre pays.»

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Maciek Szczerbowski, à gauche, et Chris Lavis reçoivent le prix du meilleur court métrage d'animation pour «La jeune fille qui pleurait des perles» lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au théâtre Dolby de Los Angeles. AP Photo/C... Maciek Szczerbowski, à gauche, et Chris Lavis reçoivent le prix du meilleur court métrage d'animation pour «La jeune fille qui pleurait des perles» lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au théâtre Dolby de Los Angeles. (Chris Pizzello/Associated Press)

Le court métrage La jeune fille qui pleurait des perles, réalisé par les Montréalais Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, a remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation lors de la soirée de remise de prix, dimanche. 

Le talent canadien a brillé lors de la 98e cérémonie des Oscars, au théâtre Dolby à Los Angeles, alors que la Torontoise Maggie Kang a également gagné l’Oscar du meilleur long métrage d’animation pour le film à succès Les guerrières de la K-pop (KPop Demon Hunters). 

La jeune fille qui pleurait des perles, un court métrage d’animation image par image produit par l’Office national du film (ONF), a été projeté dans plus de 40 festivals et avait déjà reçu plusieurs prix. 

Se déroulant dans le Montréal du début du XXe siècle, le court métrage raconte l’histoire d’un garçon pauvre qui tombe amoureux d’une mystérieuse jeune fille qui pleure des perles la nuit. 

Pour les cinéastes, cet Oscar représente bien plus que leur propre projet.

«Nous y voyons l’aboutissement de plusieurs décennies de politiques publiques», a déclaré M. Szczerbowski, lors d’une entrevue téléphonique, saluant le soutien apporté aux arts par le système de financement culturel canadien. 

Il a remercié le producteur de films public d’avoir «permis à des farfelus comme nous, qui, à 50 ans passés, jouons encore avec des poupées, de créer des choses qui inspirent véritablement le monde».

«Un milliard de personnes viennent d’entendre parler de notre pays», a-t-il ajouté. 

Le duo d’animateurs avait déjà été nominé dans la catégorie du meilleur court métrage d’animation aux Oscars en 2007, pour «Madame Tutli-Putli». 

Les guerrières de la K-pop brillent

Ce fut une grande soirée pour l’animation, avec l’Oscar de la réalisatrice canado-coréenne Maggie Kang pour Les guerrières de la K-pop, film qu’elle a écrit et coréalisé avec Chris Appelhans.

Ce film musical fantastique, qui raconte l’histoire d’un groupe de K-pop (pop coréenne) chasseur de démons, est le film le plus visionné de l’histoire de Netflix.

Chris Appelhans, à gauche, Maggie Kang et Michelle L.M. Wong reçoivent le prix du meilleur film d'animation pour « K-pop Demon Hunters » lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au Dolby Theatre de Los Angeles. Chris Appelhans, à gauche, Maggie Kang et Michelle L.M. Wong reçoivent le prix du meilleur film d'animation pour « K-pop Demon Hunters » lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au Dolby Theatre de Los Angeles. (Chris Pizzello)

En acceptant son prix, Mme Kang, émue, a dédié sa victoire «à tous les Coréens», regrettant qu’il ait fallu si longtemps «pour que ceux d’entre vous qui me ressemblent» se voient représentés dans un film à succès comme celui-ci.

«Mais ça y est. Et cela signifie que les générations futures n’auront pas à en rêver», a-t-elle déclaré, retenant ses larmes.

La chanson du film Golden, interprétée par Ejae, Audrey Nuna et Rei Ami (qui incarnent le groupe de K-pop fictif Huntrix), est devenue la première chanson de K-pop à remporter l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Les artisans de Frankenstein récompensés

Les artisans canadiens de Frankenstein de Guillermo del Toro avaient eux aussi de quoi se réjouir dimanche.

La conceptrice de production Tamara Deverell et le décorateur Shane Vieau ont remporté l’Oscar des meilleurs décors, tandis que Jordan Samuel et Cliona Furey faisaient partie de l’équipe récompensée pour le meilleur maquillage et la meilleure coiffure.

En coulisses, M. Lavis a raconté que l’événement s’était transformé en une véritable fête improvisée du cinéma canadien.

«En coulisses, c’était nous, Maggie Kang et toute l’équipe de Frankenstein — une véritable haie d’honneur de Canadiens qui se retrouvaient, s’embrassaient, prenaient des photos et célébraient ce moment marquant du cinéma canadien.» 

Tamara Deverell, à gauche, et Shane Vieau reçoivent le prix de la meilleure direction artistique pour « Frankenstein » lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au Dolby Theatre de Los Angeles. Tamara Deverell, à gauche, et Shane Vieau reçoivent le prix de la meilleure direction artistique pour « Frankenstein » lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 15 mars 2026, au Dolby Theatre de Los Angeles. (Chris Pizzello/Chris Pizzello/Invision/AP)

Cette victoire était particulièrement significative pour MM. Lavis et Szczerbowski, car leurs familles étaient présentes pour y assister.

M. Lavis a également profité de l’occasion pour aborder un problème plus vaste qui touche le milieu artistique canadien.

Il a pointé du doigt la montée en puissance des géants de la diffusion en continu, comme Netflix et Amazon, qui, selon lui, profitent du public canadien mais «ne contribuent pas suffisamment» au financement de la culture au pays.

La Loi sur la diffusion continue en ligne, qui n’est pas encore pleinement mise en œuvre, oblige les plateformes de diffusion en continu étrangères à contribuer au financement de la production cinématographique et télévisuelle canadienne.

Plusieurs plateformes, dont Amazon et Apple, contestent la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes qui exigerait des plateformes étrangères générant plus de 25 millions $ par année au Canada qu’elles versent 5 % de leurs revenus locaux à la programmation canadienne.

«On ne peut pas rivaliser avec ces géants sans financer la production culturelle. C’est impossible», a dit M. Lavis.

«Cela implique notamment de faire payer des impôts à Amazon, Netflix et toutes ces entreprises qui profitent d’un traitement de faveur dans ce pays. Je crois qu’il est important qu’elles contribuent davantage que par le biais des films, mais aussi au Fonds des médias du Canada et à d’autres fonds canadiens. C’est absolument essentiel à notre survie.»