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«Neverman» met en lumière les craintes des personnes transgenres face à la démence

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Lucia, jouée par Justin Vivian Bond, est confrontée à la maladie d'Alzheimer' dans le film «Neverman» au programme du Festival international du film de Toronto de 2026. LA PRESSE CANADIENNE/photo fournie par Rodrigo Michelangeli (mention obligatoire... Lucia, jouée par Justin Vivian Bond, est confrontée à la maladie d'Alzheimer' dans le film «Neverman» au programme du Festival international du film de Toronto de 2026. Crédit image | LA PRESSE CANADIENNE (Rodrigo Michelangeli)

Le réalisateur cubano-canadien Rodrigo Barriuso voulait attirer l’attention sur les difficultés auxquelles sont confrontés certains patients LGBTQ+ lorsqu’ils intègrent des établissements de soins de longue durée, citant notamment des exemples qu’il a jugés «bouleversants et révoltants».

Il avait pris connaissance de nombreux reportages à l’étranger faisant état de cas d’établissements de soins de longue durée qui n’étaient pas équipés pour offrir aux résidents des soins respectueux de leur identité.

«En conséquence, ils retournaient dans le ‘placard’, car la discrimination à laquelle ils étaient confrontés dans ces lieux était si omniprésente qu’ils préféraient y vivre plutôt que de s’y soumettre», explique Rodrigo, dont le film «Neverman» a été présenté au Festival international du film de Toronto.

La génération de la communauté LGBTQ+ qui s’est battue pour les droits des homosexuels et des personnes transgenres est en train de vieillir, certains développant une démence et finissant par «partager un établissement de vie avec les harceleurs qui —surprise— vieillissent eux aussi», raconte le réalisateur basé à Toronto.

Dans «Neverman», le personnel d’une maison de soins de longue durée fictive tente de dépouiller la militante transgenre Lucia Neverman — incarnée par Justin Vivian Bond — de son identité.

L’infirmière de Lucia, Eleanor — incarnée par l’actrice québécoise Marie-Josée Croze — multiplie les tentatives pour la dissuader de se maquiller et la pousser à remplacer ses robes par des vêtements masculins.

Lucia fait face à ces agressions répétées tout en craignant de se perdre face à la progression de sa maladie d’Alzheimer.

Bien que le film soit une histoire fictive, il reflète les craintes bien réelles de la population LGBTQ+ vieillissante, selon des experts en démence et des professionnels travaillant auprès de cette communauté.

Allison Sekuler, scientifique en chef à la Baycrest Academy for Research and Education, spécialisée dans le vieillissement et la santé cérébrale, dit que les préjugés et les malentendus persistent dans les établissements de soins de longue durée, souvent parce que le personnel n’a pas reçu de formation adéquate sur la manière de prodiguer des soins respectueux de l’identité de genre.

En Ontario, le cabinet du ministre des Soins de longue durée précise que tous les établissements sont tenus de respecter des normes de soins rigoureuses.

«Cela implique de traiter les résidents avec courtoisie et respect, d’une manière qui reconnaisse leur dignité, leur valeur et leur individualité, indépendamment de leur race, de leur ascendance, de leur lieu d’origine, de leur couleur de peau, de leur origine ethnique, de leur nationalité, de leurs croyances, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre, de leur âge, de leur état civil, de leur situation familiale ou de leur handicap», a écrit vendredi Mark Hensen, directeur de la communication.

Le ministère a indiqué avoir soutenu l’élaboration de ressources par divers organismes afin d’accompagner les résidents LGBTQ+ en établissement de soins de longue durée.

L’une d’entre elles est un guide intitulé «Accueillir les personnes âgées trans et de genre divers dans les soins de longue durée», qui a été publié en août, mais seulement en anglais.

Mme Sekuler dit la «lacune» réside dans le fait que les établissements de soins ne les utilisent pas tous.

«La loi stipule que l’identité de genre des résidents transgenres doit être respectée, mais tout le monde n’aura pas nécessairement reçu une formation détaillée sur la manière de s’y prendre», constate-t-elle.

Les résidents transgenres ont souvent des besoins très spécifiques, a ajouté Mme Sekuler.

«Si une personne transgenre a besoin d’un traitement hormonal, recevra-t-elle les hormones dont elle a besoin ? Si sa barbe pousse plus vite qu’elle ne le souhaiterait et qu’elle s’identifie comme une femme, quelqu’un viendra-t-il la raser, même si, en temps normal, on ne le ferait que pour une personne s’identifiant comme un homme ?»

Justin Vivian Bond, qui a joué au cinéma, à la télévision et au théâtre, mais qui se consacre désormais aux spectacles queer en direct, est revenue au cinéma pour incarner Lucia Neverman.

«Je me suis dit que cela abordait un sujet dont j’aurais plaisir à parler.»

Quant à la crainte de développer une démence et de retomber dans un état antérieur à sa transition, Bond estime qu’aucune version antérieure d’elle-même ne rejetterait celle qu’elle est devenue.

«Je n’avais pas les mots pour l’exprimer, mais je savais que j’étais trans dès le tout début de ma vie. Si je devais revenir à l’enfance et voir le corps que j’ai aujourd’hui, je me dirais que, pour avoir prié chaque soir pour avoir ce corps, mes prières ont été exaucées.»

Bond comptait parmi ses amis, une personne qui militait en faveur de protocoles fondés sur la recherche afin d’offrir des soins adaptés aux personnes transgenres au sein du système de santé.

«Dans ce cas précis, il n’existait aucun protocole adapté à mon personnage.»

Mme Bond a estimé qu’une telle formation dans le domaine des soins de longue durée serait «très utile» — à condition que le personnel soit lui-même «bienveillant et attentionné».

«Je pense sincèrement que les personnes qui veulent agir correctement aimeraient qu’on leur dise ce qu’est la bonne chose à faire afin de pouvoir la faire.»

Dans le cadre de ses recherches pour le film, M. Barriuso s’est entretenu avec le personnel et les résidents du Wellesley Central Place, à Toronto, qui dispose d’une «aile arc-en-ciel».

L’ensemble du personnel de l’établissement est formé aux soins adaptés à la communauté LGBTQ+, dit Barbara Michalik, directrice générale des partenariats universitaires communautaires et des programmes au sein des Rekai Centres, lors d’un entretien.

Beaucoup suivent même une formation plus approfondie pour devenir des «champions», arborant le symbole de l’arc-en-ciel sur leur cordon d’identification afin que les résidents LGBTQ+ sachent qu’il y a toujours une personne de confiance vers qui se tourner.

Mme Michalik espère voir davantage d’établissements de soins de longue durée créer des espaces où les résidents se sentent à l’aise en tant que communauté.

«Ils veulent pouvoir entrer dans un lieu où ils ont le sentiment que c’est leur culture. C’est chez eux.»

La date de sortie en salles de «Neverman» n’a pas encore été annoncée.

Nicole Ireland

Nicole Ireland

Journaliste