Art et culture

MUSIQC accroît la découvrabilité de la musique québécoise, selon une étude

Publié le 

Des applications d’écoute de musique en continu sur un iPhone, le 28 janvier 2018. LA PRESSE CANADIENNE/AP-Jenny Kane Des applications d’écoute de musique en continu sur un iPhone, le 28 janvier 2018. LA PRESSE CANADIENNE/AP-Jenny Kane (Jenny Kane)

La plateforme MUSIQC, qui vise à mettre en valeur la musique francophone du Québec dans les écoutes en ligne, semble bel et bien ouvrir davantage de portes à la musique d’ici et accroître son écoute sur les grandes plateformes d’écoute en continu, aussi connues sous le nom de plateformes de «streaming».

Une étude indépendante menée par le professeur en marketing Alexis Perron-Brault, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, constate que l’ajout d’une chanson au catalogue MUSIQC «fait augmenter significativement ses écoutes» sur Spotify — la plateforme à l’étude entre septembre 2023 et septembre 2026.

Pour les chansons ayant plus de 18 mois d’existence, le chercheur a noté une augmentation de 6,1 % et, pour les titres plus récents (de 3 à 18 mois), cette hausse atteint 13 %.

MUSIQC propose des listes de lecture francophones aux utilisateurs, qui sont ensuite redirigés vers les grandes plateformes d’écoute, comme Spotify et Apple Music par exemple, par les mélomanes qui fréquentent le site de MUSIQC. Une fois offertes sur ces grandes plateformes, ces listes de lecture deviennent disponibles pour l’ensemble de leurs abonnés. C’est une fois rendues là que les listes d’écoute prennent leur envol.

«Agréablement surpris»

«J’ai été agréablement surpris de voir un effet assez fort. Je me disais que ça se pouvait qu’on trouve un effet de 1, 2, 3 %. C’est beaucoup plus que ça et c’est quand même assez intéressant», explique le professeur Perron-Brault en entrevue téléphonique. Il note de plus qu’on parle ici d’un effet à long terme: «Les chansons récentes, les nouveautés qui sont en train de devenir des plus vieilles chansons, ont généralement un cycle de vie en descendant, ce qui est assez normal avec la plupart des nouveaux albums. Une plateforme comme ça (MUSIQC) semble pouvoir ralentir un peu cette chute-là et permettre aux chansons de s’installer à un niveau plus élevé à long terme que ce qu’elles auraient été autrement.»

En découpant les chansons selon leur écoute, explique-t-il «j’ai pu constater, en regardant les 90 % des chansons moins écoutées — donc des chansons qui bénéficient le plus d’un boum de découvrabilité — qu’on parlait de presque 9 millions de nouvelles écoutes causées par MUSIQC. C’est un calcul hypothétique basé sur certaines suppositions, à prendre avec un grain de sel, mais ça semble tourner autour de ça, ce qui est quand même intéressant.»

En chiffres absolus, cela pourrait sembler marginal, avec, dans certains cas, des augmentations de 300 ou 400 écoutes, «mais comme c’étaient des chansons qui n’avaient tellement pas d’écoute au début que juste ça, c’est déjà intéressant et ça va peut-être amener quelques personnes de plus».

Une initiative à soutenir

Il raconte que l’effet s’est avéré beaucoup plus grand quand MUSIQC a été lancé, en raison de l’effet de nouveauté et, surtout, de la visibilité médiatique de ce lancement. «Ça ne prend pas nécessairement 10 millions de personnes pour qu’on voie un effet et ça, c’est très intéressant, mais clairement, ça prend des gens sur le site. L’effet était particulièrement fort en février 2025, au moment du lancement (de MUSIQC), quand il y avait trois ou quatre fois plus de personnes sur le site qu’aujourd’hui, ce qui n’est pas anormal, c’est juste l’effet d’effervescence d’avoir beaucoup de mentions de la nouvelle plateforme.»

C’est ce résultat de départ qui lui fait dire qu’on ne doit pas laisser la plateforme à elle-même, mais qu’il faut la soutenir: «Une plateforme de ce genre-là, ça ne peut pas être juste une coquille dans laquelle on crée des listes de lecture en se disant, magiquement, qu’ensuite elles vont être recommandées par Spotify ou YouTube ou des choses comme ça. Non, ça prend une initiative aussi qui est nourrie de façon régulière, autant en contenu qu’en termes de promotion.»

Mais ces résultats inespérés lui font quand même dire que, pour les musiciens et l’industrie de la musique en général, «c’est super intéressant de voir que ça fonctionne, que ça peut donner un coup de pouce. Ça ne va pas changer du jour au lendemain le fait que vous allez devenir méga populaire, mais on peut penser que ça va quand même aider en général l’industrie.»

Financement stable et récurrent

Forte de cette étude, la Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et artistes entrepreneurs (SPACQ-AE) demande à rencontrer le nouveau ministre de la Culture, du Patrimoine, des Communications et de la Langue française, Pascal Bérubé, «afin d’examiner les possibilités de financement stable et récurrent de MUSIQC».

Dans un communiqué pour souligner les résultats de l’étude, la directrice générale de la SPACQ-AE, Ariane Charbonneau, fait valoir que «MUSIQC est un outil collectif développé chez nous, qui conjugue innovation technologique, expertise du milieu musical et promotion de la diversité culturelle, au bénéfice des artistes et de toute notre industrie (...) MUSIQC est une initiative pertinente, nécessaire et porteuse de résultats concrets pour nos musiques. Il est temps de donner à MUSIQC les moyens de poursuivre son développement et son rayonnement avec un financement prévisible et durable, à la hauteur des ambitions du Québec en matière de découvrabilité et de rayonnement de la culture francophone».

Pierre Saint-Arnaud

Pierre Saint-Arnaud

Journaliste

Vicky Fragasso-Marquis

Vicky Fragasso-Marquis

Journaliste