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«Minotaure», un film sur le meurtre et la corruption en Russie, fait réagir à Cannes

«Minotaure» est le premier film réalisé par Andreï Zviaguintsev hors de la Russie. Il l’a tourné en Lettonie.

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Iris Lebedeva, le réalisateur Andrey Zvyagintsev et Dmitriy Mazurov posent pour les photographes lors de la séance photo du film «Minotaure» au 79e Festival de Cannes, dans le sud de la France, le mercredi 20 mai 2026. (Photo: Millie Turner/Invision/... Iris Lebedeva, le réalisateur Andrey Zvyagintsev et Dmitriy Mazurov posent pour les photographes lors de la séance photo du film «Minotaure» au 79e Festival de Cannes, dans le sud de la France, le mercredi 20 mai 2026. (Photo: Invision/AP) (Millie Turner)

Le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev a provoqué une onde de choc au Festival de Cannes avec un film policier sobre et accablant sur le meurtre et la corruption en Russie, sur fond de mobilisation des jeunes hommes dans la guerre menée par le président Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

«Minotaure», qui a fait ses débuts mardi soir au festival français, était l’une des sélections les plus attendues de cette édition de Cannes. Le long métrage a répondu à ces attentes, recevant l’un des accueils les plus enthousiastes du festival et plaçant le cinéaste russe en bonne position pour la Palme d’or.

Si «Minotaure» est en apparence centré sur un couple marié, son histoire a des répercussions politiques évidentes. Dmitriy Mazurov incarne le directeur général d’une grande entreprise maritime à qui l’on demande, alors que l’armée russe se mobilise pour l’invasion totale de l’Ukraine en février 2022, de fournir un contingent de 150 travailleurs pour l’effort de guerre croissant.

Parallèlement, Mazurov commence à enquêter sur l’infidélité présumée de sa femme, incarnée par Iris Lebedeva. Au fur et à mesure que «Minotaure» évolue, leur drame familial prend une symbolique plus sombre, évoquant les tromperies et la sauvagerie de la guerre menée par Vladimir Poutine.

«Il était important pour moi de réaliser ce film compte tenu du contexte russe actuel, a expliqué Zvyagintsev aux journalistes mercredi. C’était un prétexte parfait pour dire des choses importantes.»

Pour Zvyagintsev, ce triomphe était attendu depuis longtemps. Ses deux films précédents – «Léviathan» (2014) et «Faute d’amour» (2017) – avaient tous deux été salués par la critique et nommés aux Oscars.

Mais pendant la pandémie, la maladie a contraint Zvyagintsev à rester dans un coma artificiel pendant 40 jours. En convalescence dans une clinique allemande, il a dû réapprendre à marcher et à tenir des ustensiles. Un an plus tard, en 2022, toujours en fauteuil roulant, il a déménagé avec sa famille à Paris.

«C’est l’une des plus belles choses qui me soient arrivées au cours de ces neuf dernières années», a témoigné Zvyagintsev à propos de son retour à Cannes, où ses deux précédents films avaient été présentés en avant-première. «Revenir au Festival de Cannes après une si longue absence est un événement absolument incomparable.»

Zvyagintsev avait auparavant travaillé en Russie. Bien que ses films s’abstiennent de toute déclaration politique explicite, leurs critiques à l’égard de l’administration Poutine n’étaient pas difficiles à deviner. Le ministère russe de la Culture, qui avait en partie financé «Léviathan», s’était montré très critique envers le film, affirmant qu’il «crachait ouvertement» sur le gouvernement.

Un film sur la Russie, à l’extérieur de la Russie

«Minotaure» est le premier film réalisé par Zvyagintsev hors de la Russie. Il l’a tourné en Lettonie.

«J’ai peut-être perdu un lien lorsque j’ai quitté la Russie il y a six ans, mais je sais de quoi je parle, a-t-il soutenu. Je sais comment les gens pensent, comment ils réagissent, comment ils agissent. J’en sais aussi beaucoup sur la corruption, qui s’est développée dans le pays.»

Si Zvyagintsev ne s’est pas beaucoup exprimé directement sur la Russie mercredi, il a expliqué comment la politique s’immisçait dans son travail de cinéaste.

«Je ne voulais pas trop insister sur la politique, car cela aurait discrédité ce que l’on entend, a déclaré le réalisateur. Il valait mieux se plonger dans le silence et s’appuyer sur les gestes.»

Les grandes lignes de «Minotaure» s’inspirent du film de Claude Chabrol de 1969, «L’Épouse infidèle». Zvyagintsev a commencé à y travailler il y a plusieurs années. Mais après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, survenue pendant sa convalescence, le film a commencé à évoluer. Comme dans ses films précédents, la géopolitique s’est immiscée dans un drame familial.

«Il n’y a rien de plus intéressant que d’étudier un couple, a-t-il affirmé. Chaque membre d’un couple doit faire des choix qui remettent en question les relations au sein de la famille. Une famille, c’est comme un champ de bataille.»