Prise deux: la nouvelle exposition du Met Gala mettra à l’honneur les vêtements et les matières du quotidien, tels que les jeans et les manteaux bouffants, le papier et le plastique – ainsi que la manière dont les créateurs de mode les transforment.
Le nouveau thème annoncé jeudi semble à mille lieues des créations fastueuses et sophistiquées de John Galliano, le créateur britannique qui devait initialement faire l’objet de l’exposition de mode du Met au printemps prochain – avant que cette idée ne soit abandonnée après le tollé suscité par ses déclarations antisémites passées.
L’exposition de remplacement au Costume Institute du Met, intitulée extraORDINARY: Fashion and the Poetics of the Everyday, sera inaugurée lors du Met Gala 2027, qui se tient traditionnellement le premier lundi de mai. À partir de pièces issues des collections du musée, ainsi que de prêts et d’acquisitions, l’exposition vise à explorer «la manière dont les créateurs réinventent des vêtements familiers, des objets du quotidien et des matériaux courants grâce à leur savoir-faire, à la construction, à l’expérimentation des matières et à leur esprit conceptuel», explique le musée.
Comme toujours, c’est Andrew Bolton, conservateur en chef de l’institut, qui se charge de son organisation. L’idée a dû se concrétiser rapidement dès que le musée, ainsi que Galliano lui-même, ont décidé d’annuler la rétrospective, sous la pression des donateurs, des responsables municipaux et de la communauté juive.
Dans une entrevue accordée cette semaine, Bolton a décrit le défi que représentait la conception d’un nouveau projet à partir de zéro après l’annulation de l’exposition consacrée à Galliano.
L’institut avait déjà commencé à rassembler des créations de Galliano pour l’exposition initiale, qui avait été annoncée en grande pompe fin juillet. Le musée avait promis d’aborder la «conduite répréhensible du créateur britannique qui a fondamentalement bouleversé sa carrière et la façon dont il était perçu par le public» – une référence à ses déclarations antisémites et racistes passées. Un mois plus tard, l’exposition a été purement et simplement annulée.
«Je n’avais pas de plan B, pour être honnête, a expliqué Bolton. Il n’y avait pas d’autre exposition déjà documentée et prête à être présentée.»
Il a affirmé que cette nouvelle idée lui était venue à l’esprit alors qu’il travaillait sur l’exposition de l’année dernière, «Costume Art», mais qu’elle n’était restée qu’«une étincelle dans mon regard».
L’exposition précédente, a-t-il indiqué, «m’a en quelque sorte amené à réfléchir davantage à la manière dont nous vivons les vêtements au quotidien, évidemment en les portant, mais (aussi) à travers la mémoire et le mouvement».
«Les vêtements de tous les jours sont chargés d’une signification extraordinaire», a déclaré Bolton. «Nous avons un t-shirt préféré, nous avons un jean préféré, et nous les portons jusqu’à ce qu’ils tombent littéralement en lambeaux. Et ces significations se développent au fur et à mesure que nous les portons.»
L’exposition examine la manière dont les créateurs transforment ces vêtements en quelque chose de différent et d’unique. «J’aime l’idée que les créateurs transforment ces objets familiers en incroyables sources d’émerveillement», a-t-il soutenu.
Les hôtes et le code vestimentaire annoncés ultérieurement
L’exposition du printemps est inaugurée chaque année par le prestigieux Met Gala, une soirée de collecte de fonds au profit du Costume Institute du musée, au cours de laquelle les invités visitent l’exposition pendant l’apéro.
En tant qu’événement le plus médiatisé et le plus photographié du calendrier de la mode, le Met Gala est une invitation très convoitée qui attire un mélange de personnalités issues des mondes du spectacle, des affaires, du sport et de la politique.
Le thème de l’exposition influence le code vestimentaire de la soirée, qui sera annoncé à une date ultérieure – tout comme la nouvelle liste des célébrités qui animeront le gala du 3 mai.
L’une des principales détractrices de l’exposition Galliano était une ancienne participante, la présidente du Conseil municipal de New York, Julie Menin, qui dit avoir rencontré à plusieurs reprises les dirigeants du musée pour leur faire part de son opposition.
En 2027, le gala aurait coïncidé avec la Journée de commémoration de l’Holocauste. Fille d’un survivant de l’Holocauste, Mme Menin a déclaré en août que l’annulation était «la décision correcte, car le préjudice et la souffrance causés étaient tout simplement inacceptables».
Galliano, reconnu depuis longtemps comme l’un des plus grands talents du monde de la mode, a occupé pendant des années le poste de directeur artistique chez Christian Dior. Il a été licencié après qu’une série de propos racistes et antisémites tenus entre 2010 et 2011 est devenue virale, ce qui a conduit à sa condamnation lors d’un procès pour antisémitisme en France.
Galliano s’est engagé pendant plusieurs années, tant en public qu’en privé, dans des efforts pour réparer ses torts. Il a fait son retour en 2014 lorsqu’il a été engagé par la maison de couture parisienne Maison Margiela, où il est resté pendant une décennie.
«J’assume pleinement la responsabilité de la souffrance causée par mes propos passés, en particulier celle que j’ai infligée aux communautés juives et asiatiques, et j’en suis profondément désolé», a déclaré Galliano dans un communiqué à la suite de l’annulation de son exposition.
Ce gala est organisé sous la houlette d’Anna Wintour, directrice éditoriale mondiale de «Vogue», l’une des figures les plus influentes de la mode et une soutien de longue date de Galliano.
«La décision de John de ne pas organiser l’exposition consacrée à son œuvre pour le moment est très courageuse et en dit long sur l’homme qu’il est», a souligné Anna Wintour dans un communiqué publié en août. «Je pense que c’est la bonne décision, et tant lui que le musée ont tout mon soutien.»
