Art et culture

Les ventes de livres à leur plus haut niveau depuis 2010 au Québec

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Des livres d'auteurs québécois sont exposés à la librairie Livresse, le jeudi 3 août 2023, à Montréal. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz Des livres d'auteurs québécois sont exposés à la librairie Livresse, le jeudi 3 août 2023, à Montréal. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz (Ryan Remiorz)

Le secteur littéraire et de l’édition est florissant au Québec, si bien que les ventes de livres neufs ont atteint l’an dernier leur plus haut niveau depuis 2010, selon les données dévoilées jeudi dans l’enquête annuelle de l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique.

En 2025, les ventes des détaillants, des éditeurs et des distributeurs ont totalisé 728 millions en dollars courants, comparativement à 740 millions $ en 2010. Il s’agit d’une augmentation de 3,2 % par rapport à 2024.

La tendance à la hausse s’est donc poursuivie pour une cinquième année d’affilée. Après avoir connu un creux au début de la pandémie de COVID-19 en 2020, les ventes affichent depuis ce temps une croissance de 25 %, équivalente à 145 millions $.

«La pandémie semble avoir eu des effets négatifs sur le marché du livre en 2020. Toutefois, il est difficile de distinguer ces impacts sur l’affaiblissement général du marché, observé depuis plusieurs années, et ce, même avant la pandémie. Cette tendance s’est renversée en 2021 grâce à une reprise notable: les ventes ont progressé presque chaque année depuis», peut-on lire dans le rapport de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec.

Le document indique qu’«une part de la valeur des ventes est attribuable à l’augmentation des prix», mais qu’«en ce qui concerne uniquement la valeur monétaire, sans égard au nombre de livres vendus, l’analyse en dollars constants montre que la croissance observée entre 2024 et 2025 est bien réelle».

En dollars constants, les ventes de 2025 se sont élevées à 610 millions $, soit 6 % de plus qu’en 2024, un niveau supérieur à la moyenne prépandémique, qui s’établissait à 597 millions $ pour la période 2015-2019.

Patrick Petitclerc, de la Société de gestion de la Banque de titres de langue française (BTLF), est ravi de constater qu’«il y a eu une très grande croissance des ventes dans le marché du livre pendant la pandémie» et «que cette croissance-là s’est maintenue» par la suite. «Ce qui est particulièrement atypique avec les autres marchés, par exemple en France, c’est qu’on est revenu à des niveaux prépandémiques cette année et l’année dernière, donc notre marché est vraiment en santé par rapport à d’autres», souligne-t-il en entrevue.

Il explique cet essor par «le dynamisme de l’écosystème du livre au Québec». «Il y a vraiment un enthousiasme autour du secteur du livre depuis quelques années. Il y a aussi un changement de garde dans plusieurs librairies, avec des équipes jeunes, dynamiques et innovantes», soutient-il.

«Très bonne année pour l’instant»

Selon M. Petitclerc, c’est de bon augure pour 2026. «Cette croissance-là se répète. Ça va très bien au niveau des ventes au détail. C’est une très bonne année pour l’instant, particulièrement pour le livre québécois», se réjouit-il.

L’année dernière a plutôt été marquée par «des phénomènes étrangers», précise-t-il. Le meilleur vendeur de 2025 a été le 41e album de la mythique série de bandes dessinées «Astérix», intitulé «Astérix en Lusitanie». Les livres de la populaire série «La femme de ménage» de Freida McFadden et le dernier roman à suspense de Dan Brown, «Le secret des secrets», ont aussi connu un franc succès.

Même si la dernière année a été «globalement un peu moins forte pour les livres québécois au niveau des “best-sellers”», quelques titres se sont démarqués. M. Petitclerc cite notamment la valeur sûre «Le Guide de l’auto», le livre «Cent ans d’amour: réflexions sur la vieillesse» de l’icône centenaire Janette Bertrand, «De la graine à la table: trucs de jardinage et recettes du terroir» de Marthe Laverdière et «Ordures! Journal d’un vidangeur» de Simon Paré-Poupart, gagnant du Prix des libraires dans la catégorie «essai».

Selon l’enquête annuelle de l’Observatoire de la culture et des communications, les ventes de livres aux particuliers et aux collectivités, comme les écoles et les bibliothèques, ont été effectuées majoritairement en librairie, soit dans une proportion de 64,5 %. Les autres détaillants — regroupés sous l’appellation de «marché de la grande diffusion» —, qui comprennent notamment les magasins à grande surface, les kiosques à journaux et les pharmacies, représentent 9,6 % des ventes.

Les éditeurs et les distributeurs vendent également des livres directement aux particuliers et aux collectivités, sans l’intermédiaire d’un détaillant, par exemple durant les salons du livre. Ces ventes constituent 26,5 % du total.

Entre 2024 et 2025, les ventes des librairies appartenant à une chaîne sont demeurées assez stables (+ 0,9 %), mais elles ont été tout de même 3,8 % plus élevées qu’en 2021. Elles sont également restées relativement stables du côté des librairies indépendantes (− 0,9 %), mais elles ont été supérieures de 3,3 % par rapport à 2021.

Bien que les ventes de l’ensemble des librairies agréées aient diminué de 2,9 % en 2025, elles ont été 3,6 % plus élevées qu’il y a cinq ans. À l’inverse, les ventes des librairies non agréées ont augmenté de 10 %, soit 3,1 % de plus qu’en 2021.

Sébastien Auger

Sébastien Auger

Journaliste