TORONTO — Les principaux prix littéraires canadiens affirment qu'ils comptent en grande partie sur les éditeurs pour s'assurer que les livres qu'ils récompensent ont bien été écrits par des êtres humains, et non par une intelligence artificielle (IA).
Les directeurs généraux du Writers' Trust et de la Fondation Giller ont tous deux dit vendredi disposer de politiques interdisant la participation d'œuvres rédigées par l'IA à leurs prix.
Leurs réactions surviennent alors que l'un des prix littéraires français les plus prestigieux a retiré le premier roman de l'auteur canado-haïtien Thélyson Orélien de sa liste des finalistes, à la suite d'allégations selon lesquelles il aurait écrit son ouvrage à l’aide d’une IA générative, ce qu’il a nié.
«Le Writers’ Trust est clair dans ses directives pour chaque prix: les œuvres contenant du texte généré par l’IA, en tout ou en partie, ne sont pas éligibles», a déclaré David Leonard dans un courriel.
«Pour nos principaux prix littéraires, nous nous appuyons sur l’attestation des éditeurs certifiant que les livres sont l’œuvre d’un auteur humain, et nous réévaluons et explorons en permanence de nouvelles méthodes d’évaluation des candidatures littéraires pour l’ensemble de nos prix et programmes.»
Le Writers’ Trust of Canada, qui célèbre son 50e anniversaire, décerne chaque année des centaines de milliers de dollars de prix, notamment dans les catégories fiction, non-fiction et auteurs LGBTQ+ émergents. La cérémonie de cette année est prévue le 10 novembre.
M. Leonard a précisé que l’organisation ne divulguait pas les outils utilisés pour déterminer si les candidats recouraient à l’IA, car cela faciliterait le contournement des contrôles.
«Ce que nous pouvons dire, c’est que toute préoccupation est examinée avec soin par des personnes, et non pas tranchée par des outils seuls», a-t-il écrit.
Elana Rabinovitch, directrice générale de la Fondation Giller, a affirmé que son organisation interdisait également les œuvres générées par l’IA, mais que les éditeurs étaient mieux placés pour s’assurer que leurs livres sont écrits par des personnes et non par des machines.
Le prix Giller, d’une valeur de 100 000 $, est décerné à un roman, un roman graphique ou un recueil de nouvelles considéré comme la meilleure œuvre de fiction publiée en anglais par un auteur canadien. Il sera remis le 16 novembre.
«Je pense que, pour le meilleur ou pour le pire, ce sont les maisons d'édition et les éditeurs qui jouent le rôle de gardiens face à l’IA littéraire», a souligné Mme Rabinovitch dans un courriel.
«Les maisons d’édition travaillent en étroite collaboration avec les auteurs et leurs œuvres, et seraient, je pense, les premières à vérifier si des outils d’IA ont été utilisés lors de la rédaction d’un livre. Cela dit, ces outils sont extrêmement sophistiqués et pourraient très bien échapper à toute détection.»De son côté, le Conseil des arts du Canada, qui gère les Prix littéraires du Gouverneur général, indique qu’il est en train d’élaborer une politique définissant des «attentes claires» concernant l’IA dans les ouvrages qu’il examine en vue de l’attribution de ces prix.
Caroline Lussier, directrice de la promotion des arts au Conseil, affirme que l’organisme espère que cette politique sera en place pour le prochain cycle de sélection.
Mme Lussier a précisé que le Conseil travaillait déjà sur cette politique avant que la polémique n’éclate, et a souligné que l’organisme avait déjà publié des recommandations sur l’utilisation de l’IA dans les projets qu’il finance et dans l’examen des demandes de subvention.
L’Académie Goncourt a annoncé vendredi avoir retiré le roman d’Orélien, «C’était ça ou mourir», de la course au Prix Goncourt, après des allégations selon lesquelles l’ouvrage aurait été rédigé à l’aide d’une IA, ainsi qu’à la suite d'accusations distinctes de plagiat concernant ses œuvres antérieures.
M. Orélien a refusé de formuler des commentaires à La Presse Canadienne vendredi, affirmant qu’il se concentrait sur sa santé. Il avait toutefois nié avec véhémence, plus tôt dans la semaine, avoir utilisé l’IA pour écrire son roman.
- Avec des informations de Charlotte Glorieux, à Montréal.
Nicole Thompson, La Presse Canadienne

