Art et culture

Les chansons ne sont plus aussi chargées d’émotion qu’autrefois, selon une étude

Une étude menée par l’Université d’État du Michigan a porté sur près de 40 000 chansons en anglais de 230 artistes issus de différents genres musicaux parues entre 1947 et 2024.

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Taylor Swift performs at the Monumental stadium during her Eras Tour concert in Buenos Aires, Argentina on Nov. 9, 2023. (AP Photo/Natacha Pisarenko, File) Archives - Taylor Swift se produit au stade Monumental dans le cadre de sa tournée «Eras Tour» à Buenos Aires, en Argentine, le 9 novembre 2023. (Natacha Pisarenko)

Alors que des auteurs-compositeurs populaires comme Taylor Swift, Olivia Rodrigo et Hozier ont conquis un vaste public international grâce à leurs paroles captivantes et émouvantes, de nouvelles recherches suggèrent que les chansons ont, au fil du temps, perdu de leur intensité émotionnelle.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Une étude menée par l’Université d’État du Michigan a porté sur près de 40 000 chansons en anglais de 230 artistes issus de différents genres musicaux, parues entre 1947 et 2024.

Les chercheurs ont examiné le niveau d’émotion exprimé dans les chansons à l’aide d’un programme appelé LIWC (Linguistic Inquiry and Word Count), qui analyse le langage textuel à la recherche de composantes émotionnelles, telles que les mots associés à l’anxiété, à la tristesse, ainsi que les références sociales et celles à l’entourage et à la famille.

Les résultats ont été publiés le mois dernier dans la revue Psychology of Aesthetics, Creativity and the Arts.

Logan Gibson est l’un des auteurs ayant dirigé l’étude. Il a affirmé à CTV News lors d’une entrevue dimanche que, lorsqu’on examine l’évolution de la musique de certains artistes au fil du temps, toutes les émotions, tant positives que négatives, ont diminué.

«Cela pourrait suggérer une stabilité émotionnelle au fur et à mesure que les gens avancent dans leur vie», a-t-il déclaré.

«Ils sont capables de mieux gérer leurs émotions.»

—  Logan Gibson, auteur de l'étude

Des artistes anxieux

Bien que les chercheurs aient constaté que les émotions, tant positives que négatives, présentes dans les paroles des artistes avaient diminué au fil des ans, les paroles exprimant de l’anxiété allaient à contre-courant de cette tendance.

Par exemple, certaines paroles empreintes d’anxiété comprenaient des expressions telles que «Je suis nerveux», «Je tremble» et «J’ai les mains moites».

De plus, les références à la famille et aux amis ont diminué au fil du temps.

En examinant les paroles d’un point de vue historique, les chercheurs ont constaté que les paroles exprimant des émotions positives et négatives avaient diminué, tandis que les mots exprimant la colère avaient augmenté.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que cela pourrait refléter l’augmentation de la solitude au fil des décennies.

«Nous avons pensé que la colère accrue que nous observons (dans les paroles) était associée à ce même isolement social, car des études antérieures ont démontré qu’un isolement social accru entraînait une augmentation de la colère», a souligné M. Gibson.

William Chopik, un autre chercheur ayant participé à l’étude, a expliqué que celle-ci s’était contentée de dénombrer les mots dans les paroles sans en approfondir la signification.

«Elle s’est vraiment limitée à compter différents types de mots, plutôt que d’essayer d’analyser des métaphores très profondes ou des éléments de ce genre», a-t-il dit. «Souvent, elle ne faisait que mettre en évidence des associations avec des mots très clairs.»

Des émotions différentes selon les genres

L’étude a également cherché à déterminer si certains genres musicaux se situaient au-dessus ou en dessous d’une catégorie de mots donnée, en utilisant la musique pop comme groupe de référence. Les chercheurs ont constaté que le rap comportait moins de mots exprimant la colère que la pop, tandis que le métal en comptait davantage.

Quant au message à retenir de cette étude, M. Gibson a déclaré qu’au fil de l’histoire, des paroles moins émotionnelles pourraient refléter des changements dans les thèmes abordés et dans le sujet des chansons.

«Peut-être que ce qui trouve un écho auprès du public n’est pas particulièrement émotionnel, mais est en fait moins émotionnel», a-t-il indiqué.

Cela pourrait s’expliquer par des changements dans le fonctionnement de l’industrie musicale et dans ce que les gens recherchent dans la musique, selon ce qui trouve un écho en eux, a ajouté le chercheur.

M. Chopik a soutenu que ce que les cultures produisent peut être «très révélateur de ce à quoi nous pensons ou de ce qui nous préoccupe à un moment donné».

«D’après notre étude, du moins, il semble qu’une libération cathartique massive d’émotions ne soit pas nécessairement le sujet abordé par les artistes populaires», a-t-il raconté.