Art et culture

Le Musée des beaux-arts de Montréal accueille des personnes touchées par le cancer

Organisé en partenariat avec Merck Canada, «ce parcours guidé est pensé comme un moment de répit et de reconnexion, où l’art offre un espace sécurisant où libérer la parole et briser l’isolement», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

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Stephen Legari, qui est le responsable des programmes éducatifs – art-thérapie au Musée des beaux-arts de Montréal, visite l'installation «Uncertain Journey»« de l'exposition «Chiharu Shiota : Les frémissements de l'âme», actuellement présentée au MB... Stephen Legari, qui est le responsable des programmes éducatifs – art-thérapie au Musée des beaux-arts de Montréal, visite l'installation «Uncertain Journey»« de l'exposition «Chiharu Shiota : Les frémissements de l'âme», actuellement présentée au MBAM, le mardi 27 octobre 2026. La Presse Canadienne (Christinne Muschi)

Le Musée des beaux-arts de Montréal accueille chaque jeudi une quinzaine de personnes touchées par le cancer et leurs proches dans le cadre d’un projet d’art-thérapie en marge de l’exposition «Les frémissements de l’âme» de l’artiste Chiharu Shiota.

Organisé en partenariat avec Merck Canada, «ce parcours guidé est pensé comme un moment de répit et de reconnexion, où l’art offre un espace sécurisant où libérer la parole et briser l’isolement», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

«La visite va être animée par une médiatrice (culturelle) qui s’informe toujours des parcours des (participants), mais on va aussi laisser beaucoup d’espace pour que les participants puissent explorer l’exposition à leur rythme», a dit Stephen Legari, qui est le responsable des programmes éducatifs – art-thérapie au Musée des beaux-arts de Montréal.

L’activité commence par une rencontre entre les participants à La Ruche, un espace du MBAM qui est consacré à la création et qui ― les élèves turbulents et désintéressés en moins ― ressemble au local d’arts plastiques d’une école secondaire. C’est une occasion pour eux et pour la médiatrice culturelle d’établir un premier contact.

«On fait un peu de préparation psychologique pour que le groupe puisse faire ses choix, parce qu’il y a des moments qui sont très forts et très immédiats, a dit M. Legari. Si vous voulez éviter la première salle et aller directement à la deuxième, c’est votre choix, et ça, c’est très important.»

Le groupe a le privilège de visiter l’exposition avant l’ouverture des portes le matin, à l’abri des foules, ce qui lui permet notamment de progresser à son rythme, d’autant plus qu’il s’agit d’une installation très immersive.

Certaines salles ont d’ailleurs un impact clairement plus marqué que d’autres.

«On a passé une bonne quinzaine de minutes dans la salle rouge, la salle vedette qu’on voit dans plusieurs photos, et personne n’avait envie de sortir», a relaté M. Legari.

On retrouve ainsi en plein cœur de l’exposition l’installation baptisée «Uncertain Journey», qui est composée de six barques auxquelles sont rattachés des kilomètres de fil rouge qui forment une vaste canopée au plafond. Il est toutefois impossible de déterminer avec certitude si ces fils émergent des barques, ou s’ils y plongent.

La dernière salle contient In Silence, une installation immersive composée de fil noir, d’un piano qui a connu des jours meilleurs et de chaises. Cette œuvre, a-t-on expliqué, est inspirée d’un souvenir d’enfance qui est resté gravé dans la mémoire de l’artiste : la découverte d’un piano brûlé devant la maison d’un voisin après un incendie.

Bien qu’il eût perdu sa fonction et sa capacité à produire des sons, l’instrument avait, à ses yeux, conservé toute sa beauté.

«On a un piano qui a vécu un incendie, on a un ensemble de chaises qui sont brûlées, mais qui attendent les personnes qui vont assister au concert, a dit M. Legari. On n’a pas de musique, il faut imaginer quel bruit ça fait, un piano brûlé. C’est une ambiance complètement différente (de la salle rouge), c’est très funèbre ici, c’est très lourd, alors que l’autre c’est très vivant. (...) Ça suscite la curiosité, ça suscite des questions (...), mais quel point d’exclamation pour la fin de la visite.»

Le groupe revient à La Ruche après sa visite pour une collation. On sort ensuite le matériel de création, de la laine à l’argile en passant par la peinture.

«C’est une approche de studio libre, non directive, a expliqué M. Legari. On croit qu’aller à la rencontre des œuvres d’art, à la rencontre des thématiques abordés par Shiota, ça va aller chercher des émotions, des idées, des expériences pour nous de faire de la création... Ça pourrait être même plaisant!»

Les participants à l’atelier sont libres de créer à leur guise, le personnel du MBAM n’intervenant qu’en cas de pépin.

«On les invite à parler de toute l’expérience, la visite, la création, leur parcours, tout est bienvenu, a dit M. Legari. Et ça, c’est notre rituel de clôture. Tout le monde a l’occasion de partager son œuvre.»

Expérience personnelle

Mme Shiota a elle-même dû composer, au fil des ans, avec deux diagnostics de cancer. Une des installations de l’exposition, «Out of My Body», a d’ailleurs été directement inspirée par ces expériences.

«Souvent confrontée à la fragilité de la vie, Shiota espère ici nous faire ressentir les frémissements de son âme pour nous rappeler notre propre vulnérabilité», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Depuis plusieurs décennies, poursuit-on, les œuvres de Mme Shiota «explorent, entres autres, les thèmes de la mémoire, de l’absence, des liens humains et de la fragilité de l’existence» ― des thèmes, donc, qui peuvent trouver un écho particulier chez des personnes touchées de près ou de loin par le cancer.

Ses installations emblématiques, constituées d’enchevêtrements complexes de fils rouges, noirs ou blancs, «se présentent comme des songes éveillés, des rêves où nous sommes invités à plonger».

«On va parler de la résilience, on va parler de rétablissement, on va parler du fait que la personne (Shiota) a retrouvé la santé, a expliqué M. Legari. La personne peut être une inspiration où on espère qu’il y aura une résonance auprès des participants, voir les œuvres d’art, être à l’écoute de son histoire, dire ‘moi aussi je fais ça, moi aussi je comprends ça, ça m’en parle ou ça me fait peur ou ça me rend triste’.»

Jean-Benoit Legault

Jean-Benoit Legault

Journaliste