Art et culture

L'artiste Betye Saar, dont l'œuvre reflétait l'identité noire, est décédée à 99 ans

Elle aurait fêté ses 100 ans cette semaine.

Publié le 

Betye Saar pose dans son studio de Laurel Canyon, à Los Angeles, en 2026. (David Sprague/Artist and Roberts Projects, Los Angeles via AP) Betye Saar pose dans son studio de Laurel Canyon, à Los Angeles, en 2026. Photo Sprague/Artist and Roberts Projects, Los Angeles via AP) (David Sprague)

L’artiste Betye Saar, dont l’œuvre reflétait l’identité, la culture et la spiritualité afro-américaines, est décédée dimanche matin à Los Angeles, à l’âge de 99 ans.

Le décès de Betye Saar a été confirmé lundi par ses proches. Elle aurait fêté ses 100 ans cette semaine.

Figure centrale du mouvement Black Art des années 1960, Betye Saar a été une pionnière de l’assemblage, c’est-à-dire des sculptures réalisées à partir d’objets trouvés, et a réapproprié des souvenirs de l’époque des lois Jim Crow pour en faire de puissants totems de la libération noire.

«Son œuvre, riche en symbolisme, a évolué au fil du temps pour refléter le contexte environnemental, culturel, politique, racial, technologique, économique et historique dans lequel elle s’inscrit», selon Roberts Projects, la galerie de Los Angeles qui la représente.

Mme Saar a commencé sa carrière dans le design avant de se tourner vers l’art à l’âge de 35 ans. Elle a continué à créer jusqu’à plus de 90 ans.

Elle a grandi à Pasadena et faisait partie d’une communauté d’artistes noirs à Altadena, non loin de là. Elle citait souvent les Watts Towers de Simon Rodia comme l’une de ses premières sources d’inspiration.

«Son appropriation d’objets de collection, d’objets de famille et d’objets utilitaires afro-américains est transformée par la subversion, a dit la galerie. Parmi la génération plus âgée d’artistes afro-américains, Saar est irréprochable.»

La pratique artistique de Mme Saar englobait la peinture, la gravure, la sculpture et des objets trouvés, notamment des poupées, des planches à laver et d’autres antiquités.

Réalisée en 1969, «Black Girl’s Window» était une œuvre révolutionnaire. Elle n’a toutefois été largement saluée que plusieurs décennies plus tard, et a été acquise par le Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 2019.

«Il n’y avait pas beaucoup de galeries à Los Angeles à l’époque, et il n’y en avait certainement aucune pour les artistes noirs», a-t-elle souligné un jour lors d’une entrevue.

«The Liberation of Aunt Jemima», créée en 1972, est une autre de ses œuvres majeures. Elle met en scène des souvenirs qu’elle a collectionnés et qui dénigraient les Noirs, notamment une «mammy», ce personnage de minstrel du XIXe siècle qui souriait tout en servant ses maîtres esclavagistes blancs.

Cependant, entre les mains de Mme Saar, ce personnage est réhabilité: elle sourit, mais tient un fusil et une grenade à main.

«Cette œuvre a été réalisée en réponse à l’assassinat du Dr King, a expliqué Angela Robinson Witherspoon, en référence à l’assassinat, en 1968, du révérend Martin Luther King Jr. à Memphis, dans le Tennessee. Elle élevait ses trois jeunes filles et souhaitait s’engager dans le mouvement des droits civiques.»

La marque Aunt Jemima a fait partie de Quaker Oats pendant plus de 130 ans. L’entreprise a annoncé en 2020 qu’elle allait retirer la marque, reconnaissant que les origines du logo étaient «fondées sur un stéréotype racial».

«Je pense qu’elle avait une énergie débordante pour créer de l’art. Je pense qu’elle avait beaucoup à dire et qu’elle en avait assez que le monde de l’art soit dominé par des hommes blancs», a déclaré Robinson Witherspoon, qui a produit et réalisé en 2023 un documentaire sur elle.

«Betye Saar: Ready to Be A Warrior» présente des entretiens avec John Legend, Tina Knowles et d’autres personnalités de premier plan.

Bien que les œuvres de Betye Saar aient fait l’objet d’une exposition personnelle au Whitney Museum en 1975, les grandes institutions n’ont présenté son travail que de manière sporadique au fil des décennies.

En 2019 cependant, le Los Angeles County Museum of Art et le MoMA ont organisé simultanément des expositions personnelles consacrées à l’artiste.

Mme Saar a enseigné et encadré toute une génération d’artistes noirs, dont le peintre Kerry James Marshall. Elle est depuis longtemps considérée comme une figure de proue de la scène artistique de la côte ouest.

Au printemps 2026, Betye Saar a été élue à l’Académie américaine des arts et des lettres.

«Let’s Get It On: The Wearable Art of Betye Saar», une exposition consacrée à la création de costumes, est actuellement présentée chez Robert Projects.