Art et culture

«La vérité se révèle»: un livre explore l'héritage des pensionnats à travers l'art

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Adrian Stimson, l'artiste qui a créé «Sick and Tired», une œuvre composée de fenêtres et d'un lit d'infirmerie provenant de l'école résidentielle Old Sun, de plumes, de lampes fluorescentes et d'une robe en peau de bison, visible sur cette photo non datée. Adrian Stimson, l'artiste qui a créé «Sick and Tired», une œuvre composée de fenêtres et d'un lit d'infirmerie provenant de l'école résidentielle Old Sun, de plumes, de lampes fluorescentes et d'une robe en peau de bison, visible sur cette photo non datée. (Adrian Stimson)

Un projecteur met en lumière un lit d’infirmerie récupéré dans un pensionnat du sud de l’Alberta qui a séparé les familles autochtones pendant près d’un siècle. Une robe en peau de bison repose sur le lit, devant trois cadres de fenêtres provenant eux aussi du pensionnat Old Sun, situé sur le territoire de la nation Siksika, en opération de 1886 à 1971.

L’installation intitulée Sick and Tired, réalisée par Adrian Stimson, membre de la nation Siksika et artiste, est remise à l’honneur deux décennies après sa première présentation dans le cadre d’une exposition rendant hommage aux enfants arrachés à leurs foyers et contraints de fréquenter ce pensionnat.

Une photo de cette œuvre figure dans un nouvel ouvrage numérique du célèbre conservateur, chercheur et artiste cri des Plaines, Gerald McMaster, intitulé Art, Truth and Reconciliation (Art, Vérité et Réconciliation). Cet ouvrage a été publié mardi par l’Institut de l’art canadien, un organisme de recherche à but non lucratif.

Cet ouvrage explore la manière dont des générations d’artistes autochtones ont réagi face au système des pensionnats et à son héritage. Il rassemble une collection de 70 œuvres, comprenant des dessins d’enfants ayant fréquenté ces établissements, des créations de survivants ainsi que des œuvres d’artistes issus de la génération des survivants.

Déterrer la vérité

Pour Gerald McMaster, ce projet, qui a duré deux ans, revêtait une dimension profondément personnelle.

Il a grandi au sein de la Nation crie de Red Pheasant, en Saskatchewan, et plusieurs membres de sa famille ont fréquenté des pensionnats et des écoles de jour. Lui-même a suivi deux années scolaires dans une école de jour de la Première Nation.

Lorsqu’il a commencé ses recherches sur l’art et les pensionnats, il a trouvé une abondance de documents, mais rien qui relie les artistes et ce sujet de manière globale.

«Il n’existait aucun récit visuel», a expliqué M. McMaster en entrevue. «Les aînés ont tous tenu des propos très similaires sur le fait d’être créatif en période difficile: il s’agit d’exprimer des idées complexes, des moments difficiles, et de trouver des moyens de les traduire. Au fil du temps, les artistes y sont parvenus de manière remarquable.»

M. McMaster examine le travail d’artistes — notamment Alex Janvier, membre du Groupe des Sept autochtones, Abraham Anghik Ruben, sculpteur inuit, et Edward Poitras, artiste visuel cri et métis — et présente ces œuvres comme des «pratiques vivantes ancrées dans les systèmes de connaissances autochtones».

Plus de 150 000 enfants autochtones ont été contraints de fréquenter des internats financés par le gouvernement et gérés par l’Église à travers tout le Canada. La Commission de vérité et de réconciliation a recensé des milliers d’enfants décédés dans ces établissements et de nombreux autres ayant signalé des abus sexuels et physiques.

M. McMaster a constaté au fil du temps ce que l’art peut apporter au partage de la vérité.

«L’art devient un lieu où la vérité se révèle, où le déni est confronté et où le savoir se transmet», écrit-il dans son ouvrage.

Adrian Stimson a observé l’impact que Sick and Tired a eu sur les non-autochtones. L’installation explore les thèmes du génocide culturel à travers le massacre des bisons et le système des pensionnats.

«La plupart des gens disent, lorsqu’ils la découvrent pour la première fois, qu’elle est saisissante, qu’elle vous fait en quelque sorte reculer et vous coupe le souffle. Puis on s’attarde devant», explique l’artiste de 61 ans.

«Pour moi, c’est une réussite dans le sens où cela touche les gens au plus profond d’eux-mêmes et où cela permet de développer cette compréhension et cette empathie en se mettant à la place de l’autre. On comprend mieux et, espérons-le, on s’efforce de faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais.»

Le père de M. Stimson a fréquenté le pensionnat Old Sun, et l’artiste a lui-même été scolarisé dans les pensionnats Gordon’s et Lebret, en Saskatchewan, pendant ses années d’école primaire.

C’est pourquoi, explique-t-il, il lui a semblé tout naturel de se pencher sur les ravages causés par ces institutions aux communautés autochtones.

«C’est tellement important de pouvoir en quelque sorte examiner les différentes perspectives et de voir comment cette trajectoire du traumatisme se déroule», a-t-il affirmé.

M. McMaster a confié que le temps qu’il a consacré à son livre ne lui a pas seulement permis de découvrir de nouveaux artistes, mais aussi d’examiner une œuvre sous un angle que l’artiste n’avait peut-être pas envisagé.

Les émotions pour mieux comprendre

L’une de ces œuvres est celle d’Emma Hassencahl-Perley, une artiste visuelle malécite dont les grands-parents ont fréquenté l’école de jour.

Pour son œuvre intitulée White Flag, cette artiste de 31 ans, originaire de la Première Nation de Tobique, au Nouveau-Brunswick, a déchiqueté un exemplaire de la Loi sur les Indiens et en a collé les morceaux sur le drapeau canadien.

Cette loi fédérale a permis la création et l’expansion des pensionnats indiens.

«Je me concentrais principalement sur la gouvernance», a-t-elle déclaré.

«Je trouve toujours intéressant de voir les gens replacer mon œuvre dans un nouveau contexte, car je l’ai réalisée il y a très longtemps. Cela fait maintenant dix ans que je l’ai créée.»

Mme Hassencahl-Perley a soutenu que l’art peut être un témoignage de l’histoire et des expériences de chacun.

«Je pense qu’il existe des couches d’émotions, de sentiments et de perspectives qui ne sont pas toujours retranscrites dans un livre d’histoire.»

Brittany Hobson

Brittany Hobson

Journaliste