Pour la première fois dans l’histoire du Canada, un artiste a été nommé par le Parlement pour promouvoir les arts dans ce pays, et l’homme choisi affirme avoir l’impression qu’on lui a remis une bobine de film vierge.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le fait qu’il s’agisse de la toute première fois que ce poste est créé représente une formidable occasion d’explorer ce que cette fonction peut ou ne peut pas être», a déclaré Paul Wong, le tout premier artiste visuel officiel du Parlement, lors d’une entrevue accordée à CTV News.
«En tant qu’artistes, nous faisons appel à notre imagination pour sortir des sentiers battus, nous affranchir des considérations pratiques, raconter des histoires et interpeller le public de toutes sortes de façons. Il s’agit donc véritablement de laisser libre cours à notre imagination et d’inviter celle des autres à embrasser les visions de l’art et des artistes.»
— Paul Wong
Après des années de mobilisation de la part de la communauté artistique canadienne et un long processus législatif visant à créer ce poste, M. Wong – considéré comme un pionnier des arts visuels, du multimédia et des installations d’art public à grande échelle au Canada – se dit très reconnaissant et chanceux de pouvoir explorer de nouveaux horizons.
«Le fait qu’un tel poste parlementaire soit mis en place pour célébrer et renforcer les arts et la culture dans ce pays est, à mon avis, une initiative véritablement progressiste», a-t-il expliqué.
«Cela me donne l’occasion de côtoyer des parlementaires, des législateurs, des personnes qui créent des possibilités, et peut-être d’être en mesure d’inspirer, d’influencer et d’engager un dialogue qui suscitera davantage d’intérêt et de soutien pour l’art et les artistes canadiens.»
M. Wong vit à Vancouver, en Colombie-Britannique, et son art couvre de nombreuses disciplines: le cinéma, la vidéo, le son, la photographie, l’installation, la sculpture, la gravure, l’art au néon, la performance et l’écriture. En tant que conservateur, critique et militant communautaire actif, il a soutenu à CTV News qu’il était très enthousiaste à l’idée de se mettre au travail.
«Nous avons des cinéastes exceptionnels… nous avons des sculpteurs, des artisans et des conteurs incroyables. Ce que nous faisons dans ce pays est vraiment différent de ce que font les autres ailleurs, et cela doit être reconnu et célébré.»
Qu’est-ce qu’un artiste visuel officiel?
Le mandat de M. Wong consiste à «promouvoir les arts au Canada par l’intermédiaire du Parlement, notamment en encourageant la population à mieux connaître les arts, à les apprécier, à y être sensible et en favorisant leur développement».
Dans ce contexte, les «arts» englobent le dessin, la peinture, la sculpture, la gravure, le design, l’artisanat, la photographie, la vidéographie, la réalisation cinématographique et d’autres créations numériques.
Pour s’acquitter de cette responsabilité au cours de son mandat de deux ans, M. Wong pourrait être appelé à produire des créations artistiques à la demande des présidents de la Chambre des communes ou du Sénat, notamment pour une utilisation au Parlement lors d’événements majeurs, mais le rôle va bien au-delà de cela.
En tant qu’artiste en résidence – bien qu’il puisse travailler à distance –, il peut également élaborer des programmes visant à promouvoir les arts visuels au Canada, parrainer des événements artistiques tels que des expositions et fournir des conseils au bibliothécaire parlementaire au sujet de la collection et des acquisitions de la Bibliothèque du Parlement afin d’enrichir le patrimoine culturel de l’institution.
Comme M. Wong travaille principalement en anglais, la prochaine personne nommée sera quelqu’un qui travaille principalement en français. Ce compromis linguistique a été établi lors de la création du poste, «afin de garantir que les langues officielles du Canada soient représentées de manière équitable».
M. Wong a souligné qu’à ce stade, il en était encore à «simplement explorer ce qui est offert sur la Colline et quelles sont les ressources disponibles», auxquelles il pourra faire appel dans l’exécution de son mandat et pour d’éventuels nouveaux projets artistiques.
«L’art continue d’être – tout comme le processus créatif – quelque peu sous-évalué par rapport à d’autres métiers et à d’autres types de parcours professionnels, et j’espère que ce poste contribuera également à faire évoluer les mentalités et à accorder davantage d’attention, de valeur et de respect à ce que font l’art et les artistes dans ce pays», a-t-il indiqué.
«Une voix créative dynamique et multidisciplinaire»
Les présidents de la Chambre des communes et du Sénat ont annoncé la nomination de M. Wong la semaine dernière, le choisissant parmi une liste restreinte de trois candidats, à l’issue d’un processus de mise en candidature ouvert.
Cette liste restreinte avait été établie par un comité de sélection composé du directeur de la Galerie nationale du Canada, de la commissaire aux langues officielles du Canada, de la présidente du Conseil des arts du Canada, du président de l’Académie royale des arts du Canada, ainsi que de la bibliothécaire parlementaire, qui en assurait la présidence.
«Paul Wong s’est bâti une carrière extraordinaire dans de nombreux domaines des arts visuels, allant de la création et de l’exposition de ses propres œuvres à la curation, à l’écriture et à la production», a affirmé le président de la Chambre des communes, Francis Scarpaleggia.
«Son engagement de longue date en faveur du renforcement de la communauté, du soutien aux artistes et de la création d’occasions de tisser des liens apportera à ce poste une voix créative dynamique et multidisciplinaire.»
Au cours de sa carrière de plusieurs décennies, M. Wong – considéré comme l’un des principaux artistes canadiens dans le domaine de la vidéo et du multimédia – a reçu un doctorat honorifique en lettres de l’Université d’art et de design Emily Carr, le Prix Audain pour l’ensemble de son œuvre dans le domaine des arts visuels, ainsi que le Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques.
«J’ai toujours été un artiste», a indiqué M. Wong. «J’ai travaillé avec des centaines, voire des milliers d’artistes à travers le pays.»
Autodidacte, il continue de créer. En plus d’assumer ce nouveau rôle, M. Wong mène plusieurs autres projets de front, notamment une installation d’art public à venir sur le nouveau campus de l’Hôpital St. Paul’s à Vancouver.
«Elle s’intitule “Mother’s Cupboard Mural” et consiste en une collection de 43 pots recyclés de ma mère, qui contenaient autrefois des herbes chinoises, des médicaments et des élixirs», a-t-il expliqué.
«C’est merveilleux que Paul Wong soit le premier artiste visuel lauréat du Parlement. C’est un artiste tellement reconnu. Son œuvre aborde tant de questions sur lesquelles le Sénat et divers comités travaillent de façon continue», a exprimé l’ancienne sénatrice Patricia Bovey, qui a déposé le projet de loi ayant mené à la création du poste d’artiste lauréat, au terme d’une longue saga parlementaire.
L’œuvre de M. Wong est réputée pour repousser les limites et aborder des thèmes tels que l’identité des immigrants, la manipulation médiatique, la mort, la mémoire et l’homophobie. Ses œuvres célèbrent également la culture chinoise, les communautés queer et militantes, ainsi que la diversité de Vancouver.
«Les arts peuvent transmettre – et transmettent effectivement – des idées, des préoccupations et des solutions à ces préoccupations, dans de nombreux cas bien avant que le reste de la société ne prenne conscience qu’il pourrait y avoir un problème», a expliqué Mme Bovey.
Un poste issu d’années de mobilisation des artistes
Ce poste a été créé en 2024, grâce à un amendement à la Loi sur le Parlement du Canada.
Cet amendement a été apporté dans le projet de loi S-202, un texte législatif du Sénat issu d’années de mobilisation de la communauté artistique ainsi que de plusieurs tentatives visant à faire adopter la proposition au Parlement.
L’artiste qui a été le premier à proposer l’idée d’un artiste visuel lauréat parlementaire canadien – inspiré par le poste de poète officiel du Parlement qui existe depuis 2001 – était Peter Gough.
Il y a dix ans, le sénateur de l’époque, Wilfred Moore, a présenté la première version d’un projet de loi d’initiative publique du Sénat proposant la création d’un artiste lauréat parlementaire. Ce projet de loi a été adopté par la Chambre haute avec un large soutien en 2018, mais il est tombé à l’eau après avoir échoué à trouver un parrain à la Chambre des communes.
S’ensuivit alors une série de batailles procédurales, mais cela n’a pas découragé M. Gough. Il a continué à faire pression, même alors qu’il subissait des cycles de chimiothérapie pour lutter contre une forme agressive de cancer.
«Je vais simplement continuer à me battre pour cela», a-t-il raconté à CTV News au début de 2019. «Je ne peux pas abandonner, c’est trop important pour les arts dans ce pays.»
M. Gough est décédé à la fin de l’année 2020. Un an plus tard, une quatrième version du projet de loi – celle qui a finalement été adoptée – a été présentée à la Chambre haute par la sénatrice Bovey, alors en fonction.
«Peter a travaillé très, très fort sur ce dossier», a-t-elle déclaré.
«Je trouve très triste que sa promulgation ait eu lieu après son décès. Mais chaque fois que j’y pense, je pense à Peter… Je lui rends un grand hommage.»
— Patricia Bovey, ancienne sénatrice
Très impliquée dans le milieu artistique canadien tout au long de sa vie en tant que directrice de galerie, conservatrice et historienne de l’art, Mme Bovey a vu le projet de loi être adopté par le Sénat avant son départ à la retraite en 2023, mais il a fallu encore un an avant que les députés ne suivent le mouvement.
«Les artistes sont très enthousiastes à ce sujet. J’ai reçu plusieurs appels de personnes qui souhaitaient présenter une demande cette fois-ci, et il y avait de très, très bons candidats. J’ai également reçu des appels de personnes qui aimeraient présenter une demande, mais ce n’était pas le moment idéal pour elles», a-t-elle dit.
«Je suis donc convaincue que lorsque les deux années de Paul seront écoulées, il y aura un certain nombre de très, très bons candidats.»

