Un des groupes les plus détonants du rock français, Rita Mitsouko, a perdu sa voix : la chanteuse Catherine Ringer est décédée d’un cancer lundi soir à l’âge de 68 ans, refermant définitivement l’histoire du duo, mythique en France, qu’elle avait formé avec son compagnon Fred Chichin, mort en 2007.
La diva à la voix puissante et déjantée a été «emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026», ont indiqué ses enfants dans un communiqué transmis mardi à l’AFP.
Avec Fred Chichin, Catherine Ringer avait fondé Rita Mitsouko au début des années 1980.
Leurs tubes — Andy, C’est comme ça, Les histoires d’amour finissent mal et surtout Marcia Baïla (1984), hymne déchirant sur la mort de la danseuse argentine Marcia Moretto emportée par un cancer — ont traversé les époques en France.
Le morceau latino-rock s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires.
À l’international, seul un de leurs hits, conçu et interprété avec le duo américain Sparks, avait percé, aux Royaume-Uni et en Europe du Nord, Singing in the shower (1988).
Le binôme Chichin/Ringer avait «un lien avec l’avant-garde artistique, le surréalisme, dada», soulignait auprès de l’AFP le critique français Michka Assayas, auteur d’un dictionnaire du rock de référence.
Chanteuse engagée notamment contre l’extrême droite, Catherine Ringer avait, en 2024, revisité La Marseillaise pour célébrer l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution.
«Force de vie»
«Marchons et chantons cette loi pure dans la Constitution», avait-elle chanté en reprenant l’hymne national à Paris devant le ministère de la Justice.
«Il suffisait de quelques notes pour reconnaître sa voix. De quelques secondes sur scène pour saisir cette énergie qui n’appartenait qu’à elle. Des Rita Mitsouko à sa carrière solo, libre, audacieuse, inimitable, Catherine Ringer aura marqué la musique française», a salué sur X la présidente de l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, Yaël Braun-Pivet.
Née le 18 octobre 1957 en banlieue parisienne d’un père artiste-peintre, ancien déporté juif, et d’une mère architecte, Catherine Ringer avait quitté l’école à 15 ans, multipliant les expériences artistiques et s’aventurant même dans le porno, un passé qu’elle n’a jamais renié.

En 1986, sur le plateau de la chaîne de télévision Canal+, elle avait tenu tête au compositeur et interprète français Serge Gainsbourg qui la couvrait d’insultes en lui renvoyant au visage son court passé dans le X. Après le décès de Fred Chichin, emporté lui aussi par un cancer fulgurant à l’âge de 53 ans, Catherine Ringer avait d’abord quitté la scène avant d’y remonter peu à peu, continuant à perpétuer l’héritage des Rita, et cultivant ensuite une carrière solo dans les marges.
En 2019, à la Philharmonie de Paris, elle avait célébré sur scène le 40e anniversaire de sa rencontre avec Fred Chichin, sans jamais cacher son inconsolable chagrin.
À chaque date anniversaire de sa mort, Catherine Ringer disait ressentir «un manque total d’énergie, comme si on m’avait tout aspiré».
Plus récemment, elle avait également déclamé de la poésie sur scène.
En 2023, Catherine Ringer avait mis aux enchères une centaine d’œuvres de son père, Sam Ringer, peintre méconnu rescapé de neuf camps de concentration. «Il m’a transmis sa force de vie», avait-elle déclaré à l’AFP.
