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De Taylor Swift aux Oscars, «Hamlet» connaît un regain de popularité

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Cette image, diffusée par Polk & Co., montre Hiran Abeysekera dans le rôle d'Hamlet au National Theatre de Londres le 25 septembre 2025. (Polk & Co. via AP) Cette image, diffusée par Polk & Co., montre Hiran Abeysekera dans le rôle d'Hamlet au National Theatre de Londres le 25 septembre 2025. (Polk & Co. via AP) (Sam Taylor)

On le retrouve au cinéma, au théâtre, en tournée, sur internet et dans la musique. Hamlet – le chef-d’œuvre de William Shakespeare mettant en scène un prince danois au caractère maussade – semble connaître un véritable engouement.

Une production du National Theatre, avec Hiran Abeysekera dans le rôle-titre, est à l’affiche de la Brooklyn Academy of Music. Il existe une adaptation cinématographique se déroulant dans la communauté sud-asiatique de Londres, avec Riz Ahmed. À 88 ans, Anthony Hopkins ravit ses fans sur TikTok en interprétant une partie du monologue Être ou ne pas être du prince Hamlet. Le film Hamnet – l’histoire romancée d’un deuil qui a inspiré la création de Hamlet – a valu un Oscar à Jessie Buckley. The Fate of Ophelia de Taylor Swift – Ophelia étant la promise d’Hamlet – s’est hissé à la première place du classement du Billboard. Et Eddie Izzard part en tournée mondiale avec sa version solo de la pièce.

Quatre cents ans plus tard, Hamlet, dont l’antihéros d’apparence très moderne ne cesse de se demander quoi faire après que son oncle a assassiné son père et épousé sa mère continue d’inspirer.

Vous en voulez encore plus? Il y a même une pièce intitulée Hamnet, adaptée du roman original de Maggie O’Farrell, et la Royal Shakespeare Company part en tournée au Royaume-Uni avec cette production. Shakespeare & Company prévoit une tournée de Hamlet dans le nord-est des États-Unis cette année. Il existe une production canadienne de Hamlet, Sweet Prince, qui adopte une perspective queer et contemporaine. À Québec, le théâtre Le Diamant propose Hamlet, Prince du Danemark, qui allie danse et théâtre sous la direction du chorégraphe Guillaume Côté et du metteur en scène Robert Lepage.

À New York, la troupe The Acting Company présentera une version en vers modernes dirigée par une femme, et l’entreprise de théâtre péruvienne Teatro La Plaza a récemment présenté une version off-Broadway mettant en scène huit acteurs hispanophones atteints du syndrome de Down.

Jeffrey R. Wilson, spécialiste de Shakespeare à Harvard, affirme que «Hamlet» est parfait pour notre époque, où le déluge de mauvaises nouvelles a déclenché des interrogations existentielles constantes.

«Les gens sont épuisés par le déferlement d’horreurs dans le monde, dit-il, Et Hamlet donne au public à la fois la permission “d’aller dans cela” pour explorer ces émotions et une boîte à outils d’idées pour nous aider à gérer l’angoisse.»

Un Hamlet neurodivergent

La multitude d’œuvres est remarquablement vivante et originale, de l’Hamlet de Brooklyn qui porte un bonnet à celui qui apprécie les danses de style Bollywood à Londres.

«Les grandes pièces survivent non pas parce qu’elles restent intactes, mais parce qu’elles peuvent continuer à se transformer», a expliqué la metteuse en scène et dramaturge Chela De Ferrari, du Teatro La Plaza, dont le Hamlet neurodivergent est un appel viscéral et urgent lancé par ceux qui sont souvent exclus des récits culturels.

«Travailler avec des comédiens atteints du syndrome de Down et de troubles cognitifs m’a ramenée à quelque chose d’essentiel dans Hamlet: qu’au-delà de sa brillante philosophie se cache un être humain à vif qui se demande, d’une manière ou d’une autre, comment exister dans un monde qui ne cesse de le méconnaître», a-t-elle déclaré.

Dans l’un des moments les plus forts du spectacle, un acteur tente d’imiter la façon dont Laurence Olivier a interprété le monologue Être ou ne pas être de Hamlet, avec une image du célèbre acteur projetée sur un écran. Ces mots prennent une nouvelle urgence lorsqu’ils sont prononcés par quelqu’un dont le droit même d’être dans des espaces publics ou artistiques est souvent remis en question.

«J’aime imaginer une sorte de continuité entre nos comédiens et tous les grands acteurs qui ont porté cette pièce avant eux. Je crois que Shakespeare vit en chacun d’eux», a souligné De Ferrari.

Shakespeare dans une BMW

Lors des sorties scolaires pour voir des pièces de Shakespeare, le cinéaste Aneil Karia avait toujours l’impression qu’elles étaient hors de portée.

«J’avais l’impression d’assister avant tout à une expérience intellectuelle et je devais faire appel à mon cerveau pour suivre l’intrigue, le langage et tout le reste», explique-t-il.

Il s’est associé à Ahmed et au scénariste Michael Lesslie pour une réinterprétation épurée et contemporaine de «Hamlet» qui met l’accent sur le malaise du personnage principal face à sa complicité dans un système commercial corrompu.

«Cela me semble tellement pertinent par rapport à la période que nous traversons sur le plan politique et à tout le reste. On dirait la question que beaucoup de gens se posent, a expliqué Karia. On a l’impression que ces histoires sont en fait une conversation à travers le temps lui-même.»

Ici, Hamlet fait la fête dans une boîte de nuit baignée de néons et prononce son monologue tout en fonçant à toute allure dans les rues londoniennes glissantes sous la pluie au volant d’une BMW, lâchant le volant alors qu’un camion arrive en face. Être ou ne pas être, en effet.

«Le meilleur scénario possible ici, c’est que cela ouvre Shakespeare à un public qui ne pensait pas que c’était pour lui, ou qui avait du mal avec cette œuvre auparavant», a indiqué Karia, dont le film sera disponible en diffusion sur demande à partir de mardi.

«C’est une affirmation audacieuse, mais j’ai l’impression que Shakespeare approuverait. J’ai l’impression que son attitude était du genre: “Prenez tout ça et faites-en ce que vous voulez.”»

Un prince plus clownesque

Le Hamlet de Brooklyn mise sur l’humour de la pièce pour une bonne raison: l’acteur qui incarne Hamlet est naturellement drôle.

Abeysekera est exubérant et espiègle lorsqu’il met en avant l’humour physique de la pièce, s’adressant directement au public dans ses monologues, parfois assis au bord de la scène et établissant un contact visuel.

«C’est une pièce très consciente d’elle-même. Elle sait en quelque sorte qu’elle est une pièce, si cela a un sens», a souligné le metteur en scène Robert Hastie.

«Hamlet sait qu’il est dans une pièce intitulée Hamlet, tout comme Deadpool sait qu’il est dans un film intitulé “Deadpool”.»

Abeysekera aborde son monologue Être ou ne pas être comme une pensée vagabonde, une vague idée, plutôt que selon l’approche traditionnelle, les pieds bien ancrés au sol, à la manière d’un acteur, comme si un événement majeur allait se produire.

«Plutôt que de me dire: “Oh, voilà le grand monologue qui arrive et ça me terrifie”, j’ai commencé à penser: “C’est le genre de pensée que la plupart d’entre nous avons tous les jours”, a-t-il soutenu. Parfois, devant le miroir, on se regarde simplement et on se dit: “Ouf. Aujourd’hui, c’est une journée difficile.”»

Hastie estime que «Hamlet» fait partie de ces œuvres qui révèlent sans cesse quelque chose de nouveau. Ancrée dans la condition humaine, elle apporte un regard neuf à chaque public et nous fait découvrir des choses nouvelles qui ont toujours été là.

«L’une des raisons pour lesquelles, je pense, on parle encore de Shakespeare, et de cette pièce en particulier, c’est que chaque fois que ces mots se fondent avec un nouvel acteur ou un nouveau groupe d’acteurs, ça devient une pièce différente, a-t-il relaté. C’est peut-être une bonne définition pratique d’un classique.»

Shakespeare sur les réseaux sociaux

Caitlin Cardile fait de son mieux pour faire vivre ce dramaturge vieux de 400 ans à l’ère de TikTok. Avec sa troupe de trois personnes, la Mad Spirits Theatre Company, elle est présente sur pratiquement toutes les plateformes de réseaux sociaux pour faire passer le message.

«Nous voulions faire découvrir Shakespeare à un public moderne et le rendre accessible, a indiqué Cardile. Nous voulons que les gens se sentent plus à l’aise avec Shakespeare et ne pensent pas que c’est de l’anglais ancien et quelque chose de très difficile à comprendre.»

Ils publient des lectures en direct et des commentaires sur les pièces sur YouTube, mais c’est sur Instagram et TikTok que les choses deviennent vraiment originales. Ils trouvent des extraits audio tendance – allant des dialogues de The Office à une chanson de Lady Gaga – et attribuent un personnage de Shakespeare pour les prononcer.

«On s’est dit: “Hé ce serait drôle de prendre ces extraits rigolos qui sont populaires et de les attribuer à des personnages de Shakespeare, non?”», explique Cardile.

«Au final, c’est devenu super amusant.»