Art et culture

D'autres pertes d'emplois possibles chez TVA «si rien ne change», dit PKP

«Si rien n’est fait», des productions originales ne verront pas le jour, certaines seront remplacées par des acquisitions étrangères moins coûteuses et des tournages seront délocalisés à l’extérieur du Québec, a exposé le PDG de Québecor.

Mis à jour le 

Publié le 

Le président et chef de la direction par intérim du Groupe TVA, Pierre Karl Péladeau, fait une présentation à l'issue de l'assemblée générale annuelle de la société, à Montréal, le mardi 12 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Le président et chef de la direction par intérim du Groupe TVA, Pierre Karl Péladeau, fait une présentation à l'issue de l'assemblée générale annuelle de la société, à Montréal, le mardi 12 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Graham Hughes)

D’autres mises à pied et l’annulation de téléséries restent possibles au sein du Groupe TVA, «si rien ne change» pour soutenir la production télévisuelle au Québec, prévient son patron. 

Le président et chef de la direction par intérim de l’entreprise québécoise, Pierre Karl Péladeau, a de nouveau interpellé, mardi, les gouvernements et d’autres organisations pour assurer la pérennité des télédiffuseurs privés, dont TVA. 

En marge de l’assemblée annuelle des actionnaires du Groupe TVA, appartenant à Québecor, M. Péladeau a rencontré les médias pour faire le point sur la situation financière de l’entreprise et de l’industrie, ainsi que réitérer certaines demandes. 

«Si rien n’est fait», des productions originales ne verront pas le jour, certaines seront remplacées par des acquisitions étrangères moins coûteuses et des tournages seront délocalisés à l’extérieur du Québec, a exposé celui qui est aussi PDG de Québecor. 

Interrogé à savoir s’il anticipe à très court terme d’autres pertes d’emplois ou le débranchement d’autres séries à TVA, M. Péladeau a répondu: «si rien ne change, oui, ça va se produire», sans toutefois s’avancer sur les scénarios possibles.  

Entre 2022 et 2025, le Groupe TVA a procédé à environ 800 mises à pied. Selon les chiffres présentés mardi, la société a enregistré une baisse de 14 % des revenus publicitaires sur la télévision traditionnelle entre 2023 et 2025 et un recul de 20 % des investissements en production originale depuis trois ans. 

Des demandes

M. Péladeau soutient que le Groupe TVA a mené «un effort de rationalisation majeure» face à la perte de revenus et pour s’adapter à la nouvelle réalité de l’industrie. Cet exercice se poursuivra, mais il contient ses limites. «Toutes les parties prenantes» ont un rôle à jouer, a-t-il fait valoir. 

Québec et Ottawa sont du nombre. Groupe TVA leur demande notamment l’ajout d’un incitatif fiscal pour les achats publicitaires dans les entreprises médiatiques canadiennes et québécoises. La société souhaite également une meilleure «flexibilité pour le crédit d’impôt à la production des tournages télévisuels québécois en harmonisant les genres admissibles avec ceux du crédit d’impôt fédéral». 

Appelée à réagir sur la sortie de M. Péladeau, la première ministre Christine Fréchette a brièvement déclaré que son gouvernement «est à l’affût de l’évolution dans le domaine culturel et en lien avec le numérique». 

«C’est sûr que ça bouge beaucoup. Il faut avoir une approche qui soit adaptée à cette nouvelle réalité», s’est-elle limitée à dire en route vers la période des questions à l’Assemblée nationale. 

TVA a aussi des demandes auprès de la SODEC et du Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens afin de «diminuer les  frais administratifs qui ne contribuent aucunement à la création québécoise». 

M. Péladeau interpelle également l’association qui représente les techniciens et techniciennes du secteur de l’audiovisuel, l’AQTIS, et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM). Il leur réclame notamment une flexibilité à certains égards, comme dans les conventions collectives, et de revoir la structure des coûts de production.

L’AQTIS a d’ailleurs indiqué lundi avoir refusé une demande de dérogation d’un producteur visant à ce que des artisans d’une série renoncent à certaines conditions de travail prévues dans leur convention collective. 

Selon Radio-Canada, la boîte de production Pixcom a fait cette demande en avril afin de réduire les coûts de production et de sauver le projet «Alertes: Lily-Rose» devant être diffusé sur les ondes de TVA. 

M. Péladeau a mentionné mardi que les dérogations ne constituent pas une nouveauté. Cependant, à ses yeux, ce type de demande «est probablement encore plus d’actualité qu’elle n’aurait pu l’être dans le passé», en raison de la dynamique économique et de «l’ensemble des parties prenantes qui doivent travailler dans la même direction pour assurer la pérennité de notre production télévisuelle». 

Au Salon rouge, le ministre québécois de la Culture, Mathieu Lacombe, a promis une annonce d’ici la fin juin découlant de recommandations du rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec. 

«L’idée, ce n’est pas de faire un chèque aux diffuseurs», ni de «couper dans les conventions collectives», mais «d’investir dans la création», a assuré le ministre, lorsqu’interpellé par le porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti. 

Le CH contribue aux résultats financiers

Le Groupe TVA a présenté lundi les résultats financiers de son premier trimestre. Son secteur de télédiffusion a affiché un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements (BAIIA) ajusté de 778 000 $, contre un BAIIA ajusté négatif consolidé de près de 20,5 millions $ à la même période l’an dernier.  

Les efforts pour diminuer les frais d’exploitation ont contribué à ce résultat positif, tout comme l’augmentation des taux de redevances de TVA Sports et des chaînes spécialisées de divertissement.

La performance du Canadien de Montréal, dont une partie des matchs sont diffusés sur la chaîne TVA Sports, a aussi eu un impact. Cela a permis d’attirer bon nombre de téléspectateurs et «d’améliorer notre sort au niveau des revenus publicitaires», a souligné M. Péladeau. 

Ce dernier a indiqué que les négociations sont «très avancées» pour renouveler l’entente de diffusion des matchs en français de la Ligue nationale de hockey (LNH) sur TVA Sports. Il est «possible», selon M. Péladeau, que la chaîne spécialisée de Québecor obtienne de nouveau les droits la saison prochaine. 

L’an dernier, M. Péladeau avait déploré «les sommes démesurées demandées par la LNH, pour le marché francophone» et estimait que sa chaîne de sports n’avait pas les moyens d’assumer ces coûts. 

Pour le premier trimestre 2026, le Groupe TVA a enregistré des revenus de 117,79 millions $, en baisse de 1,6 % par rapport à il y a un an. La société rapporte une perte nette attribuable aux actionnaires de 4,27 millions $, une amélioration de 16 millions $ par rapport au même trimestre en 2025.

Frédéric Lacroix-Couture

Frédéric Lacroix-Couture

Journaliste