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Critique de «L’Odyssée»: une épopée hollywoodienne à l’ancienne qui dégage une touche de modernité

La distribution de premier plan, composée de Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson et Tom Holland, offre une prestation exceptionnelle, mais c’est Nolan qui est la vedette du film.

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This image released by Universal Pictures shows Matt Damon as Odysseus in a scene from "The Odyssey." (Melinda Sue Gordon/Universal Pictures via AP) Cette photo diffusée par Universal Pictures montre Matt Damon dans le rôle d’Ulysse dans une scène du film « L’Odyssée ». Crédit image | Universal Pictures via AP (Melinda Sue Gordon)

D’une grande envergure, mais de nature intime, L’Odyssée est un récit épique sur ce que signifie être humain. Cette réflexion sur la survie, le retour au foyer et la famille s’inscrit dans la lignée des grandes épopées hollywoodiennes d’antan telles que Ben-Hur et Spartacus, tout en se révélant indéniablement moderne, mêlant une mise en scène audacieuse à une narration dynamique et psychologiquement riche.

Le réalisateur Christopher Nolan modifie certains éléments de l’histoire tirée du poème épique original, tout en conservant le cœur du récit et l’esprit de l’œuvre d’Homère, vieille de 2775 ans. Cela inclut le style non linéaire «in medias res» (qui commence au cœur de l’action) du texte antique, ainsi que les flashbacks et les intrigues parallèles. C’est un terrain familier pour Nolan, dont les films Memento, Inception, Dunkerque et Tenet jouaient avec le temps, et cela fonctionne efficacement ici, contribuant à créer un suspense qui porte ses fruits dans le dernier acte du film.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News

L’histoire commence après la chute de Troie. Au cours de son voyage de retour par mer, qui durera dix ans, le héros grec Ulysse (Matt Damon) affronte des monstres mythiques tels que le cyclope borgne, les sirènes séduisantes mais mortelles, et Circé, une sorcière qui transforme ses hommes en porcs.

Matt Damon and Zendaya in 'The Odyssey' Matt Damon et Zendaya dans «L’Odyssée» (Crédit image | Courtoisie )

À son retour, il découvre son royaume en ruines, son palais envahi par une foule de prétendants qui font pression sur son épouse Pénélope (Anne Hathaway) pour qu’elle les épouse, tandis que son fils Télémaque (Tom Holland) part à la recherche de son père disparu.

«Tu te languis d’un père que tu n’as même jamais connu», raile Antinoos (Robert Pattinson). «Comme un petit salaud pleurnichard.»

La reconquête de son trône et de sa famille mettra à l’épreuve la ruse et le courage d’Ulysse comme même les dieux ne sauraient le faire.

L’une des premières choses que vous remarquerez dans L’Odyssée, c’est l’absence de langage archaïque. Les puristes pourraient s’en offusquer : Télémaque appelle Ulysse «papa», des jurons familiers et modernes sortent de la bouche des soldats, et Ulysse crie : «Allons-y», au lieu des expressions homériques «reculer» ou «céder le passage», mais le langage courant, dans le style de la traduction moderne acclamée d’Emily Wilson, est accessible, sans le côté théâtral des épopées classiques à l’ancienne.

Robert Pattinson in 'The Odyssey' Robert Pattinson dans «L’Odyssée» (Crédit image | Courtoisie )

Il faut un certain temps pour s’y habituer, et pour certains, cela brisera l’effet d’immersion historique créé par les images IMAX plus grandes que nature — il s’agit du premier long métrage entièrement tourné avec des caméras IMAX 70 mm —, mais une fois que l’on s’est fait à ce langage anachronique, celui-ci confère un naturalisme à une histoire mettant en scène des créatures fantastiques comme un cyclope et des sorcières. Il faut toutefois reconnaître que la deuxième fois qu’Ulysse hurle «Allons-y!» pour ordonner la retraite, cela frôle la parodie, comme si le roi et ses hommes fuyaient à toute allure un méchant de Scooby-Doo plutôt que des Lestrygons géants et mangeurs d’hommes.

La distribution de premier plan, composée de Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson et Tom Holland, offre une prestation exceptionnelle, mais c’est Nolan qui est la vedette du film.

Il parvient à condenser une multitude d’éléments dans les trois heures de ce film à structure épisodique. Après un début un peu lent, l’action s’accélère avec une scène à couper le souffle, la première de deux scènes que l’on peut sans hésitation qualifier d’horreur.

À la recherche de nourriture, Ulysse et son équipage débarquent sur une île dominée par un berger cyclope d’un œil seul mesurant 60 pieds (18,3 mètres) (Bill Irwin). Ce qui commence comme une chasse se transforme en une tentative désespérée de survie alors que le cyclope défend son troupeau après une embuscade dans une grotte étouffante. Nolan met en scène cette séquence en s’abstenant largement de recourir à l’imagerie générée par ordinateur (CGI), optant plutôt pour une marionnette gigantesque dont la voix et les mouvements sont assurés par Irwin.

Nolan est notoirement réfractaire à la CGI, mais ici, le recours aux effets pratiques est sans conteste la bonne décision. Le résultat semble naturel, et on n’a pas l’impression que Damon et les autres acteurs fixent une balle de tennis pour trouver le bon angle de regard. C’est l’effet Ray Harryhausen : le caractère tangible du cyclope apporte une impression d’échelle qui renforce la terreur de la scène.

Les moments les plus mémorables du film se révèlent dans une séquence de body horror digne d’un tour de force. Sur une autre île, toujours à la recherche de nourriture, Ulysse et ses hommes rencontrent Circé (Samantha Morton), une sorcière et déesse qui transforme les visiteurs indésirables de sa demeure en animaux. Une fois de plus, grâce à des effets spéciaux pratiques, associés à un placement astucieux de la caméra par le directeur de la photographie Hoyte van Hoytema, l’horreur prend vie de façon saisissante alors que Circé les transforme. Magnifiquement chorégraphiée, cette séquence est aussi impressionnante que n’importe laquelle des séquences de bataille à grande échelle de Nolan.

Un atout supplémentaire réside dans l’interprétation nuancée et humanisante de Morton dans le rôle de Circé, un personnage généralement dépeint comme une méchante ou une séductrice. Ici, elle est plus complexe sur le plan émotionnel, presque sympathique.

Et puis il y a l’angoisse claustrophobe de la séquence du cheval de Troie, où Ulysse et ses soldats se retrouvent à l’intérieur du cheval de bois, empilés les uns sur les autres comme des pièces de Tetris. Le cheval de Troie est l’exemple le plus célèbre de la ruse d’Ulysse, mais Nolan le met en images d’une manière qui met en évidence la réalité exiguë de son plan.

En fin de compte, L’Odyssée est elle-même un peu un cheval de Troie. C’est un gros paquet tape-à-l’œil rempli de surprises. Nolan offre le spectacle auquel on s’attend, mais il s’intéresse davantage à ce qu’il y a à l’intérieur : l’attaque inattendue de réflexions thématiques sur le traumatisme intergénérationnel, l’obsession, le deuil et le lourd fardeau psychologique de la guerre.

Les admirateurs de Nolan savent à quoi s’attendre. Sa bande sonore trouble, qui est sa marque de commerce, est bien présente, rendant parfois les dialogues difficiles à comprendre, et, avec une durée de deux heures et 50 minutes, c’est une épreuve qui met la vessie à rude épreuve; mais malgré ces inconvénients, lorsque L’Odyssée est excellent – ce qui arrive souvent –, c’est une réalisation cinématographique exaltante.

Verdict - 4 étoiles sur 5