Alors qu’il foulait le tapis rouge vendredi soir pour promouvoir son nouveau film, The Stunt Driver, on a demandé à Jay Baruchel, de Montréal, pourquoi la plupart des Canadiens connaissent mieux le casse-cou américain Evil Knievel que Ken Carter, le casse-cou canadien qui a inspiré son nouveau film.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«C’est ce qui arrive quand on grandit dans un pays où une culture étrangère occupe une place prépondérante sur nos écrans de télé», a soutenu M. Baruchel à CTV News vendredi.
Avec en toile de fond la guerre commerciale avec les États-Unis et un fossé culturel grandissant entre les deux pays, certains cinéphiles et vedettes canadiennes semblent se faire davantage entendre pour privilégier et défendre le contenu canadien au Festival international du film de Toronto de cette année, en s’inspirant de l’élan du mouvement «Achetez canadien» pour le transformer en une campagne «Regardez canadien».
«Je pense qu’on devrait soutenir pleinement le cinéma canadien; on a l’impression de le faire dans tous les autres secteurs. C’est un mouvement vraiment génial auquel il faut adhérer, et je le soutiens de tout cœur», a dit vendredi soir à CTV News le réalisateur canadien de The Stunt Driver, Michael Dowse, depuis le tapis rouge.
«Je pense que ça va être une année exceptionnelle grâce aux cinéastes qui sont sur le terrain en ce moment, parce qu’ils ont pu donner vie à leurs visions», a ajouté Dowse.
«Il y a tellement de super films canadiens en ce moment.»
— Michael Dowse, réalisateur du film «The Stunt Driver»
The Stunt Driver est une production à dominante canadienne qui raconte l’histoire d’un casse-cou canadien, Carter, célèbre pour avoir tenté de franchir le fleuve Saint-Laurent à bord d’une auto propulsée par une fusée. Parmi les autres films canadiens, on trouve deux biopics consacrés à des athlètes canadiens légendaires, Rick Hansen et Terry Fox, qui seront présentés au TIFF cette année.
«Ça fait longtemps qu’on parle de l’idée de raconter l’histoire de la tournée mondiale de Man in Motion (The Rick Hansen Story) d’une façon vraiment profonde et personnelle, depuis plus de 13 ans… et c’est le moment idéal», a dit Rick Hansen à CTV News jeudi. «On est prêts à raconter cette histoire de la façon la plus ouverte et la plus authentique qui soit… Ce n’était pas un seul homme en mouvement, mais plusieurs. C’était le monde entier qui s’unissait, partageant une vision commune… et c’est exactement ce dont le monde a besoin aujourd’hui.»
Le thème du sport canadien se poursuit à travers plusieurs autres films, notamment Villeneuve: l’ascension d’une légende, qui raconte l’histoire de la famille Villeneuve, des pilotes québécois de Formule 1, et dont l’équipe de production – réalisateur, scénaristes et acteurs – est entièrement québécoise.
La programmation du TIFF de cette année met aussi en vedette deux histoires autochtones canadiennes: Smudge the Blades – un film sur une équipe de hockey autochtone des moins de 18 ans du nord de l’Alberta – et In the Heart of the South, un thriller psychologique réalisé et coécrit par un cinéaste inuit né au Nunavut.
«Les gens à qui j’ai parlé veulent vraiment mettre les Canadiens à l’honneur de toutes les façons possibles, et le grand écran est un excellent moyen d’y arriver», a déclaré vendredi le critique de cinéma Matt Demers à CTV News.
«L’un des thèmes qui ressortait quand on passait en revue ces films, c’est de mettre en lumière des Canadiens exceptionnels qui ont accompli des choses extraordinaires.»
— Matt Demers, critique de cinéma
«Je pense qu’en ce moment, les Canadiens se regardent les uns les autres, regardent autour d’eux et se demandent : “Bon, quelles sont nos histoires?” Et il y en a de vraiment géniales», a ajouté M. Demers. «Je suis absolument convaincu que les Canadiens veulent soutenir le cinéma et la télévision canadiens.»
Cette année, le TIFF a peut-être aussi trouvé le moyen de tirer parti de ce regain de patriotisme canadien en créant un espace de rencontre appelé «TIFF: The Market», où les créateurs canadiens peuvent se rencontrer et conclure des ententes pour produire davantage de contenu au Canada. Sur son site Web, on décrit cette initiative comme un moyen d’aider à «forger des alliances solides » et à « mobiliser des ressources».
«Je pense qu’à une époque où on se sent particulièrement patriotes dans ce pays… je crois que ça se répercute sur la façon dont on appuie les films canadiens», a expliqué le critique de cinéma Richard Crouse à CTV News, soulignant que The Stunt Driver affichait complet, sans aucun billet disponible pour le public, et que Run Terry Run suscitait un «énorme engouement».
«Je pense que les Canadiens se mobilisent enfin, qu’ils embrassent et soutiennent vraiment le cinéma canadien, et qu’ils en font une priorité quand ils choisissent leurs billets pour le festival de cinéma, ou peut-être même quand ils vont simplement voir un film à leur cinéma local», a souligné M. Crouse.
Le président américain Donald Trump a publié sur les médias sociaux à la fin août qu’il ferait pression pour obtenir davantage d’incitatifs fiscaux afin de garder la production cinématographique et télévisuelle aux États-Unis, affirmant que les sociétés de production américaines déménagent au «Canada et dans d’autres pays».
«On a, dans ce pays, une quantité énorme de productions américaines parce qu’on a des équipes formidables, on a des studios d’enregistrement, et on a un dollar avantageux», a précisé Richard Crouse. «Si on regarde ce que le président américain Donald Trump prévoit de faire, ça prendra des années, probablement… si jamais ça se concrétise. Et franchement, dans certains États, c’est déjà en train de se produire et ça n’a pas vraiment eu d’impact sur la production canadienne.»
De son côté, le critique de cinéma Chris Bumbray estime que, même s’il y a une vague de créateurs canadiens qui célèbrent la culture et le contenu canadiens, la transition vers la diffusion de contenu canadien à l’écran – sans le faire passer pour du contenu américain – ne se fait pas assez vite.
«Les Canadiens devraient être plus fiers de leur contenu, mais celui-ci devrait être davantage adapté aux Canadiens», a déclaré Bumbray à CTV News.
«Je pense qu’on essaie toujours de plaire aux Américains avec nos films et ça ne marche jamais vraiment, alors pourquoi ne pas faire des trucs pour les Canadiens? Et ironiquement, quand on fait des trucs très canadiens, ça marche très bien aux États-Unis», a ajouté l’homme, en citant le succès d’émissions comme Rivalité passionnée et de films comme Nirvanna le band la série le film.
