OTTAWA — CBC/Radio-Canada refuse de divulguer le coût que pourrait représenter la participation au Concours Eurovision de la chanson.
«Ces informations sont généralement considérées comme sensibles sur le plan concurrentiel et confidentielles», a expliqué Leon Mar, porte-parole de CBC/Radio-Canada, dans un courriel.
Un document gouvernemental obtenu grâce à la Loi sur l'accès à l'information indique que les informations concernant les autres pays sont limitées, mais que les coûts totaux variaient entre environ 400 000 $ pour le Portugal et 1,5 million $ pour Israël en 2025.
Les radiodiffuseurs nationaux participants s’acquittent de frais d’inscription à l’Eurovision qui varient d’un pays à l’autre. Le document de Patrimoine canadien précise que chaque radiodiffuseur national prend également en charge les coûts liés à la sélection de la personne ou du groupe et à son accompagnement tout au long du concours.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé, à l'occasion de la fête du Canada, que le Canada participerait au prochain Concours Eurovision de la chanson, qui se tiendra en Bulgarie en 2027.
«Oui, la célébration musicale la plus glorieusement extravagante de la planète. Des dizaines de pays, des centaines de millions de téléspectateurs, un spectacle inoubliable», a-t-il déclaré.
M. Carney a déjà regardé l’Eurovision par le passé et est un amateur du concours, a confirmé une source haut placée au sein du gouvernement.
Le budget fédéral de 2025 indiquait que le gouvernement collaborerait avec le radiodiffuseur public pour étudier la possibilité de participer à l’Eurovision, et le premier ministre Mark Carney a annoncé au début du mois que le Canada prendrait part à cet événement culturel mondial l’année prochaine.
Le document de Patrimoine canadien de 2025, une «fiche d’information» sur la participation du Canada à l’Eurovision, indique que la décision de participer ou non doit être prise par CBC/Radio-Canada.
«L’indépendance de CBC/Radio-Canada en tant que société d’État fonctionnant en toute autonomie par rapport au gouvernement est garantie par la loi sur la radiodiffusion», note le document.
«Il n’existe donc aucun mécanisme permettant d’ordonner à CBC/Radio-Canada de se porter candidate à l’Eurovision. Cette décision relève de la discrétion de CBC/Radio-Canada, sous réserve d’une invitation officielle de l’Union européenne de radio-télévision à y participer.»
Le document ajoute que le gouvernement ne peut pas non plus accorder à la chaîne un financement direct à des fins spécifiques.
Le porte-parole de CBC/Radio-Canada a affirmé que la décision de participer au concours de chanson relevait de la seule responsabilité du radiodiffuseur public.
M. Mar a ajouté que le radiodiffuseur public fonctionnait en toute autonomie et que «son indépendance opérationnelle et éditoriale est garantie par la loi sur la radiodiffusion».
Le document de Patrimoine canadien indique que CBC/Radio-Canada avait envisagé de participer à l’Eurovision par le passé, mais avait finalement conclu que cela serait trop coûteux.
«Avec un financement supplémentaire, il est possible que CBC/Radio-Canada demande à l’Union européenne de radio-télévision une invitation à participer au concours de chanson», est-il écrit.
Le document souligne que la plupart des pays n’ont pas divulgué le coût de leur participation.
Il y est précisé que «d’après les informations limitées disponibles ou communiquées», les frais de participation ont varié entre 64 000 $ pour la Macédoine du Nord en 2022 et 768 500 $ pour l’Allemagne en 2023.
Les chaînes participantes doivent prendre en charge des coûts supplémentaires liés à la sélection des candidats ainsi qu’à leurs frais de déplacement et d’hébergement. En 2025, ces coûts totaux allaient d’environ 400 000 $ pour le Portugal à 1,5 million $ pour Israël, selon le document.
Le document souligne que les frais de participation sont plus élevés pour la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. Il précise que les frais de participation précédemment versés par l’Australie constitueraient un bon point de comparaison pour le Canada, mais que ces chiffres ne sont pas disponibles.
Évoquant la récente polémique autour de la participation d’Israël, alors que ce pays poursuit la guerre à Gaza, le document met également en garde contre le fait que l’Eurovision n’est pas une zone exempte de politique.
«Le concours reflète souvent les dynamiques géopolitiques du moment, les chaînes publiques participantes adoptant des positions politiques sur des conflits ou des controverses internationales, pouvant aller jusqu’au retrait du concours», est-il noté.
«La future participation du Canada au concours placerait probablement CBC/Radio-Canada dans une position où elle serait amenée à faire des déclarations politiques dans des situations similaires.»
Lorsque M. Carney a annoncé que le Canada participerait au concours de 2027, il a précisé que ce sont les Canadiens qui choisiront leur représentant musical.
«C’est vous qui déciderez quel artiste canadien montera en premier sur la scène de l’Eurovision», a remarqué M. Carney.
Le porte-parole de CBC précise que de plus amples informations sur le processus de sélection seront disponibles dans le courant de l’année.
Anja Karadeglija, La Presse Canadienne

