Art et culture

Alexandre Trudeau affirme que son nouveau film reflète les tensions entre le Canada et les États-Unis

«Étre plus faible, plus petit et plus jeune ne signifie pas que l’on perd la bataille.»

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Le réalisateur Alexandre Trudeau est photographié lors d'une projection privée de son film « Hair of the Bear » à Toronto, le jeudi 26 février 2026. Le réalisateur Alexandre Trudeau est photographié lors d'une projection privée de son film « Hair of the Bear » à Toronto, le jeudi 26 février 2026.

Alexandre Trudeau a décidé il y a longtemps qu’il ne suivrait pas les traces de son père, Pierre Elliott, ni celles de son frère, Justin, dans la fonction publique.

«J’ai vu la politique sous tous ses angles. J’ai grandi avec elle. Je me suis davantage intéressé à la narration, qui, d’une certaine manière, est un moyen plus profond, voire plus efficace, de changer la vie des gens», a-t-il expliqué lors d’une entrevue à Toronto.

«Je ne suis pas du genre politique. D’une part, je me fiche de ce que les gens pensent de moi. Cela ne fait pas de moi un très bon politicien.»

Il ajoute qu’il n’est pas non plus fait pour les compromis que ce métier exige. «Je ne suis pas du genre à modifier mes convictions pour être plus populaire. Cela n’a aucun sens pour moi», a-t-il dit.

Il a donc choisi le cinéma, sans pour autant s’éloigner du terrain politique. Il a passé la majeure partie de sa carrière à réaliser des documentaires percutants, allant de la couverture de l’invasion de l’Irak en 2003 dans Embedded in Baghdad sur CTV à la chronique de la crise humanitaire au Soudan dans Refuge en 2008.

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Mais avec son dernier projet Hair of the Bear, Alexandre Trudeau se lance pour la première fois dans la fiction. Sorti vendredi, ce thriller canadien met en scène Malia Baker dans le rôle d’une adolescente anxieuse envoyée dans une cabane isolée avec son grand-père, joué par Roy Dupuis. Lorsque des étrangers indésirables arrivent, elle est contrainte de se battre pour survivre et, finalement, pour trouver son identité.

L’histoire est en partie née des préoccupations que lui et le co-scénariste James McLellan partageaient au sujet de l’anxiété croissante chez les jeunes, un thème qui se déroule dans le cadre glacial et sauvage du nord-est du Manitoba.

Même dans la fiction, cependant, Trudeau ne peut pas tout à fait se détacher de la politique. Il affirme que les antagonistes pillards du film reflètent les menaces répétées du président américain Donald Trump à l’égard de la souveraineté du Canada.

«Notre film est en quelque sorte une métaphore de cela: être plus faible, plus petit et plus jeune ne signifie pas que l’on perd la bataille.»

—  Alexandre Trudeau

«De plus, le message derrière l’anxiété est qu’il faut se battre pour sa vie», a-t-il avancé.

Selon lui, cette interprétation s’étend naturellement à la place du Canada aux côtés d’une superpuissance turbulente.

«C’est une histoire de frontière... Il y a plusieurs façons de voir les choses : des jeunes qui doivent se battre pour leur vie et un pays qui doit se défendre», a-t-il indiqué.

M. McLellan, qui enseigne la production cinématographique dans une école secondaire de Winnipeg, dit avoir commencé à remarquer un nombre excessif de ses élèves souffrant de détresse émotionnelle au cours des années 2010.

«Je me souviens très bien avoir vu beaucoup d’automutilations sur leurs poignets», a-t-il précisé, ajoutant qu’il en voit encore aujourd’hui. «C’est différent du suicide. C’est comme une paralysie, comme se gratter soi-même. C’est de la haine de soi, toutes sortes de choses qui rongeaient ces enfants.»

Il pense que cela reflète les pressions multiples auxquelles sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui. Bien qu’il refuse de blâmer un seul facteur («ce n’est pas seulement leurs téléphones portables»), il souligne une avalanche constante de facteurs de stress, des réseaux sociaux à l’incertitude économique en passant par l’essor de l’IA.

«Il y a tellement de bruit dans la tête des enfants aujourd’hui», a-t-il avancé.

La question touche de près les deux cinéastes, qui ont eux-mêmes des enfants adolescents. Mais Alexandre Trudeau admet qu’il était sceptique au départ.

«En grandissant, l’anxiété n’était pas un problème pour moi», a-t-il avoué. «Au début, je ne croyais pas vraiment James, car je n’enseigne pas comme lui et je ne suis donc pas exposé à ce problème, à part avec mes propres enfants.»

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Ayant grandi dans un environnement propice à l’aventure et aux voyages intenses, il a essayé d’inculquer cette même résilience à ses enfants à travers des expériences telles que le canoë en eaux vives.

«Le genre de choses qui aident à calibrer vos moteurs de stress», a-t-il mentionné.

Selon M. Trudeau, cette tendance à privilégier l’action plutôt que la rumination est quelque chose que lui et son frère Justin Trudeau partagent toujours.

«Parfois, quand je vais chez lui, nous regardons quelque chose ensemble. Mais nous ne parlons pas de cinéma. Mon frère et moi avons une relation très enjouée, nous sommes donc plus enclins à nous battre», a-t-il mentionné. «Ensemble, nous sommes des hommes d’action plus que de paroles.»

Mais si le sujet porte sur les tensions entre le Canada et les États-Unis, Alexandre Trudeau ne manque certainement pas de mots.

Ayant couvert l’invasion américaine en Irak depuis Bagdad en 2003, il dit avoir conclu depuis longtemps que «la grande république au sud de notre pays était profondément endommagée».

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«J’ai vu la vie d’innombrables personnes ruinée par un mensonge», a-t-il confié à propos de la guerre. «Nous savons tous que c’était un mensonge. Aucune menace ne justifiait cette guerre, et cela semble avoir été oublié. Mais cela m’a ouvert les yeux il y a longtemps.»

Pour Alexandre Trudeau, les menaces de Trump à l’égard de la souveraineté du Canada s’inscrivent dans la continuité des forces qu’il observe depuis des décennies.

«Cela a surpris beaucoup de Canadiens», a-t-il lancé. «Mais cela fait des heures que je suis réveillé.»

Pourtant, il résiste au pessimisme. Alors que les démocraties libérales peuvent «s’effondrer» ailleurs, il affirme que le Canada reste résilient.

«Nous avons encore beaucoup de chance d’être un pays tolérant, pluraliste et uni», a-t-il ajouté. «Cela me rappelle de ne pas prendre cet endroit pour acquis. Nous sommes les derniers à défendre les choses auxquelles nous voulons croire : les libertés individuelles, l’État de droit, la transparence du gouvernement.»

Il relie cette idée au thème du film : un survivant solitaire qui se bat. «Contrairement à tant de nations occidentales qui étaient autrefois des exemples de liberté et de justice, nous sommes toujours aussi forts», a-t-il conclu.

Alex Nino Gheciu

Alex Nino Gheciu

Journaliste