Montréal a perdu un modèle pour les jeunes des quartiers défavorisés et les familles à faible revenu.
Sid Stevens est décédé dimanche à l'âge de 85 ans.
M. Stevens a cofondé l'organisation Jeunesse au soleil qui, depuis plus de 70 ans, est devenue une ressource communautaire essentielle.
Ce texte est une traduction d'un article de CTV News.
En 1954, alors que Stevens n'a que 13 ans, il crée ce qui deviendra une institution montréalaise.
«Nous voulions nous occuper et éviter les ennuis parce qu'à cette époque - 1954, 1955 - on ne pouvait pas traîner dans la rue, car la police nous accusait de vagabondage», racontait M. Stevens lors d'une entrevue avec CTV News.

Dans l'arrière-boutique d'un atelier de réparation de chaussures, M. Stevens et son ami de neuf ans, Earl de la Perralle, lancent un journal - plutôt un pamphlet, en fait - pour leur quartier de la rue Clark, en grande partie peuplé d'immigrés, où les enfants n'ont pas grand-chose à faire.
«Nous avons lancé un journal manuscrit que nous faisions circuler de porte en porte», explique-t-il. «Nous louions un journal pour deux cents l'exemplaire. Nous écrivions sur toutes sortes d'événements. Cette année-là, nous avons généré 500 dollars de revenus.
Ces 500 dollars ont été réinvestis et, six ans plus tard, Jeunesse au soleil a vu le jour.
«Nous sommes passés d'un petit journal à un grand conglomérat avec un budget d'environ 7 millions de dollars, 1500 bénévoles et des milliers de personnes aidées tout au long de l'année. Parfois, nous n'y croyons pas nous-mêmes», avait-il déclaré.
«Sid est resté engagé auprès de Jeunesse au soleil tout au long de sa vie. Son seul souhait était de faire la différence, et il l'a fait profondément et durablement», a indiqué Johanne Saltarelli, directrice générale de Jeunesse au soleil, dans un communiqué de presse publié lundi. «Ayant eu le privilège de travailler à ses côtés pendant plus de cinq décennies, je peux affirmer sans hésitation qu'il a laissé sa marque sur notre organisme et notre communauté. Des milliers de Montréalais lui doivent bien plus que des services: ils lui doivent de l'espoir, du réconfort et une chance de se remettre sur pied. Son dévouement était inébranlable, son humanité inspirante. Il nous manquera énormément.

Aujourd'hui, Jeunesse au soleil distribue gratuitement de la nourriture à 100 personnes par jour. Elle dispose de banques de vêtements et de camps d'été.
Le programme de paniers alimentaires pour les fêtes de fin d'année fait le plein chaque année de bénévoles qui se mobilisent pour aider les familles dans le besoin.
«Ça fait partie de nos valeurs de partager avec les moins fortunés et tout le monde était très heureux de venir ici, même si c'était un jour de congé», raconte Mario Plante, ancien directeur intérimaire du Service de police de Longueuil.
Ils proposent même des cadeaux que les parents peuvent offrir à leurs enfants.

Sid Stevens pensait qu'une vie communautaire engageante et stimulante donnait aux jeunes le meilleur départ possible.
Les programmes sportifs de Jeunesse au soleil pour les jeunes défavorisés en sont la preuve.
«Quand vous sortez du bureau et que vous voyez sur le mur 350 jeunes qui ont réussi dans la vie, c'est un grand sentiment», avait déclaré M. Stevens.

Certains enfants ont été remarqués très tôt grâce à la distribution annuelle de bicyclettes de Jeunesse au soleil.
«Il faut qu'ils aient fait quelque chose pour que nous leur donnions un vélo», avait-il souligné.
Les personnes qui se retrouvent en situation d'itinérance à la suite d'un incendie peuvent également compter sur Jeunesse au soleil. Au début, M. Stevens a dû faire preuve de créativité pour sortir les gens du froid.
«Nous avions l'habitude de détourner des bus. Nous arrêtions un bus et demandions aux gens de descendre parce qu'il y avait des victimes d'incendie que nous devions placer, puis le maire nous a approchés, Jean Drapeau à l'époque, et nous a dit: "Vous ne pouvez pas détourner les bus. Si vous voulez, nous vous louerons un bus pour 50 dollars de l'heure"», se souvient M. Stevens.
Aujourd'hui, le programme de Jeunesse au soleil pour les victimes d'incendies intervient lorsque l'aide de la Croix-Rouge prend fin.
«Nous leur donnons des vêtements neufs, des tickets de bus, nous les aidons à se déplacer s'ils en ont besoin, nous pouvons même les transporter», explique Eric Kingsley, coordinateur des services d'urgence. «Nous les aidons également à obtenir des bons de réduction dans les magasins d'alimentation.
En 1978, M. Stevens obtient un siège au conseil municipal et travaille directement avec l'ancien maire de Montréal, Jean Drapeau, pour étendre les programmes Jeunesse au soleil à l'ensemble de la ville.
L'un de ces programmes est désormais connu sous le nom d'Info-Crime, le service municipal qui permet aux citoyens de signaler anonymement des activités criminelles à la police. À l'origine, il s'agissait d'Échec au crime, un programme de Jeunesse au soleil.
Jeunesse au soleil lutte également contre les fraudes téléphoniques et coordonne un programme de récompenses pour aider la police à résoudre des crimes et à retrouver des personnes disparues.

M. Stevens a été récompensé à plusieurs reprises pour son travail communautaire. Les universités McGill et Concordia lui ont décerné des titres honorifiques.
La Ville l'a d'ailleurs nommé «Grand Montréalais» et lui a décerné l'Ordre de Montréal.
Pour M. Stevens, sa vie de service était simple.
«Aider les gens, s'occuper de ceux qui ont besoin d'aide, faire un effort supplémentaire, relever les défis de la vie, je dis toujours que les choses faciles sont faites par les autres», avait-il lancé.
Les funérailles auront lieu le jeudi 21 août à 11h chez Paperman & ; fils au 3888, rue Jean-Talon O. Montréal (QC) H3R 2G8.
Le service est ouvert à tous ceux qui souhaitent lui rendre hommage.


