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Quintuplées miraculées: qu'est-il arrivé aux soeurs Dionne?

Une histoire impossible - ou presque.

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Les soeurs Dionne, quintuplées. Photo non datée. Les soeurs Dionne, quintuplées. Photo non datée. (Ville de North Bay)

Les Dionne ont annoncé vendredi la mort de Cécile, l’une des cinq sœurs quintuplées dont l’histoire miraculeuse, mais aussi truffée de controverses, a attiré l’attention à travers le monde entier à partir de leur naissance en 1934. Gros plan sur la vie des quintuplées Dionne, une histoire impossible – ou presque, puisque leurs chances de survie étaient calculées à environ une sur 57 millions à l’époque. 

La naissance des quintuplées Dionne

Émilie, Yvonne, Cécile, Marie et Annette sont nées prématurément – dans cet ordre – le 28 mai 1934 à Corbeil, en Ontario. Les sœurs deviennent les premières quintuplées à survivre plus de quelques jours dans l’histoire de l’humanité, du moins selon ce qui a été documenté, rappelle l’encyclopédie Britannica.

Elles auraient pu être six: un sixième embryon s’est éteint au troisième mois de grossesse.

Les sœurs Dionne sont nées à ce qui est aujourd’hui l’équivalent d’environ 4 heures de route de Toronto, mais c’est grâce à l’Hospital for Sick Children de la métropole canadienne qu’on doit leur survie: l’établissement a fourni le matériel et les quantités nécessaires de lait maternel pour permettre à un des médecins traitants, le Dr Allan Roy Dafoe, d’assurer leurs soins. Le Dr Dafoe s’est éteint sept ans plus tard, mais a d’abord hérité de leur garde.

Car oui, la garde des petites Dionne a été retirée à leur mère Elzire et à leur père Oliva. Voici pourquoi.

Des bêtes de cirque

Un an après la naissance quintuplée, leur père Oliva a signé un contrat de promotion pour «exposer» ses filles à un événement du 100e anniversaire de Chicago, aux États-Unis. Il a résilié le contrat peu après, mais la manœuvre a ouvert la porte au gouvernement provincial de l’Ontario pour les placer sous tutelle, par souci de protection contre les microbes, de potentiels kidnappeurs et de l’exploitation.

Mais les Dionne ont été exploitées quand même. «Les cinq filles – Yvonne, Annette, Cécile, Émilie et Marie – sont devenues une bonne nouvelle» à l’époque de la Grande Dépression, peut-on lire sur le site du Dionne Quints Heritage Board. «Leur quotidien a attiré l’attention du monde entier sur la région et 3 millions de personnes à Quintland (le nom donné au site où elles habitaient en vase clos à North Bay, NDLR) pour voir et entendre les filles jouer.»

Extrait de la biographie des quintuplées sur le site du Dionne Quints Heritage Board: «Les quintuplées Dionne étaient une attraction touristique aussi populaire que les chutes du Niagara. Elles ont dominé les ventes de jouets à Noël 1936, reléguant Shirley Temple à la deuxième place. Le magazine Time a rapporté que le tourisme lié aux Dionne avait contribué à la construction du pont Ivy Lea, qui relie l'État de New York à l'Ontario.»

Quintland, le «domicile» des soeurs Dionne dans leur enfance. Image non datée. Photogelatine Engraving Co. (Quintland, le «domicile» des soeurs Dionne dans leur enfance. Image non datée.)

Dans leur autobiographie publiée en 1963, We Were Five, quatre des sœurs encore en vie – Émilie est décédée à 20 ans d’une crise d’épilepsie à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides – disent avoir été isolées pendant leur enfance. Elles étaient les animaux de foire d’un «cirque», écrivaient-elles à l’époque, et leurs parents les visitaient peu, même s’ils vivaient tout près.

Allégations d'abus sexuel et indemnisation

Oliva Dionne a regagné la garde de ses filles à 9 ans, mais les aura traitées lui aussi comme des trophées dans un environnement que les sœurs ont décrit comme un environnement strict et froid.

En 1995, les trois sœurs toujours en vie – Annette, Cécile et Yvonne ; Marie est décédée à 36 ans d’un caillot sanguin au cerveau en 1970 – révèlent dans un livre, The Dionne Quintuplets: Family Secrets, que leur père les a abusées sexuellement pendant leur enfance.

Conseil du patrimoine des jumelles Dionne La famille Dionne en 1941. (Conseil du patrimoine des jumelles Dionne)

En 1998, Annette, Cécile et Yvonne sont finalement compensées financièrement : le gouvernement de l’Ontario leur remet une indemnité de 4 millions $. Dennis Gaffney, un journaliste américain, écrit dans un article publié par LIFE que Quintland a rapporté jusqu’à 500 millions de dollars au gouvernement provincial, mais que les coffres des sœurs Dionne ne contenaient que 800 000 $ au début de leur vingtaine.

Les trois sœurs vivaient ensemble à Montréal avec 746 $ de revenus – à trois – dans leur soixantaine quand elles ont réclamé compensation. Yvonne est décédée quelques années plus tard, en 2001.

Elle, Émilie, Marie et maintenant Cécile sont parties.

«Figure emblématique d’une époque marquée par fascination, controverse et exploitation», Cécile «a traversé sa vie avec une discrétion exemplaire, une dignité remarquable et un humour discret, malgré les épreuves d’une enfance vécue sous les projecteurs», est-il écrit dans la déclaration de la famille Dionne publiée vendredi.

Cécile aura vécu jusqu’à 91 ans et sa sœur Annette est la dernière fille du groupe toujours en vie.