Le gouvernement fédéral examine toujours le projet controversé d'acquisition d'avions de combat F-35, malgré les déclarations répétées des responsables selon lesquelles le processus serait terminé d'ici la fin de l'été.
Le ministère de la Défense nationale a déclaré à La Presse Canadienne que les fonctionnaires fédéraux examinent actuellement les plans et évaluent les besoins de l'armée.
Le premier ministre Mark Carney a ordonné un examen de l'acquisition de ces avions de combat furtifs, fabriqués aux États-Unis, après son entrée en fonction au printemps dernier, une décision qui fait suite à la guerre commerciale engagée par le président américain Donald Trump contre le Canada.
Le ministre de la Défense, David McGuinty, avait déclaré que l'examen serait terminé d’ici la fin de l'été, qui s'est officiellement achevé au début de la semaine.
«Le premier ministre a été très clair: d'ici la fin de l'été, soit le 21 septembre, il aura pris une décision et en aura plus à dire à ce sujet», avait promis M. McGuinty à Varsovie, en Pologne, le 25 août.
Même si le gouvernement a manqué l'échéance qu'il s'était lui-même imposée, les experts en défense ne semblent pas trop préoccupés.
Philippe Lagassé, de la Norman Paterson School of International Affairs, a déclaré qu’il préfère qu'Ottawa mène un examen approfondi et parvienne à la meilleure réponse à la question de savoir si le Canada devrait acheter d'autres avions de chasse.
«L'examen est lié aux capacités souveraines dont le Canada pourrait avoir besoin et à la question de savoir si une flotte mixte serait une option envisageable pour le Canada», a-t-il déclaré à La Presse Canadienne mercredi, en marge d'un événement sur l'industrie de la défense organisé par le Cercle canadien à Ottawa.
«Comme le premier ministre l'a dit mardi au sujet des sous-marins, c'est une solution extrêmement coûteuse. Mais dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agit de protéger sa souveraineté nationale, c'est une option envisageable», a-t-il ajouté.
Interrogé mardi à New York au sujet des F-35, M. Carney a déclaré que son gouvernement s'efforce de garantir que les acquisitions militaires canadiennes génèrent des retombées industrielles nationales et offrent le meilleur rapport qualité-prix.
«Jusqu'à l’arrivée de ce gouvernement, nos décisions se résumaient souvent à la question de savoir quels sont les besoins militaires. Si cela répond aux besoins militaires, nous les prenons en compte», a déclaré M. Carney. «Quant aux décisions concernant les sous-marins et les F-35, lorsqu'elles seront prises, il s'agira de concilier les besoins militaires et les retombées industrielles. Comment ces mesures profiteront-elles à notre pays?»
L'un des concurrents du Canada pour le contrat d'avions de chasse, l'entreprise européenne Saab, a tenté de convaincre Ottawa de l'achat de ses avions Gripen en promettant qu'ils pourraient être construits et entretenus au Canada.
De récents rapports de surveillance gouvernementaux ont soulevé des inquiétudes quant à la hausse des coûts et aux retards associés aux F-35.
Un rapport du vérificateur général publié ce printemps a révélé que les coûts ont atteint 27,7 milliards $, soit une augmentation de près de 50 %. Il a également signalé des retards dans la construction de l'infrastructure sécurisée nécessaire pour ces avions technologiquement avancés.
Le Government Accountability Office des États-Unis a déclaré dans un rapport publié ce mois-ci que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement et les mises à niveau technologiques problématiques – connues sous le nom de sous-programme Block 4 – entraînent des retards et des augmentations de coûts importants pour le département de la Défense.
M. Lagassé s'attend à ce que «les questions concernant le Block 4 et les augmentations de coûts qui en découlent» soient abordées dans l'examen canadien.
Le Canada avait prévu d’acquérir 88 avions de combat de pointe auprès de Lockheed Martin et du gouvernement américain, pour un coût d’environ 85 millions $ US chacun, mais il n’est légalement tenu, en vertu du contrat, d’acheter que les 16 premiers appareils.
L'ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a déclaré lors d'une entrevue télévisée en mai que, si Ottawa n'achetait pas les F-35, cela pourrait «menacer le NORAD», le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord.
Lors d'une conférence à Ottawa le 16 septembre, M. Hoekstra a dit que l'achat d'autres avions par le Canada lui était indifférent, mais a averti que ce serait une «proposition très coûteuse» pour le Canada d'utiliser à la fois les F-35 et «peut-être d'en acheter 72 autres».
